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ITW Laurent Sciarra – Part 1 : « Se battre pour le maillot pour lequel tu joues »

Interview

AprèMakan Dioumassi, un autre médaillé olympique en argent aux JO de Sydney nous a accordé une interview : Laurent Sciarra. Comme la plupart des anciens joueurs de l’équipe de France avec lesquels Basket Rétro a eu le privilège de s’entretenir, l’ex-meneur de jeu est revenu sur sa découverte du basket, la NBA et sur sa carrière professionnelle. Envie d’en savoir plus ? Ça se passe ci-dessous avec cette première partie de cet entretien.

Basket Rétro : Comment avez-vous découvert le basket ?

Laurent Sciarra : Je suis fils et petit-fils d’ancien basketteur. Ce n’est pas devenu une obligation mais pas loin. J’allais voir jouer mon père. Mon grand-père y jouait avant. Pratiquement toute ma famille a joué. Le virus m’est venu comme ça.

BR : A quel âge avez-vous commencé à jouer ?

LS : J’ai commencé très tôt à l’âge de 4 ans et demi-5 ans. J’ai signé ma première licence quand j’avais 10 ans. J’évoluais dans un club où jouait mon père. Mais il n’y avait pas ma catégorie d’âge. Je me suis toujours entraîné face à des gars plus âgés que moi : 2-3 ans de plus. Quand on a 6-7 ans, tu tombes face à des mecs de 10 ans.

BR : Nice est une ville qui vous est chère. C’est là que tout a commencé avec le basket et c’est là-bas que vous êtes né.

LS : Ouais on est niçois sur 5-6 générations pas très loin. C’est l’endroit d’où j’arrive, où j’adorais me retrouver. J’ai toute ma famille. Forcément, c’est une ville qui compte.

BR : Avant de revenir sur votre carrière, je vais aborder maintenant avec vous la NBA. Quels sont vos premiers souvenirs du basket américain ?

LS : C’est Magic, Bird, forcément Michael Jordan, Wilkins. C’est aussi les coast-to-coast de Charles Barkley. Mon père, à l’époque, ne voulait jamais avoir Canal Plus. J’allais donc voir les matchs chez des copains qui avaient la chaîne. Celle-ci retransmettait les matchs et surtout les All-Star. Les gros souvenirs que j’ai de la NBA, ce sont les gros barnums du All-Star : les méga-concours de smash, les méga-concours à trois-points. Les maillots étaient magnifiques. Ça dépareillait avec ce qu’on avait tendance à voir en France.

Laurent Sciarra lors d'un All Star Game (c) sport.fr

Laurent Sciarra lors d’un All Star Game (c) sport.fr

BR : Quels sont les joueurs/équipes (actuels ou passés) que vous aimez en NBA ?

LS : Forcément je vais te dire Michael Jordan. C’est le numéro un. Il a fait sublimer le basket grâce à des actions dont lui seul a leur secret. Il y a aussi Bird, joueur qui fait plus de 2 mètres, capable de faire des choses fantastiques. La NBA avait encore son charme à l’époque. Là c’est devenu une boîte à pognons énorme. Ça ne joue pas bien au basket. Certaines franchises jouent bien. D’autres c’est n’importe quoi. Je trouvais qu’il y avait encore ce coté frais même s’il y a eu toujours de l’argent, faut pas se leurrer. Il y avait des vrais joueurs de basket. Là maintenant, il y en a des vrais physiquement. Mais ce qui propose par moment, c’est faiblard hormis forcément les Top 20. A l’époque tu avais toujours des mecs dans les franchises comme Danny Ainge, Charles Barkley, John Stockton. Des mecs qui sortaient de nulle part. Des caïds. Là maintenant, ça domine physiquement, c’est du un contre un.

BR : Et des joueurs comme Lebron James, Kevin Durant ? Ce sont des basketteurs majeurs actuellement par exemple en NBA. Ça ne vous fait rien ?

LS : Si. Ils font partie pour moi de cette classe comme on dit en Italie « Fuoriclasse ». Il y a la classe et eux sont un ton au-dessus. Forcément, techniquement, individuellement, ils sont au top. Quand j’entends George Eddy qui dit : « Wha la la la NBA ». Tu prends des mecs qui sont dans certaines franchises NBA, ils ne peuvent pas jouer en championnat de France je pense et ni en Euroligue. Impossible. Impossible (avec un ton convaincant dit-il). Ils sont pas assez forts.

BR : Il y a une différence culture aussi.

LS : Oui mais qu’il reste en NBA. Que certains restent en NBA. Et qu’ils ne traversent jamais l’océan car d’après moi ils vont avoir de drôles de surprises comme certains joueurs d’ailleurs qui arrivent dans le championnat de France ou en Europe, après de gros cursus NCAA. Ils s’en rendent pas compte je crois qu’en Europe, on joue au basket un petit peu. Je trouve donc que la NBA a perdu un peu de son charme, son coté un peu paillettes, d’en avoir plein les yeux. Mais tout évolue en même temps.

BR : Des équipes que vous portez dans votre cœur ?

LS: Dans mon cœur forcément, la rivalité Celtics-Lakers restera pour un mec de ma génération… J’ai toujours eu un petit truc pour les Suns de Phoenix. Peut-être que c’est une ville qui m’a plu quand j’y suis allé. Il y avait Dan Majerle, Kevin Johnson puis Barkley qui est arrivé.

Laurent Sciarra sous les couleurs de Dijon @ La Gazette

Laurent Sciarra sous les couleurs de Dijon @ La Gazette

BR : Et quels sont les joueurs/équipes (actuels ou passés) que vous aimez le moins ?

LS : Détester non. Après je ne garde pas un énorme souvenir de Kevin Garnett. Quand on a eu la chance de jouer face à lui aux Jeux Olympiques, il s’est comporté moyennement. Mais il fait partie des caïds. Après je connais pas plus que ça les Etats-Unis.

BR : Avez-vous le souvenir d’un match NBA marquant : All Star Game, playoffs, performance d’un joueur ?

LS : Je me souviens d’un match de Larry Bird. Je crois que c’est contre Atlanta où il met 65-66 points. Il en est écœurant. A un moment donné, il y a la caméra fixé sur le banc d’Atlanta. Le coach prend un temps-mort, et tu as un joueur qui a joué au Kinder Bologne, son nom m’échappe, et qui a longtemps joué à Chicago aussi. Il est sur le banc et il fait « Whaou », tellement Bird est écœurant (rires). Il met des points dans tous les sens. C’était « Whaou ». Ce match-là restera dans les têtes. Après il y a eu la chaîne NBA TV où on avait la chance de voir pleins d’anciens matchs. C’était super.

BR : Quel serait le 5 majeur idéal de toute l’histoire de la NBA pour vous ?

LS : Magic, Bird, Jordan, Karl Malone et Shaquille O’Neal.

BR : Possédez-vous des produits dérivés NBA ?

LS : Non. Mes idoles, quand j’étais joueur de basket, c’était mon père en premier. Après j’en avais deux dans le championnat de France, ça va faire rire : Freddy Hufnagel en 1 et en 2 Philip Szanyiel.

BR : Mais vous gardez les maillots que vous avez portés durant toute votre carrière ?

LS : Je les donne à mon père. Moi je ne garde pas de trophées, rien, ni toutes les distinctions que j’ai pu avoir. A mon avis, ils sont dans des cartons, dans ma cave.

BR : Vous suivez toujours la NBA ?

LS : Oui je suis comme ça. Je ne suis pas quelqu’un qui dort beaucoup. J’ai la chance d’avoir BeIn Sports. Je regarde de temps en temps et le lendemain aussi. C’est un secret pour personne. Je suis plus branché basket européen.

BR : La NBA a repris ses droits. Quel est votre favori à l’Est, à l’Ouest ? Qui voyez-vous en Finales NBA ? Qui sera champion NBA en 2015 ? San Antonio gardera t-il son titre ?

LS : San Antonio fait partie des 4-5 franchises où c’est vraiment agréable de les voir jouer au basket.

BR : C’est dû à la culture européenne.

LS : Peut-être. Quand on lit des articles des uns et des autres, des garçons qui sont et qui ont joué à San Antonio et arrêté, je trouve que chez Popovich, dans sa dureté, il y a une certaine discipline déjà de jeu, de travail. Les Spurs restent une équipe qui va falloir surveiller selon moi du coté de l’Ouest. De l’autre coté, à l’Est, forcément Cleveland et Chicago. Après la saison est longue, il peut avoir des grosses blessures. Tu ne sais pas ce qu’il peut se passer. San Antonio à l’Ouest me paraît une valeur sure. Puis Cleveland avec l’arrivée de Lebron James, Kevin Love et Irving. Mais Chicago, je les ai vu jouer l’autre nuit contre New York il y a une semaine. Les Knicks font pas le début de saison escompté malheureusement. Ils ont pris Derek Fisher. Il y a Jason Kidd, un des  joueurs que j’ai toujours appréciés qui est coach à Milwaukee. Je suis un peu. J’essaie.

BR : J’en viens désormais à votre carrière. Vous avez commencé celle-ci à Hyeres Toulon. C’est le point de départ de votre parcours professionnel dans le basket. Comment avez-vous été recruté par ce club ?

LS : J’étais en sélection régionale Alpes-Maritimes et Var. On formait la sélection régionale de la Côte d’Azur. Et dans l’équipe du Var, un des garçons avait un père qui était président du club d’Hyères : Anthony Mallor. Il m’invite à passer quelques jours pendant les vacances. Je vais là-bas et il me propose de venir m’entraîner avec l’équipe première. J’avais 15 ans et demi. Ce club était à l’époque en Nationale 2. C’est l’équivalent du National. Moi, j’évoluais en Excellence Régionale, ce qui fait 4 divisions en dessous de la N2. Je m’entraîne. Je ne pourrais pas te dire mon niveau car je n’ai pas été extraordinaire. Et au bout d’un entrainement, le papa de mon pote me dit : « je vais appeler ton père pour lui dire qu’on aimerait te prendre l’année prochaine ». Je pensais qu’il déconnait au départ. Je lui dis «  écoutes je te laisse le numéro de mon père », et quand je rentre, mon père dit «  tu sais qu’ils m’ont appelé ». J’ai dit oui.

A 16 ans, je suis parti à Hyères à l’époque. Le club au départ s’appelait Hyères. Et dans la même division, il y avait Toulon qui est monté de Nationale 3. Au bout d’un an, on a failli descendre, et Toulon a fini second contre la grosse équipe de la Cro Lyon. Les politiques du coin ont dit soit vous fusionnez, soit c’est la mort du basket pour les deux clubs. On a fusionné pour devenir Hyères-Toulon. Avec Jacky Renaud, cette année-là, on a constitué une grosse équipe en Nationale 2, équivalent de la N1, pour monter en Pro B. Et on a accédé à la Pro B. J’ai enchaîné à 18 ans. Je suis resté jusqu’à 20 en Pro B. Après j’ai été suspendu un an car petit problème de contrat. Après j’ai attaqué à Paris, mon premier club en première division.

BR : Quels souvenirs gardez-vous de vos différents passages dans les clubs français ? J’imagine que vous avez évolué dans votre basket, que différentes personnes vous ont apporté dans chaque club.

LS : Oui oui. En même temps, ça vient de mon éducation. Tu vas dans un club et après faut pas se leurrer, tu es dans un milieu où il y a des sous. Tu respectes les gens qui te paient. Et surtout, tu te bats pour le maillot pour lequel tu joues. C’est tout ce qui m’intéresse. Ca c’est mon éducation. Je suis dans un club. Je suis à Paris, je donne 150 % pour Paris. Je peux jouer contre mon pote Lolo Foirest ou mon pote Stéphane Risacher, Yann Bonato ou d’autres avec qui j’ai des affinités. Pendant 40 minutes, mon seul et unique but, c’est de gagner. Après forcément, ca déplait aux adversaires ou aux supporters adverses. Moi j’ai jamais été là pour me faire des amis. Moi je suis là pour gagner. Et j’ai toujours essayé de garder ça dans tous les clubs dans lesquels j’ai joué. Alors après on peut m’estimer dur, difficile, tout ce qu’on veut. Moi tout ce qui m’intéresse, c’est de faire gagner mon équipe.

Laurent Sciarra, le bras droit levé (c) Reuters-Philippe Wojazer

Laurent Sciarra, le bras droit levé (c) Reuters-Philippe Wojazer

BR : Pour ceux qui vous connaissent pas, quel type de joueur étiez-vous sur le terrain ?

LS : La réponse, tu l’as dans ce que je viens de dire avant. Mon but suprême, c’est de gagner. Il y a que ça qui m’intéresse. S’il faut mettre un mauvais coup, abuser, insister sur ce qui est mon point fort : faire la passe, faire jouer les autres, mettre des coups de trompette de temps en temps à mes coéquipiers, mettre un coup de pression à un arbitre, je le fais. La gagne, y a que ça qui m’intéresse.

BR : Quand on retrace votre carrière, on vous range dans la catégorie des meneurs-gestionnaires, celui qui fait beaucoup des passes. On peut donc dire c’était ça votre identité de jeu.

LS : Oui, c’était ma qualité. Après j’ai vite vu aussi que j’avais peut-être pas toutes les qualités, pas techniques, mais de scoring qu’avait les autres. Et moi ça m’allait bien. Après résumer ma carrière en disant juste que j’étais capable de faire que ça et que ça, ouai peut-être. Mais je fais un parallèle avec le basket que je vois maintenant. Il n’y plus ça. Si y en a un qui est revenu en France. C’est Leo Westermann qui a cette qualité un peu de gestionnaire. Tu le vois mais ca ne voit pas dans les stats. L’équipe, elle est bien quand elle est là. Quand tu sors, elle est moins bien. Le seul constat, c’est celui-là. Ce n’est pas les stats. Les stats, c’est bien pour les agents, ta famille, pour ton ego quand tu as fini le match. Mais tu ne gagnes rien avec des stats. C’est des stats. Et forcément des garçons qui font des choses dans une équipe, ça ne se voit pas qu’à travers les stats.  On est devenu trop statistiques. Les médias ont pris trop d’importance dans les petits trucs de rien du tout.

BR : Pour revenir sur votre jeu, vous n’avez pas de description propre sur votre jeu durant votre carrière ?

LS : Non. Après si on peut résumer, une qualité, c’est que je suis un leader. C’est ma qualité, sur le terrain, en dehors.

BR : Leader par tous les clubs où vous êtes passé ?

LS : Je pense. J’ai souvent été capitaine. Pas souvent mais pratiquement tout le temps dans les équipes dans lesquelles j’ai joué. C’est dans ma personnalité. J’aime me mettre en avant. Je n’ai pas peur.

 » Pendant 40 minutes, mon seul et unique but, c’est de gagner. Moi je suis là pour gagner. Et j’ai toujours essayé de garder ça dans tous les clubs dans lesquels j’ai joué. Alors après on peut m’estimer dur, difficile, tout ce qu’on veut. Moi tout ce qui m’intéresse, c’est de faire gagner mon équipe » .

BR : Médaillé d’argent au JO de Sydney, avec le recul qu’a-t-il manqué à la France pour décrocher l’or face aux Etats-Unis ? On se souvient que vous êtes revenu à -4 en finale face à Team USA. 

LS : D’après moi, on est surrégime depuis un moment. On est agréablement surpris de ne pas être à – 20 et de pas être ridicule. Même si on se ne l’est jamais dit entre nous. Et l’erreur qu’on fait… c’est lorsque Tomjanovich prend temps mort, et que Rigaudeau met un panier à 3 points pour nous faire passer de -7 à -4, on a toute la chape qui a fait «  Pouhhhhhhhh ». On a tous parlé au temps-mort. On a juste oublié un truc quand on est sorti : attention la qualité des ricains, c’est les rebonds offensifs, leur physique. Et sur l’adresse ils étaient pas bien car on était une zone « batarde » 3-2 ou 2-3. On est ressorti de là un peu content de ce qui nous arrivait sans avoir pris de claques, sans être à – 20, ridicules. Et on les avait jusqu’au bout du fusil. Mais moi des années après, je me dis et si on avait été champions olympiques, qu’est ce que ça serait ? On s’est pas dit, les JO c’est tous les 4 ans, on n’est pas sur d’y revenir, « putain » on les a au bout du fusil. Inconsciemment, je pense qu’on sait un petit peu relâché.

BR : Vous les avez joués en match de poule aux JO de Sydney, défaite 106-94. Comme vous l’avez dit, vous n’avez pas pris de +50, ce qui est impressionnant. Puis vous ne perdez que 85-75 en finale. Vous avez senti que les Américains se disaient que c’était juste la France, qu’ils allaient gagner facilement contre vous ? Et si oui, vous avez profité de cela ?

LS : C’était leur dernier titre la médaille d’or à Sydney. Après ils ont perdu. Déjà en 2002, chez eux lors du Mondial à Indianapolis, puis défaite en 2004 (JO), 2006 (Mondial). Ils sont revenus fort car ils ont fait un programme avec coach K où ils ont arrêté de faire les gars qui manquaient de respect. C’est pourquoi le comportement de Kevin Garnett qui était un jeune joueur à l’époque. Et je voyais un mec comme Jason Kidd, tu ne le sentais pas des plus heureux dans cette équipe. Steven Smith est un très très fort joueur qui a joué à Miami. C’est un gentleman. La façon dont lui serrait la main, quand il nous a salués pour nous dire « bravo », tu sentais que c’était sincère. Certains autres joueurs, c’était un peu du dédain.

BR : De l’arrogance ?

LS : Ouai mais en même temps, c’est ricain ça ! Les Ricains, on les élève, on les matraque en leur disant (Sciarra serre son poing d’une main pour la taper et claquer dans l’autre) « eh on n’a pas peur de personne ». Bizarrement, cette victoire, pour nous elle fait du mal. Mais on est quand même médaillé olympique. Quand tu vois d’où l’on part, c’était inespéré. Mais je pense que ça a fait du bien aux Américains et derrière maintenant, tu vois dans leur attitude. J’étais aux JO en 2012, les mecs font attention. C’est la classe. Et quand tu vois la finale des championnats du monde cet été, c’est une boucherie.

BR : Quels sont vos autres meilleurs souvenirs de votre carrière?

LS : Il y en a plusieurs. Mais je dis toujours à mon gamin. Il a 16 ans et je lui dis toujours la même chose. Mes parents sont des ouvriers, j’ai eu une chance incroyable de vivre ma passion, de bien gagner ma vie, d’être un privilégié de la société quand je vois ce qui se passe. J’aurais pu gagner plus d’argent, aller dans des clubs plus huppés que ceux dans lesquels j’ai joué. J’aurai pu surement, par ma faute, mon caractère, ma personnalité voire même par mon niveau… je ne suis pas sûr qu’il y aurait beaucoup de mecs qui se soient amusés comme moi je me suis amusé sur le terrain et la façon dont j’ai vécu en dehors du terrain. Y en a pas beaucoup. Y a des mecs qui ont dû gagné beaucoup plus d’argent que moi, mais qui ont pas eu cette vie que moi j’ai eu sur le terrain, en dehors. J’ai des amis partout dans les clubs dans lesquels j’ai joué. Et ça ca n’a pas de prix. Des souvenirs ? Je ne dirais même pas les Jeux Olympiques.

Laurent Sciarra, une coupe de France avec Orleans (c) PHOTO IP3 PRESS MAXPPP TEAMSHOOT DR

Laurent Sciarra, une coupe de France avec Orleans (c) PHOTO IP3 PRESS MAXPPP TEAMSHOOT DR

BR : Pourquoi ?

LS : Non humainement c’est fort, sportivement c’est fort. C’est particulier. Mais c’est le fait d’avoir gagner des titres comme avec Gravelines, la Coupe de France qui était le premier titre de ce club. Avec Dijon, je gagne une Coupe de France, lorsque Monclar me fait revenir alors que j’avais arrêté pendant 6 mois à Tahiti. 6 mois après, on gagne la Coupe de France dans une ville où je me suis senti bien. J’ai gagné un titre avec Orléans avec qui on avait fait 4 finales sur 6 compétitions en 2 ans. Et c’est le premier titre du club en 2010 avec la Coupe de France. On garde des affinités avec Anthony Dobbins, Justin Doellman, Adrien Moerman. J’en passe et des meilleurs. Je dois tout au basket. Je le dois à l’éducation de mes parents. Je ne suis pas sûr qu’il y en ait eu plein qui se soient amusés comme moi.

Sur la finale olympique en 2000 :  » D’après moi, on est surrégime depuis un moment. On est agréablement surpris de ne pas être à – 20 et de pas être ridicule. Même si on se ne l’est jamais dit entre nous. On a tous parlé au temps-mort. On a juste oublié un truc quand on est sorti : attention la qualité des ricains, c’est les rebonds offensifs, leur physique. Et sur l’adresse ils étaient pas bien car on était une zone « batarde » 3-2 ou 2-3. On est ressorti de là un peu content de ce qui nous arrivait sans avoir pris de claques, sans être à – 20, ridicules. Et on les avait jusqu’au bout du fusil. Mais moi des années après, je me dis et si on avait été champions olympiques, qu’est ce que ça serait ? On s’est pas dit, les JO c’est tous les 4 ans, on n’est pas sur d’y revenir, « putain » on les a au bout du fusil. Inconsciemment, je pense qu’on sait un petit peu relâché ».

BR : Vous étiez en fin de carrière en équipe de France dans laquelle arrivait un certain Tony Parker. Vous vous êtes croisé il me semble.

LS : On a joué une année ensemble aussi à Paris. On a fait un Euro ensemble. C’était en 2001 en Turquie. Après, on s’est pas qualifié pour les championnats du monde en 2002 à Indianapolis. La saison 2002-2003 était celle où il y avait des qualifications pendant l’année pour l’Euro. Ce qui va revenir là maintenant. On a fait les qualifs où on s’était qualifié brillamment en finissant premier de notre poule et avait obtenu notre ticket pour l’Euro 2003 en Suède. Moi je voulais arrêter là. La façon dont avait voulu me faire passer la Fédération à l’époque ne m’avait pas plu. Il m’avait manqué de respect surtout après la médaille olympique. Ca me gonflait un peu. Et puis surtout, je venais de signer dans un club à Paris avec M. Nicollin qui m’avait permis de signer 3 ans dans un projet bien précis.

Et l’équipe de France, c’est magnifique. Mais faut pas juste oublier un truc, tu arrêtes la saison régulière. Tu as 10 jours de vacances. Tu repars pour 1-2 mois et demi de stages en équipe de France. T’enchaînes sur une compétition. Tu rentres. Tu as 5 jours de break, et tu repars en club. Et ça, tu l’as fait pendant 10 ans, ce qui a été mon rythme pendant 10 piges. J’avais une discussion à l’époque avec Alain Weisz, entraîneur de l’équipe de France, il m’a dit vers quoi il voulait s’orienter un peu, l’équipe qu’il voulait faire pour l’Euro. Quand il m’a donné certains noms de joueurs, j’ai préféré m’arrêter là.

BR : Dans cette équipe de 2003, vous avez donc côtoyé Tony Parker, quel regard portez-vous sur sa progression ? Vous saviez qu’il excellerait dans les années à venir surtout pour le basket français ?

Honnêtement non. J’avais 27 ans à l’époque. Il en avait 18. Il sortait de l’Insep. A l’époque, c’était encore le PSG Racing avec Didier Dobbels et Charles Biétry comme président. C’était en 1999-2000. Lui, il avait un truc. Je l’entendais discuter des fois avec Thierry Zig. On ne se côtoyait pas trop. Il ne venait pas aux entraînements du matin. Il était censé aller à l’école. Il n’y allait pas souvent. Il venait donc l’après-midi. Moi j’étais dur avec lui. Quelque part, Biétry me l’avait mis dans les pattes pour me casser un peu les bonbons. Comme je ne pouvais pas emplâtrer Biétry, forcément je n’ai pas été très sympa avec Tony. Mais TP avait en tête la NBA. Il parlait de NBA, de NBA. Forcément en 2001, quand il est champion NBA et que derrière il en a pris 4 dont une de MVP des finals, tu dis plus rien. Fuoriclasse !! Il fait partie de cette catégorie. Lui l’a très bien dit dans un reportage sur M6, le titre avec l’équipe de France lui a passé un cap au niveau national. L’équipe de France, pour tous sports, c’est le top.

BR : Vous aurez bien voulu que Tony Parker passe par la case Euroligue ?

Non non. Les gens font comme ils veulent. Les jeunes joueurs qui partent en NBA qui font tout juste la différence en championnat espoirs, et qui font pas la différence en Pro A, et qui d’entrée pense que ça suffira pour aller en NBA, tant mieux, qu’ils y aillent. Ce n’est pas ce que je ferais. Mais je ne suis pas eux.

Retrouvez dés vendredi la deuxième partie de l’entretien avec Laurent Sciarra. L’ancien champion de France avec Paris est revenu sur la suite de sa carrière notamment à l’étranger, sur ses expériences d’entraîneur et pleins d’autres sujets liés à la balle orange. Stay Tuned !

 

Laurent Sciarra dans les locaux d'Eurosport (c) RS

Laurent Sciarra dans les locaux d’Eurosport (c) RS

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Découvrant le basket dans les années 90 grâce à la diffusion des matchs NBA sur Canal+, je rédige depuis plus de dix ans des articles sur la balle orange, sur d'autres disciplines sportives et la culture.

4 Comments on ITW Laurent Sciarra – Part 1 : « Se battre pour le maillot pour lequel tu joues »

  1. On sens qu’il n’ait pas fan de la NBA aujourd’hui ^^ perso je ne pourrais pas m’en passer 😉

    Aimé par 1 personne

  2. J’approuve totalement le niveau des années 80-90 où ça jouait dur et bien. Ca va encore faire passer pour un dialogue de vieux con, mais voilà, la NBA d’aujourd’hui et depuis quelques années, c’est franchement ennuyeux, hormis les playoffs et de rares occasions en saison.

    Aimé par 1 personne

    • Merci pour votre commentaire. Tout à fait, c’est lors des playoffs qu’on voit des beaux matchs. La NBA c’est du business. Je suis pour passer de 82 à 60 matchs.

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