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Le basket Pro à ses débuts. Épisode 2 : les Régional Leagues – 1910-1924

Histoire

Inventé en 1891 à Springfield par James Naismith, le basket-ball mit plusieurs décennies à se structurer pour devenir à terme l’une des disciplines les plus populaires du globe. A ses débuts, notre sport avait finalement peu de points en commun avec le basket que nous pratiquons aujourd’hui.

Après avoir évoqué la semaine dernière l’histoire des Micro Leagues, nous allons aujourd’hui revenir sur la deuxième grande étape des débuts du basket professionnel aux État-Unis : les Regional Leagues.

LES REGIONAL LEAGUES (1910-1924)

En restreignant leurs championnats sur une seule ville, les Micro Leagues ont très vite entrevu leurs limites. Dès les années 1910, de nouvelles ligues professionnelles se sont mis à émerger avec cette fois des rayonnements régionaux. Apparu à une époque où les moyens de transports étaient encore très limités, les Regional Leagues se sont donc constituées d’équipes implantées à proximité des grandes lignes de chemin de fer du Nord Est des Etats-Unis. Ainsi, le train s’avérait la locomotion idéale pour rencontrer des équipes géographiquement éloignées.

Parmi les nombreuses Régional Leagues du début du siècle, on peut en distinguer quatre principales s’étant formées après guerre :

  • La Pennsylvania State League – 1ère saison : 1917/18 –État de Pennsylvanie
  • L’Interstate League – 1ère saison : 1919/20 – New York City et ses environs
  • La New York State League – 1ère saison : 1920/21 – État de new york
  • L’Eastern League – 1ère saison : 1920/21 – Philadelphie et ses environs

Si ces championnats ont constitué une avancée par rapport aux Micro Leagues, ils se sont toutefois révélés d’une grande instabilité. Comme nous vous l’avions déjà évoqué par le passé, les professionnels n’étaient pas liés contractuellement à une seule équipe. Et au cours d’une même saison, les plus talentueux se retrouvaient convoités de toute part. Les joueurs n’avaient alors aucun scrupule à jouer pour une équipe le samedi, et pour son rival la semaine suivante.

DES TEMPLES MAÇONNIQUES AUX ARMURERIES

Les terrains n’ayant à cette époque pas de dimensions officielles, leurs tailles pouvaient varier mais équivalaient généralement aux deux tiers des parquets NBA actuelles. Si les équipes de Micro Leagues ne possédaient pas de gymnase et pouvaient évoluer dans tout type d’environnement, les Regional Leagues n’ont malheureusement pas connu d’évolutions particulières sur cet aspect.

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Au sein de la New York State League, la majorité des rencontres se déroulait ainsi dans des armureries ! Comme l’accès à ces établissements était réservé aux membres de la Garde Nationale, les joueurs se voyaient obligés d’intégrer celle-ci, pour ensuite déposer leur démission une fois la saison terminée.

Parmi les autres terrains insolites que l’on pouvait rencontrer, l’équipe de Nanticoke, qui évoluait dans la Pennsylvania State League, se démarquait curieusement de ses adversaires : leur terrain était délimité par des conduites de vapeurs brulantes ! Des obstacles sur lesquels les joueurs n’hésitaient pas à balancer leurs adversaires. Une pratique témoignant de la violence du basket à ses débuts.

QUAND BASKETBALL RIMAIT AVEC VIOLENCE

La violence des Micro Leagues n’avait d’égale que celle des Regional Leagues. Les témoignages de l’époque indiquent même un degré de violence encore plus important pour ces dernières. Les coups faisant partis du quotidien des basketteurs de l’époque : les joueurs se poussaient, se balançaient contre les cages qui encerclaient encore les terrain etc. Joel Gotthoffer, qui évoluait dans la Penn State League, témoignait, non sans humour, de cette violence :

« A la fin des matches, on pouvait jouer au morpion sur les joueurs tellement la cage les marquait. Si tu ne te débarrassais pas du ballon, tu pouvais te faire tuer ! »

Les attaquants se comportaient comme de véritables running back en football américain en fonçant, tête la première dans les défenses. De tels comportements n’encourageaient pas la mise en place de stratégies dans un jeu dominé à outrance par des un contre un tous plus caricaturaux les uns que les autres (les reprises de dribbles n’étant pas encore sanctionnées).

UNE ANARCHIE AMENÉE À SE STRUCTURER

Des différences majeures pouvaient exister entre les différentes ligues. Certaines disposaient d’ores et déjà de planches derrières les arceaux, ce qui permettait aux joueurs de développer les fameux « bank shot », tandis que d’autres se contentaient uniquement du cercle.

La volatilité des rosters combinée à la négligence des joueurs vis-à-vis des marchés ne favorisait aucunement la construction de systèmes de jeu. L’anarchie qui régnait sur les parquets allait pourtant bientôt laisser sa place à de vrais stratégies, résultant involontairement de l’émergence de « duos ».

En l’absence de contrat les liant aux joueurs, les équipes étaient, comme nous l’avons expliqué plus haut, dans l’impossibilité de conserver toute une saison un même effectif. Malgré cette fatalité, les pros pouvaient conserver certains coéquipiers dans le temps. Lorsque des amitiés se formaient entre les joueurs, il était ainsi fréquent de les voir se suivre d’une équipe à l’autre, allant jusqu’à évoluer plusieurs saisons côte à côte. De ces affinités, s’est naturellement mis en place une stratégie dénommée le « Buddy System » qui allait marquer les débuts d’un basket plus construit (CQFD Au fil du temps, ce système a connu un certain succès, et a été renommé … le « Pick and roll » !).

Les Regional Leagues ont contribué à d’autres innovations parmi lesquelles les contre-attaques mais aussi les passes avec rebond. Ces ligues furent également le théâtre des premiers dunks de l’histoire dès lors que des joueurs, suffisamment grand et avec un minimum de détente, prirent l’initiative d’en asséner. Mais considérée comme non fair-play (plutôt curieux, à une époque où la violence entre les joueurs était tolérée…), cette pratique ne fut pas davantage développée avant les années 60.

VERS UN DÉVELOPPEMENT INÉLUCTABLE

Encore trop restreint sur une petite partie du territoire, les Regional Leagues devaient à terme laisser leur place à des structures plus importantes. Surtout, le basket-ball n’allait pouvoir passer à l’étape supérieure sans professionnaliser les relations entre les joueurs et leurs équipes. Ces évolutions allaient se concrétiser avec les Big Leagues, troisième étape essentielle du développement de notre sport dans cette première moitié du 20ème siècle.

Source : « The Undisputed Guide to Pro Basketball History »
Illustrateur : Jacob Weinstein

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About Simon ANNIC (20 Articles)
NBA Addict depuis les premiers dribbles de Kobe avec les Lakers, je suis autant passionné par la NBA actuelle que par l'histoire de la grande ligue, de Red Auerbach à Phil Jackson, d'Elgin Baylor à Chris Paul.

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