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B.J. Tyler, de feu et de glace

Portrait

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Retro

La draft 1994 se déroule le 29 juin. Une draft talentueuse, où l’on retrouve entre autres Glenn Robinson, Jason Kidd ou Grant Hill. Si Kidd représente l’élite au poste de meneur, d’autres joueurs ont un profil intéressant : le joueur d’Arizona Khalid Reeves, Charlie Ward de Florida State, mais aussi B.J. Tyler de Texas. Les Philadelphia Sixers possèdent deux choix de premier tour lors de cette draft : le sixième choix, fruit d’une saison 1993-1994 compliquée et le vingtième choix récupéré lors d’un transfert avec les Utah Jazz. C’est ce choix qu’utilise le coach et GM John Lucas, ancien joueur NBA des Rockets. Après son départ des San Antonio Spurs, il signe le 1er juin 1994 avec les pleins pouvoirs pour tenter de redresser les Sixers.

S’il jette son dévolu sur le pivot de Clemson Sharone Wright avec le sixième choix, il fait appel à un jeune homme qu’il connaît bien pour le poste de meneur remplaçant : B.J. Tyler. Mais d’ailleurs, tout le monde connaît B.J. Tyler, qui a fait partie des cinquante meilleurs lycéens du pays. Repéré au lycée Lincoln à Port Arthur, au Texas, dont il est originaire, Brandon dit B.J. s’impose comme l’un des meilleurs prospects du pays au poste de meneur. Leader sur le terrain, meneur ultra-rapide, 1m85, avec une excellente vision du jeu, il est considéré comme l’un des dix meilleurs joueurs de l’histoire du lycée de Lincoln.

Il s’engage à la fac avec les Blue Demons de DePaul, à Chicago. Malgré deux leaders que l’on retrouvera plus tard en France (David Booth et Stephen Howard), la saison 1989-1990 sera moyenne pour la fac entraînée par Joey Meyer. B.J. sort du banc avec un temps de jeu relativement faible. Cela ne lui convient pas, et il le fait savoir de la pire des manières en quittant un entraînement pour ne plus jamais revenir ! Il est suspendu.

« D’un commun accord, il ne fera plus partie de notre programme de basketball », a déclaré Meyer. « Il reste étudiant ici et je m’attends à ce qu’il termine l’année à l’université DePaul. Je souhaite à B.J. le meilleur. C’est un jeune homme très talentueux qui peut réussir dans le basketball et dans la vie. J’espère qu’il trouvera le bonheur dans cette nouvelle étape. »

Dix-sept matchs, une inéligibilité pour l’année suivante en raison de résultats scolaires trop faibles et d’un changement de fac à venir. B.J. rentre au bercail et s’engage avec l’université du Texas, entraînée par Tommy Penders. Il récupère de suite le poste de meneur titulaire et, dans un jeu ultra-offensif (sixième attaque du pays), Tyler flambe : 18,3 points et 6,5 passes décisives lors de sa première année. La seconde est tronquée par un passage au centre de désintoxication John Lucas (nous avons le lien), à Houston. B.J. rencontre des problèmes d’addiction et de gestion des émotions. Sa troisième et dernière année sera sa plus aboutie avec 22,8 points et 6,3 passes décisives. Tyler a carte blanche et prend plus de 9,5 tirs à trois points par match. Il sera d’ailleurs élu joueur de l’année de la SWC en 1994.

Le voilà donc à Philadelphie, avec un coach qui croit en lui. Dans une saison sans réels espoirs ni attentes, Tyler joue une quinzaine de minutes derrière le titulaire Dana Barros, qui reste, lui, sur le parquet 40 minutes par match. Il tourne à 3,5 points, 3,2 passes en moyenne. Mais c’est trop peu pour lui. La frustration monte. Le 14 mars, après un reproche de John Lucas, Tyler s’énerve et lance sa serviette sur son coach. L’histoire est consommée et sa saison avec Philadelphie s’arrête en mars. Devant les difficultés de gestion du meneur de poche, les Sixers le rendent disponible pour l’expansion draft entre les Raptors de Toronto et les Vancouver Grizzlies. Isiah Thomas le sélectionne aux Raptors. Le plan est simple : être le back-up de Damon Stoudamire, sélectionné à la draft en septième position.

C’est là que l’histoire bascule définitivement. Après avoir signé durant l’été un contrat prometteur de 6 millions de dollars, Tyler soigne une légère inflammation à la jambe à l’aide de glace après un entraînement. Un geste banal, commun. Épuisé, il s’endort avec la poche de glace posée sur sa jambe.
À son réveil, il ne sent plus rien. B.J. Tyler est hospitalisé en urgence. Le diagnostic est implacable : les terminaisons nerveuses sont gravement endommagées. Ce qui devait être une simple mesure de récupération s’est transformée en cauchemar. Commence alors une longue rééducation, faite d’espoirs fragiles et de rechutes silencieuses. Tyler se présente malgré tout au camp d’entraînement des Raptors, refusant d’abandonner. Mais son arme principale, cette vitesse foudroyante qui faisait de lui un meneur insaisissable, a disparu. Les mois passent, les efforts s’accumulent, mais le corps ne répond plus. À seulement 25 ans, B.J. Tyler comprend que le niveau NBA ne lui sera plus jamais accessible. Sa carrière s’arrête là, brutalement, sans adieux, sans véritable chance de rédemption.

L’histoire de B.J. Tyler est celle d’un talent brut, incandescent, souvent incontrôlable, dont la trajectoire s’est brisée loin des parquets, dans l’intimité d’un vestiaire et le silence d’une chambre. Entre promesses immenses, erreurs de jeunesse, combats personnels et malchance cruelle, son parcours incarne l’une des tragédies les plus absurdes de l’histoire de la NBA.

Il n’a pas été stoppé par un choc violent, ni par une blessure spectaculaire sous les projecteurs, mais par un geste insignifiant, presque invisible. Un rappel cruel que, dans le sport de haut niveau, la frontière entre gloire et oubli est parfois mince. Il reste aujourd’hui impliqué chaque été dans sa ville de naissance pour aider les jeunes à progresser au basketball.

  • 16,7 points, 2,8 rebonds et 5,5 passes en 93 matchs NCAA
  • 3,5 points, 3,2 passes en 55 matchs NBA

Second meilleur passeur et troisième meilleur intercepteur de l’université de Texas. Meilleur joueur de la conference SWC en 1994

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About Valentin Wiktor (17 Articles)
Dream Team 92, puis l'euphorie des années Jordan... . Rien de bien original mais une passion est née, toujours présente et particulièrement mordante !

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