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Les Edmonton Grads, une dynastie de 25 ans.

Basket Féminin

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

De 1922 à 1940, les Diplômées d’Edmonton dominent outrageusement le basket féminin mondial. 18 ans d’hégémonie canadienne qui fait dire à James Naismith en 1936 : « Les Commercial Graduates sont la meilleure équipe ayant foulé un parquet ».

Cela se joue à pile ou face entre John Percy Page et son collègue enseignant lui aussi à l’école secondaire, (lycée), McDougall d’Edmonton. Celui désigné par le sort a le choix d’entraîner les filles ou les garçons. Perdant, Percy Page hérite des filles. En ce jour de septembre 1914 le jeune professeur de commerce de 27 ans est loin d’imaginer que cette « défaite » à pile ou face engendrera un record de victoires sur les terrains de basket.

John Percy Page, coach, mentor et « papa » des Grads

Percy Page ne connaît rien du basketball, ce jeu pourtant pratiqué depuis une dizaine d’années par les jeunes filles de sa province d’Alberta. Qu’importe, il doit bien exister quelques manuels expliquant les règles et les techniques d’entraînement, puis un peu de bon sens et de discipline ferme mais bienveillante devraient suffire pour faire des entraînements et des matchs des moments revigorants et plaisants pour ses écolières. D’autant plus plaisants que les matchs sont gagnés. A la fin de la saison, elles sont championnes des écoles secondaires d’Edmonton, un titre qui les envoie au tournoi intercollègiale d’Edmonton qui n’est qu’une étape vers le championnat régional d’Alberta qu’elles remportent. Une si belle année rookie que les diplômées qui doivent quitter le lycée ne veulent pas lâcher l’affaire. Pour s’offrir encore de belles émotions sur le parquet ou plus souvent sur la terre battue, (parfois gelée), des terrains en plein air, elles n’ont d’autre solution que de créer une association hors du cadre scolaire : la « Commercial Athletic Society ». L’association sera rebaptisée plus tard « Commercial Graduates Basketball Club ». Des Graduates, (diplômées), qui seront bientôt pour tous Canadiens les « Grads ».

PAS QU’UNE EQUIPE, UN VRAI CLUB

Le Commercial Graduates Basketball Club, n’est pas qu’une équipe de copines, mais un vrai club structuré avec ses équipes junior et senior de l’école secondaire. Les « Cubs » rassemblent les lycéennes et celles qui viennent juste d’obtenir leur diplôme. Les « Gradettes » est une sélection des plus douées susceptibles d’intégrer les « Graduates » si une occasion se présente. Avec deux entraînements par semaine de septembre à juin, Percy Page peaufine un jeu axé sur un collectif fait de passes courtes. La veille des matchs importants, il n’hésite pas à les faire jouer contre les garçons des « Boy Grads ».

S’il n’impose pas un code de conduite particulier, le coach mentor attend malgré tout de ses joueuses que leur comportement soit digne de ce qu’elles sont, des jeunes femmes responsables, respectables, engagées dans la vie active… Il peut compter en cela sur l’aide de sa femme Maude qui fait souvent office de chaperon et rassure en créant un esprit de famille. La formule fonctionne si on se réfère au très faible turnover au sein de l’équipe, entre 1922 et 1940 seulement 38 joueuses porteront la tunique des Grads.

L’équipe vainqueur de la première Underwood Cup en 1923.

De 1915 à 1922, les Grads se maintiennent au sommet de la hiérarchie provinciale n’ayant comme seules rivales les demoiselles de l’université d’Alberta. La création en 1922 du premier championnat national féminin ouvrent des horizons. Les Grads parviennent en finale sans trop de difficulté et remporte le titre face aux championnes d’Ontario, les London Shamrocks. Ce titre, elles le conserveront les 17 années suivantes. Mais surtout, la couronne de championne du Canada permet de disputer en 1923 la première édition du Trophée Underwood qui doit sacrer la meilleure équipe d’Amérique du Nord en confrontant, (deux matchs avec goal average), les championnes des Etats-Unis et du Canada. Les Grads font ainsi face aux Favorite Knits de Cleveland. Les Etats-Uniennes sont si sûres de leur supériorité qu’elles arborent « World Champs » brodé sur le short. Résultat : 53 / 33 pour les Grads en score cumulé. Le trophée Underwood prend la direction d’Edmonton d’où il ne repartira plus jamais.

LES GRADS AUX JEUX OLYMPIQUES… OU PRESQUE

En 1924, auréolées de leur seconde victoire en Coupe Underwood les filles de Percy Page sont invitées à se rendre en France pour y disputer des rencontres en marge des Jeux Olympique de Paris. Opposées aux Equipes de Paris, Roubaix, Strasbourg et Lille, elles les atomisent avec un écart moyen de 50 points. Pages et deux de ses joueuses, Winnie Martin et Daisy Johnson, en profitent pour assister au troisième congrès de la  Fédération Internationale des Sports Féminins organisé dans la capitale française. Sans doute impressionnée par les performances et l’exemplarité des Graduates, la FSFI` y accueille le Canada en nouveau membre et autorise les Grads à se parer du titre de Championnes du Monde.

Parade à Edmonton dans les années 20.

Quatre titres de championnes du Canada et quatre Cup Underwood plus tard, les Grads retourne en Europe dans des conditions quasi identiques au précédent voyage à l’occasion des JO qui se déroulent à Amsterdam en 1928. Parées du maillot du Canada, les Grads affrontent neuf équipes européennes. Dernières à les défier, les championnes de France, le Foyer Alsacien de Mulhouse, résistent plutôt bien en ne concédant que 32 points dans une défaite conclues par un cinglant 46/14. Les huit équipes précédentes, elles, se sont prises un écart moyen avoisinant les 70 points.

Les Grads lors de la Tournée Européenne de 1936.

Les « diplômées » ne participent pas aux jeux mondiaux féminins organisés par la FSFI en 1934 en Angleterre et ne peuvent donc priver les Françaises de Lucienne Velu d’une finale victorieuse contre les Américaines. Deux ans plus tard, elles sont bien présentes à Berlin à l’occasion des Jeux Olympiques, toujours sous les couleurs du Canada et toujours en « démonstration » pour y démonter leurs adversaires qu’elles soient anglaises françaises, hollandaises ou allemandes. Au final, les Grads ont disputé en Europe un total de 24 matchs entre 1924 et 1936… pour autant de victoires.

LA FIN DES GRADS

En 1940, le Canada est en guerre. La Royal Air Force canadienne réquisitionne l’Edmonton Arena où se produisent les Graduates pour leurs grands matchs. Grands matchs qu’il est de plus en plus difficile à organiser. Pas question d’aller en Europe bien sûr et les challengers canadiennes s’avèrent trop faibles pour vraiment susciter l’intérêt du public. De plus Percy Page, pris par une ambition politique, se fait élire à l’Assemblée législative de l’Alberta. Après un ultime titre national en mai 1940, les Grads se retirent définitivement des parquets sans jamais avoir connu le moindre déclin en laissant dans les mémoires l’extraordinaire bilan de 502 victoires pour 522 matchs.

Un des 9 matchs disputés contre des hommes, (7 victoires)

« Vous êtes d’abord des femmes, et ensuite, des basketteuses.» – Percy Page

Le dernier maillot des filles d’Edmonton

En 1930 elles ont disputé un match devant 7 000 personnes, un record du nombre de spectateurs pour un match de basket au Canada. La presse nationale relatait leurs exploits dont les échos résonnaient au-delà des frontières du pays. Les Grads étaient des stars sans qu’aucun nom de joueuse ne ressorte particulièrement. Même si un jour Margaret McBurney réussit à la mi-temps d’un match une démonstration de 61 tirs consécutifs, c’était l’équipe la vedette. Ces jeunes femmes qui travaillaient comme sténographes, enseignantes ou vendeuses incarnaient la femme moderne de l’entre-deux guerre et c’était sans doute cela aussi qui était à l’origine de leur immense popularité. Car à une époque où les réticences envers le sport féminin étaient bien ancrées, et pas seulement chez les hommes, elles démontraient qu’on pouvait être championne et féminine. Que le sport de compétition ne les transformait pas en hommasse abandonnant toute idée de féminité. Jeunes femmes respectables et respectées, sportives émérites, les Grads ont également été de ferventes activistes de la promotion du sport féminin de compétition. Elles n’ont cessé de militer pour faire admettre officiellement le basket féminin aux Jeux Olympiques… En vain. Car il fallut attendre 36 ans après leur dissolution pour voir enfin des filles jouer au basket sur un parquet olympique. C’était en 1976, à Montréal… Au Canada.

`La FSFI a été créée en 1921, par une femme, Alice Milliat dans le but de défendre la cause du sport féminin face aux organisations machistes tel que Comité International Olympique et la Fédération Internationale d’Athlétisme Amateur.

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About Laurent Rullier (70 Articles)
Le premier match de basket que j'ai vu en live était un Alsace de Bagnolet vs ASVEL. Depuis la balle orange n'a pas arrêté de rebondir dans ma p'tite tête.

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