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ITW Philippe Cazaban : Géants, un livre « pour démocratiser l’histoire du basket »

Interview

À l’occasion de la sortie de son livre « Géants : Toute l’histoire du basket-ball », Philippe Cazaban a accepté de répondre aux questions de BasketRetro. Co-auteur de ce livre avec Daniel Champsaur, il a mené un véritable travail de recherche sur un siècle d’histoire du basket en France. C’est une première pour lui sur le basket-ball, après s’être déjà consacré à l’histoire du rugby ou du football. Entretien…

BasketRetro : Quel est votre parcours vis à vis du monde du sport ?

Philippe Cazaban : Je ne suis pas du tout sportif, mais je suis un fan de sport depuis toujours. J’ai fait une grande boucle en travaillant dans la pub pendant une quinzaine d’année et ensuite je me suis consacré à l’histoire du sport. Ce que je fais concrètement, c’est de la valorisation du patrimoine sportif et culturel. Je fais des expos, des musées, des livres, des histoires, tout ça tout autour du sport, parce que pour moi le sport c’est le miroir de la société. J’essaie de raconter l’histoire du siècle passé et actuel, par le sport.

BR : Quels étaient vos rapports avec le basketball avant ce projet?

GéantsPC : Ça a commencé très simplement. Je ne travaillais pas beaucoup quand j’étais enfant, et j’aimais trop le sport. Je suis originaire de Toulouse, donc je faisais semblant de travailler le soir et j’écoutais les matchs d’Orthez de la coupe d’Europe en 1986, des matchs super tendus contre les grandes équipes. Avec les commentaires de Christian Izarié, c’était fantastique car on vibrait énormément. Il y avait peu de basket à la TV, enfin un peu plus que maintenant même si ça revient, mais j’aimais bien écouter le sport à la radio, je trouve que ça provoque l’imaginaire. Donc j’étais fan de Larrouquis, de Hufnagel, de tous ces grands joueurs de cette équipe. J’ai commencé comme ça, après quand je suis parti à Paris j’ai un peu zappé le basket et j’y suis revenu il y a 5-6 ans. J’ai été contacté pour faire le musée du basket à Paris par monsieur Gérard Bosc, un type extraordinaire qu’on retrouve dans le livre d’ailleurs. Il avait fait un travail énorme en 3 volumes sur le basket et j’ai repiqué, je suis reparti à fond. J’aimais beaucoup le football, mais pour moi le basket l’a détrôné au niveau de l’intensité, du spectacle, de la grâce du geste. Mais je ne suis pas un grand spécialiste.

BR : On sent dans cet ouvrage qu’il y a eu un travail de recherche important. Vous avez notamment travaillé avec les archives du musée du basket et avec Gérard Bosc.

PC : Oui, on le voit dans le livre. Gérard Bosc avait fait un livre il y a environ 10 ans, on l’a interviewé à ce propos. Il ne comprenait pas pourquoi pour tout le monde, le basket en France avait commencé dans les années 1945-1950. Il est remonté à la source, et a trouvé formidable l’histoire qui a commencé rue de Trévise à Paris (NDLR : dès la fin du XIX° siècle). Pour nous son travail a été une source énorme. On a beaucoup pioché dans ses 3 volumes, mais on a souhaité en faire quelque chose de plus grand public, pour démocratiser l’histoire du basket. On a aussi essayé de respecter la parité, de traiter autant le basket féminin et masculin.

« On a souhaité faire quelque chose de grand public, pour démocratiser l’histoire du basket. On a aussi essayé de respecter la parité, de traiter autant le basket féminin et masculin. »

BR : Malgré cet aspect grand public, on sent un vrai travail d’historien, de recherche…

PC : On a essayé ! Le fond du musée du basket a été très important pour nous permettre de travailler sur les sources et fournir les images, mais aussi les recherches que j’ai faite en rencontrant les gens. J’ai par exemple rencontré un photographe qui suivait Orthez depuis les années 1970-1980, et il a un fond photo extraordinaire. C’est ce que j’aime, retrouver des documents que les gens ont gardé.

Livre5BR : On peut observer dans cet ouvrage une grande quantité de sources qui nous étaient souvent inconnues avant, et qui sont parfois présentées de manière assez brutes comme un article de presse sur une page pleine. Pourquoi ce choix ?

PC : C’est un choix graphique, j’aime bien mettre un maximum de sources, mais que ce soit toujours en relation avec l’histoire racontée. On a des images mais sans l’histoire qui va avec, et qu’on ne peut pas utiliser. Ou l’inverse, des histoires sans images. Je trouve que cela amène de la chaleur.

BR : Ce livre est en effet rempli d’anecdotes et de petites histoires. Comment avez vous procédé ?

PC : J’ai essayé de remonter un fil, ça s’est fait de façon assez naturelle. J’aurais aimé faire plus, rencontrer plus de personnes. J’ai fait une sorte de tour de France mais je n’ai pas pu le faire en entier. Ça s’est fait par connexion, on me présentait à chaque fois une nouvelle personne, c’était un peu comme une enquête. J’ai commencé par voir le Big Boss, Yvan Mainini (NDLR : il a été président de la FFBB de 1992 à 2010 et est président de la FIBA depuis 2010), qui est un type fantastique, on a passé 3 heures d’entretien. On a abordé le sujet de l’arbitrage, mais il pourrait aborder des millions de sujet. J’ai ensuite rencontré Pierre Seillant (NDLR : Ancien dirigeant de Orthez devenu Pau-Orthez entre 1967 et 2008). C’est des bonhommes, on apprend des choses avec eux. Je suis ensuite allé voir Hufnagel, il m’a reçu chez lui, on a discuté sur un fond de musique de jazz, c’était fantastique car en plus Hufnagel c’est mon héros. Ce sont des personnes tellement simples, tellement natures, c’est ce que j’aime aussi dans le basket : les gens ne se prennent pas au sérieux. Après je suis allé dans les Landes, une terre de basket où il y a 1 joueur sur 5 habitants. J’ai par exemple rencontré Olivier Léglise, qu’on appelait « l’américain des Landes ». Il marquait 40 points par match, a été appelé deux fois à Orthez, y est allé, mais n’est pas resté car il voulait devenir agriculteur dans les années 1980. Là bas il a toujours une image forte, peut être que Parker est un peu meilleur que lui dans l’esprit les landais. Mais dans tous les portraits, chacun parle de chacun, il y a un fil rouge, une logique entre les histoires que l’on raconte.

BR : Il y a également toute une histoire autour de la première guerre mondiale particulièrement méconnue et intéressante …

PC : Une anecdote que je trouve formidable c’est que l’encadrement de l’armée ne comprenait pas pourquoi les américains lançaient les grenades plus loin et plus précisément que les français. C’est fou parce que la raison est qu’aux Etats-Unis il y avait des sports de mains et nous on avait des sports de pied. C’est pour ça que le basket, le volley sont venus en France. Et des grandes villes de basket sont intimement liées à l’histoire de la guerre de 14-18. Dans les villes du Nord-Est de la France, de Lille à Strasbourg, les clubs sont au départ des CAUFA (Centre Athlétique de l’Union Franco-Américaine).

« Une anecdote que je trouve formidable c’est que l’encadrement de l’armée ne comprenait pas pourquoi les américains lançaient les grenades plus loin et plus précisément que les français. C’est pour ça que le basket, le volley sont venus en France. »

BR : Vous avez écrit 300 pages sur un siècle de basket, mais on sent que vous n’avez pas pu parler de tout ce que vous auriez voulu… Peut on espérer un deuxième ouvrage ?

PC : Ah oui, on pourrait faire un deuxième, un troisième, un quatrième livre… Il y a beaucoup de choses, d’anecdotes, d’histoires de clubs dont on n’a pas pu parler. Mais c’est un beau livre, si on arrive déjà à vendre celui là, j’espère qu’on pourra en faire un second. Et j’aimerais bien en faire un deuxième ! Des bouquins j’en ai fait, sur le vélo, le foot … J’ai à chaque fois fait des livres sur 100 ans car c’est une volonté de l’éditeur. Mais là, vraiment, j’ai adoré travaillé sur le basket, c’était super.

Livre3BR : Avez vous d’autres projets liés au basketball ?

PC : J’aimerais beaucoup faire l’histoire du basket européen, travailler sur les grands clubs yougoslaves, grecs, italiens, russes, baltes … Je touche du bois, j’espère pouvoir le faire avec la même équipe. Le musée français est bien mais manque de place, alors le musée du basket en Suisse est balèze. J’aimerais bien aller voir Sabonis, Kukoc … Il y a beaucoup à faire sur l’histoire du basket, mais les livres ne se vendent pas beaucoup, je ne sais pas pourquoi. J’espère qu’on a trouvé la bonne formule. Je pense que ce livre est vraiment très personnel, ne ressemble à aucun autre.

BR : Comment s’est partagé le travail avec Daniel Champsaur ?

PC : Lui s’est vraiment occupé de la partie historique, il a une façon d’écrire que je trouve très simple, très fluide, qui rend facile la lecture du texte. Moi je me suis occupé de la partie des interviews, des petites histoires que l’on raconte, des anecdotes et des témoignages. En fait, je suis plus dans l’histoire racontée.

BR : Ce livre est centré sur la France, et tranche aussi avec les livres récents sur l’histoire du basket comme la biographie de Phil Jackson ou The Life de Roland Lazenby …

PC : Je les trouve bien, nous aussi on a parlé des Etats-Unis mais on essaie de rester connectés avec la France. Par exemple, Jordan on en parle avec la France, quand il est venu avec Nike. On montre d’ailleurs la lettre d’introduction du président de Nike qui le présente. C’est notre façon de parler des Etats-Unis.

BR : Les Etats-Unis sont finalement les adversaires, et une autre culture du basket. Mais finalement, vous ne parlez que très peu de NBA.

PC : Ben oui, on s’en fiche ! (rires). Le sujet c’est la France, le livre est destiné à un public français. Les fans de basket américain vont peut être trouver ça dommage, mais en même temps on montre la connexion avec le basket américain. Je pense que la réussite de nos joueurs là bas, c’est dû à l’histoire du basket français. Tony Parker est quelqu’un qui aime beaucoup l’histoire du basket. Son oncle c’est Jean-Pierre Staelens, ancien joueur de Denaim. Son père a joué aussi en France. Les joueurs viennent tous de France, ont cette attirance pour le basket américain, mais sont connectés à l’histoire du basket français. On est pas déconnectés du basket américain, on raconte la base. D’ailleurs aujourd’hui les basketteurs français plaisent beaucoup aux Etats-Unis.

BR : Pourquoi avoir choisi Tony Parker sur la couverture ?

PC : Je pense que c’est la tête de gondole du basket. Il y avait une autre solution : montrer les grandes figures du basket français, mais je pense que les gens ne les connaissent pas. C’est un bouquin qui se veut grand public, j’aurais préféré mettre Boris Diaw, mais les couvertures c’est plus du marketing. Tony Parker est un grand joueur, j’aurais aimé qu’il fasse l’édito mais ça n’avait pas été possible. On ne pouvait donc pas l’éviter, mais comme on peut le voir sur la couverture il n’est pas reconnaissable immédiatement, c’est plus un basketteur que l’on montre.

Merci à Philippe Cazaban pour cet entretien passionnant. Le livre « Géants : toute l’histoire du basket-ball » est à commander d’urgence dans toutes les bonnes librairies

  • « Géants, toute l’histoire du basket-ball »
  • 254 pages
  • Format : 25 X 32 cm
  • Couverture rigide
  • Éditions Chronique.

« GÉANTS, TOUTE L’HISTOIRE DU BASKET-BALL » EN IMAGES

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Propos recueillis par Antoine Abolivier.

Montage Une : Laurent Rullier

 Crédits photo : Philippe Cazaban

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About Antoine Abolivier (85 Articles)
Tombé dans le basket en découvrant Tony Parker et Boris Diaw. Passionné par tout ce qui touche à son histoire que ce soit le jeu, la culture ou les institutions. Présent sur twitter, @AAbolivier

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