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Art et Basket – « Losing the Game » de Norman Rockwell

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Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Norman Rockwell est un immense artiste et a créé l’une des plus belles images basket depuis que ce sport existe. On n’y voit pourtant aucun ballon, panier ni même joueur ou joueuse… Mais l’âme du jeu est là.

Norman Rockwell dans les années 50. Il était parfois son propre modèle.

En 47 ans de collaboration avec le « Saturday Evening Post », (entre 1916 et 1963), Norman Rockwell a produit 341 couvertures. 341 illustrations, 341 tableaux, (huile sur toile), pour raconter l’American way of life. S’il s’est parfois emparé de sujets nationaux graves, (les célèbres « Homecoming marine », 1945, et « The problem we all live with », 1964), Rockwell s’est surtout appliqué à porter un regard malicieux sur le quotidien de tout à chacun. Il était avant tout un raconteur d’histoire. Chacune de ses œuvres est un moment saisi qui s’inscrit dans une anecdote de la vie de « tous les jours ». Le foyer, l’école, le lieu de travail, la rue, le dinner… étaient les cadres d’une Amérique qui ressemblait à celle des lecteurs de l’hebdomadaire, une Amérique populaire, celle des petites gens et des classes moyennes un peu conservatrices mais sensibles aux évolutions d’une société sûre de ses valeurs. Ce sont autant de petites histoires du quotidien de gens simples, de gens « sans histoires ».

Si Rockwell explorait tous les recoins des Smallville et autres Springfield du territoire, il était donc normal qu’il aille fouiner autour des stades et des gymnases. Le sport n’était pas spécialement son sujet de prédilection et le basketball encore moins. Le foot US et baseball ont davantage suscité sa curiosité. Mais le plus intéressant dans son approche du sport est qu’il n’accordait aucune importance à la gestuelle du héros sportif, à son action sur le terrain de jeu. Ce qui l’intéressait, c’étaient les à-côtés, ce qui se passait hors des limites de l’air de jeu que ce soit dans les tribunes, les vestiaires ou sur le banc de touche.

Le sport vu par N. Rockwell. Quatre couverture du « Post » – 1939, 1957, 1948, 1958

L’action sportive, il préférait la croquer sur les terrains vagues où des gamins disputaient une partie de baseball, sur un lac gelé où un papy montrait qu’il en avait sous la lame du patin ou dans une piscine où l’ado hésite à se lancer du plus haut plongeoir. Ses champions étaient des champions de quartier.

La célèbre série « Four sporting boys » – 1950

LOSING THE GAME – 1952

« Losing the games », couverture du 16 février 1952 du Saturday Evening Post. Le tableau est parfois appelé « Cheerleaders ».

Il vient de se produire une tragédie dans ce petit gymnase de lycée. L’équipe locale de basketball vient de perdre : 54/53. Que s’est-il passé ? Un shoot au buzzer d’un joueur adverse ? Un lay up raté de Hank ou Jerry après l’ultime contre-attaque qui aurait permis de l’emporter. On ne sait pas. Ce match à l’issue dramatique, on ne l’a pas vu mais on l’imagine très bien. On sait déjà qu’il s’agissait de basketball et non de handball ou de volley, même si aucun ballon ne figure dans l’image, car le tableau d’affichage en atteste. Déçu, le maigre public a déjà quitté la salle sans se retourner. Le dernier spectateur sort du cadre, à ses vêtements, on devine aisément que nous ne sommes pas chez les bourgeois, mais dans l’Amérique profonde du Corn Belt ou des quartiers populaires. Puis bien sûr il y a ces trois adolescentes, des cheerleaders figées dans la sidération. Elles se sont données comme en témoignent les uniformes froissés, les chaussettes tombées, les lacets défaits et les canettes de soda vidées. Et pourquoi ? Pour perdre d’un misérable point. Hébétées, le regard dans le vide, elles n’y croient toujours pas. Ça dû être terrible. Dans quel état doivent être les boys, (ou les girls, on sait pas si c’était match de garçons ou de filles), dans le vestiaire. Mais on imagine le pire. Et c’est ça le génie de « Losing the game », ces trois gamines plongées dans le désarrois nous raconte un match au passé et à ce qui se déroule au présent hors champ, dans le vestiaire des locaux abattus et des visiteurs exultants, des parents et des amis quittant un gymnase que l’on parvient à visualiser dans sa globalité. On y est. On ne voit pas le jeu du basketball mais on le ressent dans ce qu’il a de plus noble, un catalyseur d’émotions.

Les modèles. La même jeune fille pour deux poses et on obtient des jumelles.

L’humour qui se dégage de cette toile vient en grande partie de sa composition qui respecte les règles des grandes œuvres de la Renaissance. La mise en place en triangle des trois protagonistes et sa symétrie accentuée par la gémellité apparente des deux jeunes filles brunes. Les lignes de fuite des lattes de parquets qui vont se rejoindre dans le regard de la figure centrale raide comme un christ déjà détaché des souffrances du monde des humains. Une composition un peu pompeuse que l’histoire art réserve habituellement aux scènes historiques, au sacré… Tout ça pour un match du dimanche qui fera trois lignes dans la feuille de choux locale. Au-delà de l’ironie bienveillante dont il faisait très souvent preuve, Norman Rockwell ne nous disait-il pas avec un sourire malin qu’en fait le sacré, ce sont ces petits tracas et joies discrètes de notre quotidien ? Comme un match perdu d’un point à domicile.

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About Laurent Rullier (70 Articles)
Le premier match de basket que j'ai vu en live était un Alsace de Bagnolet vs ASVEL. Depuis la balle orange n'a pas arrêté de rebondir dans ma p'tite tête.

1 Comment on Art et Basket – « Losing the Game » de Norman Rockwell

  1. A voir l’expo Norman Rockwell actuellement au Mémorial de Caen (pour encore quelques jours je crois). Absolument magnifique !

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