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1992, le road trip académique de l’équipe de France

Equipe de France

Privée de Jeux Olympiques en 1992, l’équipe de France entame une nouvelle olympiade, avec l’envie de revenir dans la compétition reine en 1996, à Atlanta. Pour démarrer ce nouveau cycle, dénommé par la Fédération Française de BasketBall « le rêve bleu », les internationaux partent se mesurer à six universités américaines à l’automne 1992. Retour sur cette tournée.

6 matchs en 6 jours. Le programme est chargé, d’autant plus que cette tournée sur le continent américain se déroule en pleine saison sportive, du 16 au 21 novembre 1992. Le staff, composé du coach Francis Jordane, de Lucien Legrand et de Jean-Pierre de Vincenzi, choisit de partir avec 15 joueurs, afin de faire tourner l’effectif pour limiter la fatigue et les blessures.

Ce n’est pas la première fois que l’équipe de France se déplace sur le continent américain pour s’étalonner. A trois reprises, des tournées avaient été organisées, en 1965, 1980 et 1982. Les adversaires étaient parfois folkloriques, comme les « Chinese Americans » ou encore la « Capital Federal Savings » sur la tournée de 1965. Les deux matchs sur le sol des États-Unis en 1980 ont permis une confrontation contre… l’équipe nationale du Canada.

Et lorsque l’équipe de France a enfin affronté les prestigieuses universités américaines, en 1982, nos internationaux n’ont remporté que 2 courtes victoires sur les 6 matchs organisés.

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Félix Courtinard

Remettons tout de même dans le contexte : En 1992, la France est une petite nation du basket. 4ème des championnats d’Europe 1991, elle n’est pas qualifiée pour les JO de Barcelone. Sa dernière participation aux Jeux Olympiques remonte à 1984, et n’avait pas laissé un souvenir impérissable. Cependant, les bons résultats en jeunes (champions d’Europe juniors 1992) et la nouvelle génération de joueurs portée par Antoine Rigaudeau présage du meilleur pour les années à venir.

Aux JO de Barcelone, les américains ont donné une leçon au reste du monde, en envoyant la Dream Team, qui aura dominé la compétition comme personne auparavant. La NBA, c’est le summun du basket mondial, et la NCAA c’est la pépinière des talents. Après avoir perdu en 1988 et en 1990 lors des deux dernières compétitions internationales, avec des jeunes universitaires bourrés de talent, les américains ont remis les pendules à l’heure.

Nos français partent donc à la découverte de ce basket universitaire, dans la conférence Big East, considérée comme l’une des meilleures aux États-Unis.

Le championnat NCAA n’a pas encore repris, et ce sont les instances américaines qui ont imposé ce programme dense à l’équipe de France, à prendre ou à laisser. Et franchement, dans l’esprit des américains, c’est où la France ? On y joue au basket ? Bien que l’on se rapproche de la mondialisation de notre sport, il y a encore du chemin à parcourir!

UNE EQUIPE DE FRANCE RAJEUNIE

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Antoine Rigaudeau, suivi de près par les américains

Pour cette tournée, l’équipe de France est rajeunie. Exit Richard Dacoury, Philippe Szanyel ou encore Valéry Demory, place à la nouvelle génération avec Antoine Rigaudeau et Stéphane Risacher, en attendant l’avènement de la génération championne d’Europe Junior 1992 (seulement représentée par Laurent Foirest, remplaçant au pied levé Hugues Occansey, blessé et Bruno Coqueran).

Nous retrouvons également parmi les jeunes joueurs Thierry Gadou, Stéphane Lauvergne, le père de Joffrey, ou encore Frédéric Forté. Pour encadrer les jeunes pousses, le toujours fidèle Stéphane Ostrowski, 30 ans, du haut de ses 151 sélections, mais aussi des joueurs commençant à avoir de la bouteille comme Jim Bilba, Georgy Adams, et Félix Courtinard.

Pour tous ces joueurs, c’est le grand saut au dessus de l’Atlantique, le rêve de tout basketteur. Dans cette sélection, seuls Patrick Plantier (North Idaho JuCo entre 87 et 89) et Olivier Allinei (Algheny College, NCAA division II en 88-89), mais à un niveau moindre, ont une connaissance du basket américain.

DE SUITE DANS LE DUR

C’est donc le grand saut vers l’inconnu, sans réelle préparation.

« On n’avait pas vraiment une bonne connaissance de nos adversaires. On ne savait pas grand-chose d’eux. Quelques renseignements sur les joueurs majeurs, et encore, d’après la lecture des stats de la saison dernière. Mais rien de plus, pas de précision, pas de détails sur le profil spécifique de tel ou tel joueur, pas de cassette ». Antoine Rigaudeau, à Maxi-Basket

Outre la découverte d’un basket intense, c’est aussi la découverte d’un univers. Les salles gigantesques, les spectacles aux temps-morts et à la mi-temps, les mascottes, l’engouement pour le blason de l’université, le public, pouvant aller jusqu’à 15000 spectateurs ! C’est aussi d’autres règles à assimiler : A cette époque, la possession de balle en NCAA est de 45 secondes, contre 30 secondes dans le basket FIBA. Cela demande de la constance en défense et de la patience en attaque. La ligne à trois points est aussi plus proche (6,05 contre 6,25 en FIBA).

Bref, c’est le choc des cultures. Et le choc des cultures tourne de suite à l’avantage des universitaires. Le premier match à Seton Hall se termine par une défaire 88-58.

Après cette défaite de 30 points, Bryan Caver, le meneur de Seton Hall aura un commentaire un peu condescendant, montrant bien le peu d’intérêt porté par les basketteurs américains au reste du monde :

« Sincèrement les français m’ont impressionné. Bon… Disons qu’on ne s’attendait pas gagner si facilement »

Le reste de la tournée montre le manque de constance chronique des français, capables de belles performances face à Connecticut et Villanova et de sombrer complétement face à Providence (-40 points !) ou St John’s.

La fatigue peut expliquer ces résultats en dents de scie. Le programme dense en cours de saison, sans parler du décalage horaire, laisse des traces. L’arbitrage et les différences de règles sont aussi l’une des explications avancées par les protagonistes, demandant une certaine adaptation au règlement et au contexte.

« Ici on est aux Etats-Unis, on joue comme aux Etats-Unis », aurait entendu Didier Gadou de la part d’un arbitre.

Et encore on pourra rajouter la fierté des américains, bien décidés à prouver la suprématie de leur basket dans le sillage de la Dream Team. Le patriotisme donne des ailes aux universitaires !

Petit clin d’oeil, le meneur de Georgetown, le français Eric Micoud, mettra 7 points face à ses compatriotes, mais la rencontre sera remportée par l’équipe de France.

UNE TOURNÉE BÉNÉFIQUE

« Les équipes qui ont vaincu une université de la Big East sont rares. Vous l’avez fait trois fois en six matchs et vous pouvez estimer avoir fait du bon travail »

Brian Maloney, Coach de St John’s

Trois victoires en six matchs, le bilan est assez positif, d’autant plus que l’adversité était de qualité. Les Français ont croisé de nombreux joueurs qui évolueront en professionnel, que ce soit en NBA ou ailleurs dans le monde (Terry Dehere, Donyell Marschall, Dickey Simpkins, Arturas Karnishovas, Scott Burrell, Kerry Kittles, Rowan Barrett…). Il faut aussi prendre en considération que les universités sont encore en rodage à cette période de l’année, les entrainements n’ayant repris que le 1er novembre.

Quoiqu’il en soit, les joueurs et le staff n’en retirent que du positif, leur permettant de de connaître les axes de travail prioritaires pour faire avancer le basket français.

Antoine Rigaudeau

« J’ai découvert un basket basé sur le 1c1 et la mise en pratique de supers fondamentaux offensifs et défensifs. C’est super parce que ça donne un sens du mouvement, du panier. Par contre, là-bas, c’est dur physiquement ; on a encore énormément à travailler à ce niveau-là. Et c’est dur aussi parce que dans les matchs, il faut mettre la pression en permanence. »

Francis Jordane

« j’ai toujours envoyé l’ascenseur aux clubs, mais cette fois, ce sont les clubs qui peuvent dire merci. Car les joueurs ont beaucoup appris, aussi bien sur le plan individuel que collectif. Quand on a subi la pression défensive des universitaires américains, on peut jouer n’importe où, et devant n’importe qui ! »

En conclusion, malgré les critiques des clubs qui ont du lâcher des joueurs pour une tournée à l’autre bout du monde en pleine saison, les joueurs, le staff, mais aussi la Fédération toute entière n’ont tiré que du bénéfice de cette tournée, face à une adversité à cette époque encore très relevée, le fossé n’ayant pas été encore comblé entre les États-Unis et le reste du monde.

STATISTIQUES ET RESULTATS

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Crédits photos et statistiques: Maxi Basket n°114 de janvier 1993

Citations: Maxi-Basket n°114 de janvier 1993 et Basketball Magazine (FFBB) n°576 de décembre 1992

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About Frank Cambus (16 Articles)
Passionné de basket, collectionneur à mes heures, j'empile les magazines et livres de basket autant que Jojo enfilait les paniers ou Stockton les passes... Il est temps de les ressortir et de les partager!

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