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Les anciens ont-ils raison de critiquer Stephen Curry ?

Débats

Irritant ou apprécié, ce constat divise autant les fans que les acteurs du monde du basket-ball. Que ce soit Mark Jackson en début de saison, ou plus récemment Oscar Robertson et Stephen Jackson, le basket-ball de Stephen Curry est régulièrement critiqué par certains observateurs et anciens acteurs du monde de la balle orange.

Curry est aujourd’hui considéré comme le meilleur joueur de la planète et symbolise le basket moderne. Mais il n’aurait pas pu produire un tel niveau de jeu il y a 10, 30 ou 50 ans et ce qu’il fait ne vaudrait pas ce que faisaient ses prédécesseurs. Ce jugement de valeur teinté d’une jalousie apparente ne peut qu’irriter tous ceux qui suivent de près le basket contemporain, ainsi que l’ensemble des acteurs proches du monde du basket. Le constat revenant le plus souvent est, en substance, que Stephen Curry, exceptionnel notamment par son dribble et par son shoot, est défendu par une génération de joueurs softs.

En rationalisant ainsi les qualités les plus évidentes du champion 2015 et discréditant celles de ses adversaires, ceux qui sont déjà qualifiés de « réactionnaires du basket » tiennent aussi à se rappeler à la mémoire des fans, empêcher le « vivre l’instant », l’admiration unanime pour le meneur de Golden State dont l’estime ne cesse de progresser. A 27 ans, le fils de Dell Curry affiche à la fois une domination et une popularité rarement observée et, comme à chaque éclosion de superstar depuis 20 ans, les comparaisons avec Michael Jordan fleurissent.

L’enthousiasme autour de lui n’a sans doute pas d’égal, tant son jeu plaît dans un monde où l’image circule instantanément. Malgré Kobe Bryant, exceptionnel joueur mais trop comparable et trop comparé à Jordan, et Lebron James, excessivement dominant individuellement mais souvent critiqué pour ses choix depuis « The Decision », Stephen Curry semble être le premier à renouveler considérablement la manière de jouer le basket-ball.

Les critiques d’Oscar Robertson sont particulièrement intéressantes, tant le joueur est iconique. Le champion NBA 1971 a été le meilleur joueur des années 1960 sur le poste de meneur de jeu. Excellent scoreur, grand pour son poste (1,96m), Big O est un extérieur qui a dominé un sport qui se jouait alors principalement à l’intérieur, à l’image de légendes telles que Jerry West ou Elgin Baylor. Aucune comparaison entre les deux époques ne semble possible, tant la face du jeu a changé, notamment avec la ligne à trois points qui est apparue quelques années après la retraite de Robertson. Stephen Curry arrive pour sa part au cœur d’une génération où les extérieurs dominent la ligue et ont les clés du jeu.

Aussi, comparer les défenses actuelles avec celles qui se sont opposées à Robertson en tant que joueur n’a aucun sens. Lui affirme notamment que les défenses tout ou demi-terrain et les prises à deux qui lui étaient opposées rendait son jeu plus compliqué à mettre en place que celui de Curry. La réponse de Steve Kerr aux critiques de celui-ci ironise la situation :

« Les athlètes d’il y a 50 ans étaient beaucoup plus grands, plus costauds, plus rapides et mieux préparés. Donc je pense que Steph n’aurait jamais pu y arriver dans cette ligue. »

Pour mettre cela en perspective, il suffit d’observer la tendance générale à une baisse du temps de jeu des franchise player, des joueurs les plus importants. Auparavant, le leader d’une équipe passait facilement plus de 40 minutes par match sur le terrain, ce qui est rarement le cas ces dernières années.

Parmi les 100 saisons où un joueur a eu le temps de jeu moyen le plus élevé, seuls Finley, Arenas, Iverson à six reprises et James par deux fois l’ont réalisé depuis l’an 2000. Et aucun depuis presque une décennie. D’autant que les matchs se rallongent ces dernières années, les 48 minutes de jeu se déroulant désormais sur 2h15 à 2h30 selon les diffusions locales ou nationales, permettant aussi des temps de récupération plus longs. La densification du niveau de jeu et notamment de celui des joueurs du banc rend le défi physique plus important tout au long du match.

stephen curry shoot 2016L’évolution majeure apportée par Curry est bien évidemment l’utilisation du shoot à trois points comme arme offensive principale et prioritaire. Steve Kerr (shooteur le plus adroit de l’histoire avec 45% de réussite) témoignera que ce tir était au mieux un second ou troisième choix offensif encore à son époque. L’affaire de « catch & shooteurs », rôle toujours plus utilisé aujourd’hui par ailleurs. Ce que Mark Jackson critiquait était l’impact que ce style de jeu a sur les jeunes joueurs, qui essaient de jouer de la sorte par imitation, dénaturant ainsi la pratique du basket. Cette critique est logique, difficile d’ailleurs de donner totalement tort à Mark Jackson.

Mais une telle pique peut être adressée à toutes les époques ayant connu un joueur aussi inventif. Bill Russell fut par exemple critiqué par ses premiers coachs pour sa défense aérienne et ses contres. Passé le lycée, il a imposé ce style de jeu et demeure encore aujourd’hui le symbole même de la défense en basket-ball. A l’image de Curry, déjà devenu le symbole du shoot à trois points en détrônant peu à peu Reggie Miller et Ray Allen.

Pour revenir à ce que disait Robertson, oui, par le passé, les défenses étaient beaucoup plus agressives. Parler d’arbitrage plus laxiste auparavant, ou plus sévère aujourd’hui, est le plus juste. Un mal selon la plupart des amateurs du basket old school, mais sans doute un bien compte tenu de ce que signalait Steve Kerr : la progression physique des joueurs implique une capacité de nuisance toujours plus grande.

Pour le reste, on peut estimer que ce que dit Robertson démontre une certaine méconnaissance du basket actuel. Parler de prises à deux constantes, surtout dans le cas de Golden State, n’est pas une solution pour contrôler l’impact de Curry. Plus qu’une méconnaissance, c’est même une non-acceptation de l’évolution du basket qui le caractérise. Que le basket tel qu’il est pratiqué aujourd’hui ne soit pas apprécié de tous, c’est normal, et c’est même tant mieux si l’on veut un minimum de remise en question interne à notre sport. On ne peut pas se fermer à de telles critiques, surtout si elles viennent d’une personnalité aussi importante dans l’histoire de la NBA qu’Oscar Robertson – soit dit en passant, les remarques de Stephen Jackson n’auraient certainement pas eu le même impact une semaine plus tôt. (« Mon équipe des Warriors aurait battu les Warriors actuels, je le garantis. On avait battu le numéro un. Ils sont forts, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit mais on les aurait battus. On avait plus de cœur. », selon Jax sur ESPN)

Mais il va bien falloir que tout le monde l’admette : Curry est en train de transformer notre sport. Il n’y a pas grand-chose d’autre à faire que d’observer et d’admirer, comme le font plupart des fans et légendes du basket.

Montage photo de Laurent Rullier

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About Antoine Abolivier (85 Articles)
Tombé dans le basket en découvrant Tony Parker et Boris Diaw. Passionné par tout ce qui touche à son histoire que ce soit le jeu, la culture ou les institutions. Présent sur twitter, @AAbolivier

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