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[A lire] « Jordan, la loi du plus fort », une saison dans l’intimité des Bulls

Livre mythique de la littérature-basket, « The Jordan Rules » est enfin paru en français. En 1990, Sam Smith s’apprêtait à vivre la saison du premier titre des Bulls de Michael Jordan avec l’intention d’en tirer un livre. Il est particulièrement bien tombé, tant cette saison reste mythique. Mais si le résultat est connu, la longue route menant au Graal est bien différente des croyances populaires … 

Il y a deux grandes catégories de personnes qui connaissent Michael Jordan. Ceux qui ont lu The Jordan Rules, et ceux qui n’en ont pas encore eu la chance.

24 ans après sa publication originale, le best-seller de Sam Smith est enfin paru en français. C’est sous le titre de « Jordan, la loi du plus fort » que la maison Mareuil édition propose la traduction de Lucas Saïdi. Après le succès du livre de Phil Jackson, après la biographie de Roland Lazenby « Michael Jordan, The Life » et, dans un autre registre, la traduction « Dream Team » de Jack McCallum, voici un nouvel ouvrage abordant le sujet toujours très rentable que représente Michael Jordan.

Dernier traduit parmi les quatre ouvrages cités ici, c’est pourtant le premier à avoir été écrit. Ce qui est un immense avantage. En effet, celui-ci ne souffre pas du déterminisme qui peut exister parmi les écrits plus récents. Lorsque la fin est connue, les auteurs ont inconsciemment tendance à occulter des éléments, des détails qui n’ont pas affecté le résultat final. Le travail quotidien de Sam Smith ne semble pas souffrir de ce travers, regorgeant d’anecdotes et évitant habilement les lieux communs. La couverture de l’édition française nous prévient : le vestiaire des Bulls était « une réalité loin des faux semblants ». En 1990, Jordan est déjà une star planétaire mais sans bague. Sa faculté à dominer n’importe lequel des meilleurs défenseurs du monde est entachée par ce qui ressemble à de l’égoïsme ou à une incapacité à faire confiance à ses équipiers.

Parfois soliste, parfois trop seul, le joueur est adulé par les fans mais n’était clairement pas exempt de tout reproche. Au cours d’une interview cette saison là, David Robinson avait déclaré que pour les fans, Jordan était certainement le meilleur, mais que les puristes préféraient certainement son jeu de pivot plus traditionnel. Ce qui résume assez simplement les points de vues qui concernaient Jordan avant ce fameux premier titre.

Immense succès dès sa sortie aux USA, 200,000 exemplaires avaient été vendus en trois ans. Attaché au groupe toute la saison, Sam Smith a été proche de l’équipe, effectuant tous les déplacements avec le groupe. Il avait prévenu en amont de son intention d’écrire un livre, on ne peut l’accuser d’avoir profité de la saison historique réalisée par les Bulls pour vendre du papier. Inévitablement, un tel ouvrage a créé une polémique de grande ampleur. L’épisode où Michael a frappé Will Perdue, la centralité de la question financière et la gestion du duo Reinsdorf-Krause ont été autant de raisons de se questionner pour le public. Évidemment, Sam Smith a dévoilé à ses lecteurs le fonctionnement interne d’une franchise, ce qui n’a pas forcément plu tant les faits tranchent avec l’image polissée qu’essaie d’avoir le sport de haut niveau. Et la vie du groupe de 12 joueurs aux niveaux et salaires variés est plus que tumultueuse.

« Il devient évident que le travail de Smith est fiable, fondé et authentique dès lors que le manager des Bulls, Jerry Krause, le qualifie de « presque entièrement inventé ». Une preuve que l’auteur maîtrise son sujet, car rien ne met aussi mal à l’aise que la vérité » – Peter Vecsey pour USA Today.

UNE SAISON MOUVEMENTÉE 

Initialement, The Jordan rules est une expression décrivant le travail défensif des Pistons sur Jordan. Un travail aussi bien réalisé par les joueurs que la franchise elle-même, car l’une des étapes consistait à envoyer des vidéos aux instances de la ligue pour prouver que des fautes inexistantes avaient été sifflées à plusieurs joueurs entrés en contact avec Jordan, afin de pousser les arbitres à être plus attentifs et, surtout dans le cas des Pistons, plus souples. En interne, l’expression The Jordan Rules relevait du traitement particulier réservé à Jordan. Complètement déconnecté de ses coéquipiers en matière de revenus publicitaires – son salaire ayant été signé avant une forte progression du salary cap, la franchise ne le payait pas beaucoup plus que ses coéquipiers -, de pression médiatique, et, bien sûr, de talent.

jordan all star game 1991Sam Smith explique par exemple qu’en raison de sa prestance physique naturelle, il n’a pas été forcé par son équipe de faire de la musculation. Quand il a décidé de s’y mettre, c’était uniquement par nécessité de prendre du poids pour travailler un nouveau move dos au panier. Avec 5 années de retard en la matière et connaissant le caractère de compétiteur obsessionnel de sa star, le staff de Chicago a fait installer une salle de musculation dans sa propre maison, persuadés qu’il aurait essayer de suivre le rythme de coéquipiers plus entraînés, quitte à se blesser à la salle.

Car oui, Jordan était bien le compétiteur acharné souvent décrit, mais le revers de la médaille était plus conséquent qu’on ne peut l’imaginer. En l’observant au All-Star Game 1991, Phil Jackson s’était fait la réflexion que Jordan était trop bon pour son propre bien. De par ce caractère, il avait tendance à déprécier des coéquipiers semblant en vouloir moins que lui, comprenant mal leurs limites. Son besoin constant de challenges se transformait en une conduite particulièrement nerveuse, des problèmes de jeu et de paris constants lui valant des dettes. Et, cette année là, un amour de moins en moins prononcé pour le basket-ball qui ne lui offrait pas le challenge qu’il escomptat, Jordan ayant une préférence très nette pour le golf. Tous ces éléments ont bien sûr nourri une polémique  à la sortie du livre.

Jordan ne concentrait pas toute la mauvaise mentalité des Bulls de cette époque. Pippen, ce lieutenant parfait, souhaitait ardemment négocier un nouveau contrat pour profiter du nouveau salary cap et de son jeu de plus en plus complet. De même que John Paxson, meneur ô combien limité mais utile, adroit et souvent clutch, qui était le meneur titulaire le moins bien payé de la ligue. Dans cette optique, Pippen a conseillé à son coéquipier de faire comme lui, de prendre des shoots sur chaque ballon qu’il recevait pour marquer des points et les esprits. Au-delà de cette anecdote, la plupart des joueurs ont à un moment ou un autre eu des plaintes à émettre à leur sujet. Jordan, persuadé que son propriétaire, la NBA et n’importe quel média profitaient de son image pour gagner de l’argent, a été jusqu’à demander à son agent s’il pouvait prendre sa retraite. Pour les autres, entre le temps de jeu et les shoots, les demandes étaient nombreuses et plusieurs ont voulu obtenir leur transfert en cours de saison.

UN INCONTOURNABLE DE LA LITTÉRATURE BASKET

Michael-Jordan-premier-titre-Chicago-Bulls-1991Après les sorties de ces dernières années, voila encore un livre qui traite de Jordan. Mais celui-ci sort clairement du lot. Certes biographique, c’est avant tout un témoin de son temps. A priori, 500 pages parlant d’une seule saison d’une seule équipe c’est bien trop. Mais en plus de parler d’une saison mythique, ce livre n’assomme pas son lecteur par un excès de chiffres ou de faits secondaires, c’est un récit passionnant. Sa principale vertu n’est pas tant dans sa richesse factuelle que dans la nouvelle compréhension des mentalités et des tractations qui peuvent se dérouler en NBA. À l’inverse du livre de Lazenby, The Life, dont l’incroyable quantités de connaissances nuit à la narration. Le récit débute tout de même avec l’arrière-grand-père de Michael Jordan.

La route vers le titre est d’ailleurs remarquablement racontée. Au fil de la saison, Smith décrit un certain nombre de matchs, de faits de jeu pour montrer l’évolution de la maturité de l’équipe sur les parquets. Ce n’est qu’une petite partie de l’histoire, car le récit multiplie les portraits partiels, expliquant le passé, le style de jeu, la vie de famille d’un membre des Bulls pour servir le récit. Chaque anecdote est placée au moment où elle a eu une incidence sur le déroulé de la saison et permet autant de comprendre la mentalité que de connaître la carrière du joueur.

Le postulat de départ n’est d’ailleurs pas centré sur Jordan, mais sur l’ensemble de la franchise. Cela peut sembler revenir au même, tant le personnage est iconique et central. Bien sûr, sa place prépondérante justifie sans aucun problème le titre qu’on ne peut pas taxer de racoleur, que ce soit dans sa version originale ou traduite. Mais le fait de traiter de la vie de la franchise, de Scott Williams, rookie souvent cloué sur le banc, à Jerry Reinsdorf, le propriétaire, permet d’enrichir le propos en multipliant les points de vues. Et, au fond, la place de Phil Jackson dans le récit est presque aussi fondamentale que celle de Jordan. On peut d’ailleurs percevoir l’admiration de l’auteur pour le coach, tant ses choix sont valorisés. Il revient dans l’épilogue sur la relation qu’il a pu avoir avec les uns et les autres, signalant que Jackson était un personnage passionnant, n’achevant jamais une conversation sans avoir appris quelque chose à son interlocuteur.

  • Sam Smith, « The Jordan Rules ».
  • Traduit par Lucas Saïdi.
  • Aux Editions Mareuil
  • Disponible en librairie au prix éditeur de 20€.

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

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About Antoine Abolivier (85 Articles)
Tombé dans le basket en découvrant Tony Parker et Boris Diaw. Passionné par tout ce qui touche à son histoire que ce soit le jeu, la culture ou les institutions. Présent sur twitter, @AAbolivier

1 Comment on [A lire] « Jordan, la loi du plus fort », une saison dans l’intimité des Bulls

  1. Même en tant que fan des Pistons on ne peut qu’approuver

    Aimé par 1 personne

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