Breaking News

ITW Antoine Rigaudeau – Part 2 : « Le basket a été une part très importante de ma vie »

Interview

Suite aujourd’hui de notre entretien avec Antoine Rigaudeau. Surnommée le Roi en Italie, l’ex-meneur de jeu nous parle de deux anciens coéquipiers avec lesquels il a joué : Tony Parker et Manu Ginobili. En plus de retracer sa carrière, l’ancien joueur tricolore nous en dit plus sur ses activités depuis la fin de sa carrière pro, le basket actuel et la Pro A.

BR : En équipe de France, vous avez donc côtoyé Tony Parker, quel regard portez-vous sur sa progression ? Vous saviez qu’il excellerait dans les années à venir surtout pour le basket français et en NBA ?

AR : C’est difficile de dire qu’un joueur va exceller dans les années à venir. La chose la plus importante qu’il pouvait se voir est que Tony est toujours très attentif à ce qu’il y a autour de lui. Il a une très grande capacité à apprendre et à comprendre les choses. Tony Parker est égal à lui-même par son courage, son travail, son envie d’arriver là où il est arrivé.

BR : Un de ses coéquipiers aux Spurs Manu Ginobili est un joueur avec qui vous avez joué également à Bologne. N’êtes vous pas étonné de la réussite de l’Argentin en NBA ?

AR : Non. Moi je l’ai côtoyé plus que Tony Parker pendant deux ans et presque tous les jours. Ginobili est un énorme talent, gros travailleur, très fort mentalement. Il a une envie d’aller de l’avant et des capacités physiques différentes de celles des autres joueurs. Il a une compréhension du jeu. Puis tactiquement, son expérience européenne l’a énormément aidé pour la NBA. C’est un talent exceptionnel, pur au niveau de l’adresse. Il fait quelque chose d’incroyable pour un gaucher.

BR : Pour ceux qui vous connaissent pas, quel type de joueur étiez-vous sur le terrain ? Comment décrire votre jeu ?

AR : (Rires). C’est pas à moi de décrire mon jeu. Je pense que j’étais un joueur assez complet. De grande taille, je jouais arrière ou meneur de jeu. Au niveau offensif, j’étais capable de mettre des paniers de loin, de pénétrer toujours à l’intérieur d’un système collectif, d’un jeu collectif. J’étais un joueur avec une capacité de passe et avais une compréhension de ce qui se passait devant moi que ce soit pour mes adversaires ou mes coéquipiers. C’est de la compréhension, du travail que de connaître les automatismes entre deux touches. Il faut avoir une certaine adresse. J’étais un gros gros travailleur. Je suis pas d’un naturel explosif. Défensivement, j’avais plus des capacités par l’étude du jeu adverse et des adversaires directs que celles physiques.

Parker ? « Toujours très attentif à ce qu’il y a autour de lui. il a une très grande capacité à apprendre et à comprendre les choses. Il est égal à lui-même par son courage, son travail, et son envie d’arriver là où il est arrivé ». Ginobili ? « C’est un énorme talent, gros travailleur, très fort mentalement. Il a une envie d’aller de l’avant et des capacités physiques différentes de celles des autres joueurs. Il a une compréhension du jeu. Puis tactiquement, son expérience européenne l’a énormément aidé pour la NBA. C’est un talent exceptionnel. Il fait quelque chose d’incroyable pour un gaucher ».

BR : Vous avez parlez de vos souvenirs en équipe de France, à Cholet. Avec tous les titres et distinctions personnelles de votre carrière, quels sont ceux que vous gardez fortement dans votre mémoire ?

AR : Oui tous les titres collectifs sont forts. Il y a le titre de champion de France avec Pau avec la victoire lors du cinquième et dernier match gagné au Palais des Sports. Il y a aussi les titres en Euroligue. Il y a le côté passion du public qui est très fort lorsqu’on joue des matchs à Bologne. C’est les matchs d’Euroligue aussi à Pau. Ce sont toutes ces rencontres où c’est fort émotionnellement. Cette passion autour du match fait que c’est quelque chose de très particulier et très personnel.

Rigaudeau, vainqueur de l'Euroligue avec Bologne en 2001 (c) Giorgio Benvenuti-Ansa

Rigaudeau, vainqueur de l’Euroligue avec Bologne en 2001 (c) Giorgio Benvenuti-Ansa

BR : Ya t-il des joueurs, des entraineurs, des adversaires qui vous ont le plus marqué dans votre carrière ?

AR : Tous les entraîneurs que j’ai croisés m’ont appris des choses. C’est évident. C’est vrai qu’avec Bologne, et Ettore Messina, on a eu des résultats, des moments qu’on a vécus qui étaient très forts. Ca s’est pratiquement bien passé avec les tous les joueurs avec lesquels j’ai joué. Ils m’ont aidé comme moi je l’ai fait. Il y a des joueurs qui étaient chacun complètement différent dans sa façon de voir les choses et dans le basket également.

BR : Quelles sont les qualités/défauts que disaient vos coéquipiers, coachs pendant votre carrière ?

AR : C’est difficile. Je me rappelle plus spécialement de ce que disaient les autres. Peut-être que je faisais pas trop attention à ce que disaient les coéquipiers. Après évidemment, je faisais attention à ce que pouvait dire les entraîneurs plus pour le bien du collectif et pas obligatoirement pour mon bien personnel.

BR : Entraîner un club ne vous a pas tenté après votre carrière ?

AR : Pas spécialement. Je suis intéressé par tout ce qui est la formation. Je pense que y a toujours la possibilité de faire mieux et des choses intéressantes. Aujourd’hui, tout l’aspect du travail au niveau des jeunes est en constante progression. J’ai pas trouvé non plus l’endroit où le faire. Rien ne m’a pour le moment attiré à ce niveau-là.

BR : Faire de la formation à Cholet, là où tout a commencé est envisageable ?

AR : Je sais pas du tout. Pour le moment, je vis sur l’Espagne. Je pense que c’est une bonne chose pour mes enfants d’avoir la double culture : espagnole et française. Et ce pour la langue, l’expérience de vie. Pour le moment, je suis sur l’Espagne.

Rigaudeau, vice-champion olympique au JO de Sydney (c) Sergio Perez-Reuters

Rigaudeau, vice-champion olympique au JO de Sydney (c) Sergio Perez-Reuters

BR : Vous avez été directeur sportif du Paris Basket Racing.

AR : (Il rectifie). Non je n’ai jamais été directeur sportif dans ce club. C’est une erreur journalistique.

BR : Quelle a été votre rôle exactement alors ?

AR : J’ai été actionnaire d’une société qui elle-même était actionnaire du Paris Basket Racing. Comme le club n’avait pas les moyens de pouvoir embaucher certaines personnes, on m’a demandé d’intervenir au niveau basket et de m’occuper avec l’aval des autres actionnaires de la partie sportive, des choix des joueurs avec les entraîneurs. C’était en aucun cas pour moi un rôle de directeur sportif. Si c’était le cas, j’aurais vécu 24 heures sur 24 à Paris.

BR : Que retenez-vous de cette expérience ?

AR : Plutôt pas trop bonne, pas très intéressante. De la manière dont ça s’est passé, dont je l’ai faite, je pense pas que ça soit positif. Après j’ai compris qu’au niveau de ces expériences-là, l’aspect politique entre les personnes intervenait beaucoup au niveau du sport français. Et je me considère pas comme une personne très politique.

BR : Quelle différence faites-vous dans l’évolution du basket masculin au niveau du jeu entre votre époque à aujourd’hui ? (techniquement, tactiquement)

AR : Oui je pense qu’il y a des évolutions. Le basket évolue en fonction de la pratique. Je pense que les joueurs d’aujourd’hui sont plus développés physiquement, sont de plus en plus grands, ont plus d’envergure. Obligatoirement, le jeu évolue. Il est plus fin, moins construit, ce qui peut lui permettre d’être plus spectaculaire et plus efficace.

BR : Et en terme tactique ?

AR : C’est plus dans cet aspect-là que le jeu est plus simple et basé sur les rapports de force entre les joueurs. Même si y a pas de grosses grosses différences. Après, au niveau tactique, tout dépend de comment on s’entraîne au quotidien et comment les joueurs ont la capacité à reproduire lors d’un match ce qu’ils ont appris lors des entraînements.

BR : Vous avez joué longtemps en Pro A. La suivez-vous toujours ?

AR : Je suis de loin. Je vois pas beaucoup d’images. Si je suis sur la France, et que j’ai la possibilité de voir un match, je le regarde ou je vais le voir.

Antoine Rigaudeau - champion de France avec Pau en 1996 (c) junglekey

Antoine Rigaudeau – champion de France avec Pau en 1996 (c) junglekey

BR : On assiste à un championnat de France de Pro A irrégulier avec des champions différents en presque 10 ans. Quel est votre regard à ce sujet ?

AR : C’est difficile d’analyser. Je pense pas que ça soit une bonne chose pour la France et le basket en général. Je pense que c’est mieux lorsque le championnat est un peu plus hiérarchisé vis-à-vis des annonceurs. Le fait d’avoir beaucoup d’étrangers au sein des équipes ne sont pas entre guillements « le top des étrangers » qu’on peut avoir en Europe, et ils sont souvent de passage pour un an ou 2 ans. Il y a un noyau dur de joueurs étrangers dans les équipes. Et beaucoup d’équipes françaises sont dépendantes de ce noyau. Ces étrangers évoluent et bougent beaucoup. Les équipes varient en fonction de cela. C’est pour cela qu’il y a beaucoup de variation.

BR : Si on note une irrégularité dans le championnat de France, que faire pour que les clubs français brillent en Euroligue ? Les clubs ont du mal à atteindre le Top 16. On attend toujours un successeur à Limoges, vainqueur en 1996.

AR : C’est très compliqué. La première chose que doit faire un club est de se requalifier l’année d’après en Euroligue dans le championnat français. Mais c’est quelque chose de compliquer. Même si je pense que le basket français depuis 2-3 ans, grâce aussi à l’évolution de l’équipe de France et qui trouve un peu plus de stabilité au niveau du jeu, du terrain, reste quand même en dessous du haut du panier européen en Euroligue. Cependant en Eurocoupe, je pense qu’une équipe française pourrait aller plus loin dans la compétition, de là à la gagner, je sais pas. Il y a toujours des équipes costaudes. Je suis pas sûr que cette politique d’étrangers soit une bonne chose. Même si y a plusieurs étrangers, on constate que dans les équipes, il sera très très difficile d’aller très loin dans l’Euroligue car les budgets sont énormément différents entre les grosses équipes européennes et celles françaises.

BR : Quel regard portez-vous sur les récentes performances des équipes de France : les champions d’Europe 2013 médaillé de bronze en 2014 chez les garçons et les vice-championnes olympique 2012 et vice-championne d’Europe en 2013 ? Pensez-vous que la France va dominer sur le plan européen voire mondial sur les cinq années à venir ?

AR : Sur les cinq années à venir c’est très long, dans les équipes de France et sélections, ça bouge très vite, ce qui est très bien justement, et ça contredit ce que je viens de dire, il y a une certaine stabilité dans le groupe France depuis quelques années. Ça permet de travailler dans la sérénité, la tranquillité et le temps. Et ça va continuer au moins jusqu’en 2016 sur ce que j’ai vu. Ensuite, ça ne veut pas dire que les autres nations ne vont pas évoluer, changer en arrivant dans des compétitions internationales. Ce groupe France mérite ce qu’il l’a. C’est le meilleur groupe France qu’il y ait jamais eu dans l’histoire je pense. Je parlerais pas seulement que sur les résultats. Les résultats sont ce qu’ils sont et très aléatoires. Il y a vraiment une équipe, un groupe en nombre de joueurs assez conséquent. Il y a quelques joueurs indispensables au niveau du jeu et de l’image de l’équipe de France. Maintenant le staff technique fait du très bon travail depuis 2-3 ans. Elle est stable, donc y a pas eu de changements. C’est une bonne chose. Elle a la possibilité vraiment de choisir parmi un certain nombre de joueurs importants et ce qui fait que ce groupe France est le meilleur de toute l’histoire.

« Le basket français reste quand même en dessous du haut du panier européen en Euroligue. Cependant en Eurocoupe, je pense qu’une équipe française pourrait aller plus loin dans la compétition, de là à la gagner, je sais pas. Je suis pas sûr que cette politique d’étrangers soit une bonne chose. Même si y a plusieurs étrangers, on constate que dans les équipes, il sera très très difficile d’aller très loin dans l’Euroligue car les budgets sont énormément différents entre les grosses équipes européennes et celles françaises ».

BR : Quels conseils donneriez-vous aux garçons et filles qui veulent effectuer une carrière comme la votre ?

AR : La première chose, que ce soit dans le basket ou le sport de haut niveau ou en général, est d’avoir une capacité de travail très importante et à tous les niveaux : technique, tactique, voire mental. De plus en plus, on parle de cet aspect-là. En plus du travail et d’avoir de la dureté, jouer aussi avec passion. Prendre du plaisir pas seulement en qui concerne les matchs mais aussi les entraînements, des séances de travail, et c’est ce qui nourrit le joueur de haut niveau.

BR : Par rapport à votre carrière, avez-vous gardé tous les maillots que vous avez porté ?

AR : Oui au moins un de chaque.

BR : Vous avez une collection chez vous des maillots portés ?

AR : Oui il y en a qui sont rangés dans un meuble. Ils ne sont pas étendus.

BR : Vous possédez des produits dérivés ?

AR : Non.

BR : Quels sont vos activités en ce moment ? Etes-vous toujours dans le basket ?

AR : Je suis pas dans le milieu du basket. Je vis sur l’Espagne et je m’occupe de 2-3 choses dont un petit centre de soin. Mais c’est pas mon activité principale. J’ai des déplacements pour aider certaines personnes à pouvoir faire leurs activités au quotidien.

BR : On va conclure cette interview avec votre mot de la fin ?

AR : Au revoir (rires). Je dirais que le basket a été une part très très importante de ma vie. Cela a pris beaucoup de mon temps pendant un certain nombre d’années. Cela restera au fond de moi et pour toujours. Aujourd’hui, je suis un peu plus en dehors du monde du basket. Je suis spectateur. Ca veut pas dire que je reviendrais pas un jour dans ce milieu. Et cela dépendra des opportunités ou de mes envies. Et je suis très heureux dans ce que j’ai pu faire et vivre. Ca a toujours été des expériences très importantes à tous les niveaux. Ca m’a permis de me former en tant qu’homme par rapport aux différentes cultures et rencontres que j’ai pu faire au fil des ans.

Merci à Antoine Rigaudeau, grande figure du basket français, de nous avoir accordés de son temps pour ce bel entretien. Pour terminer, voici un hommage vidéo en l’honneur de sa belle carrière de basketteur 

Parcours en clubs :

  • 1987-1995 : Cholet Basket
  • 1995-1997 : Pau-Orthez
  • 1997-2003: Virtus Bologne
  • 2003: Mavericks de Dallas
  • 2003-2005 : Pamesa Valencia

Son palmarès :

1/ Équipe de France

  • 127 sélections entre le 21 novembre 1990 et le 25 septembre 2005
  • Vice-champion olympique des Jeux olympiques de Sydney en 2000
  • Médaille de bronze lors du championnat d’Europe 2005 de Belgrade
  • Médaille de bronze aux Jeux méditerranéens de 1993 à Agde
  • 4e lors du championnat d’Europe 1991
  • 4e lors du championnat d’Europe 1999

2/ Clubs

  • Vainqueur de l’Euroligue en 1998, 2001 (Uleb) (Virtus Bologne)
  • Champion de France en 1996 (Pau-Orthez)
  • Champion d’Italie en 1998, 2001 (Virtus Bologne)
  • Vainqueur de la Coupe d’Italie en 1999, 2000, 2001, 2002 (Virtus Bologne)
  • Finaliste de l’Euroligue en 1999, 2002 (Virtus Bologne)
  • Finaliste de la Coupe Saporta en 2000 (Virtus Bologne)

3/ Distinctions personnelles

  • MVP français en 1991, 1992, 1993, 1994 (Cholet), et 1996 (Pau-Orthez)
  • All-Star européen en 1998 et 1999 (Virtus Bologne)

Propos recueillis par Richard Sengmany

Montage Une : Gary Storck

Retrouvez plus de Basket Retro sur





About Richard Sengmany (354 Articles)
Découvrant le basket dans les années 90 grâce à la diffusion des matchs NBA sur Canal+, je rédige depuis plus de dix ans des articles sur la balle orange, sur d'autres disciplines sportives et la culture.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.