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1893-1921 : La préhistoire du basket-ball français

France

27 décembre 1893, rue Trévise, locaux de l’Union Chrétienne de Paris. Deux années après l’invention de James Naismith, la France découvre le basket-ball. Entre succès immédiat et confinement, les trois premières décennies de l’histoire française du basket ne laissaient pas forcément présager de la suite que l’on connaît.

La légende raconte que le basket-ball fut créé en une nuit de décembre 1891 par James Naismith. C’était en réalité une commande du directeur de l’université de Springfield durant un hiver particulièrement froid, s’inquiétant du désintérêt croissant de ses étudiants pour les sports d’intérieur connus. Dès 1892, ce nouveau sport était inclus dans le programme d’écoles chrétiennes états-uniennes, mais aussi mexicaines. Il a atteint la Chine dès 1894, l’Australie en 1900, la Corée et l’Egypte en 1920. En découvrant ce sport dès 1893, la France fit donc partie des premiers pays convertis.

DE LA RUE DE TRÉVISE AUX CHAMPIONNATS DE PARIS

gymnase de l’UCJG, rue de Trévise (2)

Le gymnase de l’UCJG, rue de Trévise @ Musée du Basket / FFBB

Melvin Rideout, instructeur américain de l’université de Springfield où officiait l’illustre James Naismith, est celui qui a importé les règles du « basket-ball » au sein de l’Union Chrétienne de la rue Trévise. Les arbitres, habillés en redingote et d’un chapeau haut de forme, s’inclinaient devant chaque panier marqué par des joueurs très vite emballés par cette nouveauté.

Le succès fut immédiat, d’abord confiné rue Trévise, puis très vite connu dans la ville de Paris. Après cet essai concluant, le professeur Rideout a inscrit le basket-ball à son programme d’éducation physique, qui comprenait 15 minutes d’exercices avec haltères, 45 minutes de travail aux divers agrès et une course sur piste. La pratique de ce nouveau sport est toutefois restée très confidentielle, n’étant pas relayée par les médias.

En 1898 Paul Field pour « Le Petit Troyen » est devenu le premier journaliste à parler du basket-ball dans la presse française sur ces mots :

« J’ai assisté à un match de basket-ball, rue de Trévise. L’équipe noire qui avait l’avantage de la grande taille a fait preuve d’une incontestable supériorité et a gagné facilement par six buts à rien. Le basket-ball constitue pour les athlètes désireux de continuer leur entraînement, lorsqu’en hiver il est impossible de se livrer aux jeux de plein air, un excellent sport d’intérieur ».

Le même auteur a été publié la même année par La Vie au Grand Air, puis le Petit Journal et l’Illustré National.

UN SPORT ÉDUCATIF, DE COMPLÉMENT, OU DE COMPÉTITION ?

Le basket-ball était apprécié pour son potentiel éducatif, avec ses règles construites dans une certaine image chrétienne du sport. Ce sont donc des patronages d’abord chrétiens, puis imités par des laïcs, et des universités chrétiennes qui ont pratiqué le basket, s’opposant dans des rencontres uniquement amicales pendant plus de 13 années avant l’instauration d’un premier championnat.

Ce sport composé de passes et d’adresse a d’abord été vu comme un complément, un entraînement propice à la pratique d’autres disciplines. Les joueurs du Stade Français ont eu l’occasion de l’essayer le 15 février 1902. Les joueurs de l’union des Écoles chrétiennes ont laminé des sportifs plus accompli sur le score de 14 à 0. « L’Auto-Vélo » écrivait alors qu’ils avaient « disputé pour la première fois au gymnase Huygens un match de basket-ball, ce jeu si amusant et si utile à la fois pour tous les joueurs de rugby, puisqu’il ne consiste qu’en une série de passes aux combinaisons les plus variées et les plus ingénieuses ». Ce « jeu amusant » n’est bien évidemment pas considéré comme un sport à part entière, encore moins comme une compétition. Le score n’est qu’anecdotique, bien que significatif de l’existence de qualités spécifiques à développer pour être bon au basket.

On ne savait pas encore réellement ce qu’était le basket-ball : Paul Fields le vantait comme un sport de complément, mais doutait de ses capacités à se diffuser comme aux États-Unis. Après 1902, un débat a existé entre les partisans du sport d’été ou d’hiver : les rugbymens ont considéré le basket-ball comme une bonne préparation estivale, alors que les athlètes le préféraient comme un entraînement hivernal. Il faudra encore attendre 1907 pour que le premier championnat de Paris soit disputé, un premier championnat de France ayant officiellement eu lieu en 1922.

Basketteuses extérieur 1920

Jeu en extérieur – 1929 – Racing Club de France et Société Athlétique de Montrouge s’affrontent. @ Musée du Basket / FFBB

Si les sportifs qui avaient eu l’occasion d’essayer le basket-ball l’ont globalement apprécié, la diffusion a été très lente durant les deux premières décennies de présence en France – d’autant plus si l’on la compare à l’immense succès connu outre-atlantique. Diverses raisons existent, notamment le coût du basket-ball par rapport au très répandu football européen.

Dans un article du 30 août 1906, « Le Globe Trotter » essayait d’expliquer à ses lecteurs ce qu’est le basket-ball. Le titre est évocateur : « Un sport féminin ». Les premières lignes le sont tout autant : « Nous ferons connaître ici à nos jeunes lectrices un jeu qui convient à la grâce et à l’agilité de leur corps ». Une illustration montre 6 femmes autour d’un panier au filet fermé et sans panneau, surplombé d’un drapeau américain. L’auteur n’a probablement jamais observé de partie se dérouler, tant sa description reste sommaire.

Une autre raison de la lenteur du développement du basket-ball est son appartenance au réseau des patronages chrétiens, au beau milieu d’une période de remise en cause de la place du catholicisme en France (les lois de séparation de l’Eglise et de l’Etat datent de 1905). Un réseau laïc s’est donc développé en concurrence, comptant 120 sociétés au sein de sa fédération en 1910.

A LA CONQUÊTE DE LA FRANCE

« Les soldats américains lancent leur grenades plus loin et plus précisément que les soldats français ». Cette phrase qui pourrait s’apparenter à une mauvaise blague aurait pu être prononcée par un officier français sur cette réalité. La raison était liée à la pratique de sports différents. De ce fait, le Football américain, le baseball et le basket-ball ont été importés dans les bases arrières dans l’est de la France, afin d’entraîner et de divertir les soldats. C’est ce qui explique donc la création de nombreux clubs de basket-ball, principalement dans le nord et l’est de la France, dans les années 1920. L’Étoile de Charleville Mézières en 1921, la SIG 1928 l’AS Berck 1929 … Les exemples sont nombreux.

Outre les bases militaires, le basket-ball a aussi été découvert par les villes portuaires. A Brest, Jean le Henaff de « la Brestoise » et M. Argouach de la « légion Saint-Pierre » ont été intrigués par cette pratique des soldats américains présents dans le quartier de Recouvrance. Il a été découvert de la même manière à Rouen, au Havre ou encore à Amfreville. De la même façon, les lieux de convalescence ont permis les mêmes conséquences. C’est grâce à cela qu’un match fut disputé, le vendredi 1er août 1919, dans le square des émailleurs à Limoges.

Des trois sports américains implantés alors, seul le basket-ball a connu un réel succès après le départ des américains en 1919À l’inverse du basket-ball parisien, qui était un phénomènes de gymnases, les rencontres se disputaient en extérieur dans le reste de la France, par manque d’infrastructures. Les règles fluctuaient, jusqu’au nombre de joueurs à l’origine – le professeur Ed Hitchcock avait ainsi organisé un match à 50 contre 50.

Le basket n’a été reconnu en tant que sport à part entière qu’en 1920, restant sous la tutelle de la FFA (Fédération Français d’Athlétisme). Le premier titre de champion de France est donc celui de 1921, remporté par la section basket du Stade Français. Jean Gajan dans la revue « Tous les sports », insiste sur le fait que le basket n’est pas qu’une activité féminine, preuve que les clichés étaient toujours d’actualité. le 14 août 1921, le FC Haguenau devient champion de France féminin au Stade Pershing. Quelques images auraient été filmées et conservées. Au terme de cette année 1921, une commission basket a été officialisée au sein de la Fédération Française d’Athlétisme, dont certains membres éminents se sont parfois montrés très hostiles à ce nouveau sport, ne rapportant alors rien par rapport à ce qu’il coûtait.

Le stade français, 1er champion de france de basket sous l'égide de la FFA (1921)

Le Stade Français 1er champion de France de basket-ball sous l’égide de la Fédération française d’athlétisme – 1921. @ Musée du Basket / FFBB

En 1922, 16 ligues regroupaient 150 équipes et 1500 joueurs de basketball. L’ICAM de Lille (Institut Catholique des Arts et Métiers) est devenu le second champion de France masculin, alors que l’AS Strasbourg remportait l’épreuve féminine. Un livre français est paru sur le sujet pour la première fois, démontrant l’importance toujours croissante de ce sport. Les années suivantes ont été l’occasion d’une lutte d’influence au sein de la FFA. En 1929, la ligue a pris le nom de « Fédération Française d’Athlétisme et de Basket-Ball ». La scission fut définie en 1932, notamment sous l’impulsion de Maurice Barillé qui prend la présidence de la FFBB. Celui-ci donnait alors rendez-vous pour, déjà, la barre des 50,000 licenciés…

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

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About Antoine Abolivier (85 Articles)
Tombé dans le basket en découvrant Tony Parker et Boris Diaw. Passionné par tout ce qui touche à son histoire que ce soit le jeu, la culture ou les institutions. Présent sur twitter, @AAbolivier

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