[Portrait] Antwon Hoard, l’empire bisontin
Portrait
Montées, relégations, Antwon Hoard n’a cessé de faire le yo-yo à Besançon. Des plus belles heures du club franc-comtois à sa disparition totale de la carte du basket, il a tout connu sous le maillot du BBCD. Avant de devenir l’emblème et le capitaine de cette équipe, l’Américain a bourlingué dans des coins d’Europe et de France plus inattendus les uns que les autres.
DE CHICAGO A SAINT-JUST SAINT-RAMBERT
Chez la famille Hoard, le basket est une religion. La mère, Katia Foucade, a fait les beaux jours de Mirande et de l’équipe de France. Le fils aîné, Jaylen, navigue entre NBA, GLeague et championnats européens. La fille, Anaïa, est championne d’Europe U16 puis vice-championne du monde U17. Quant aux petits derniers, Elijah et Leah, ils ont fait leurs gammes respectivement à Villeurbanne et Lattes-Montpellier. A l’origine de ce virus, le père, Antwon Hoard, a aussi son mot à dire. Naturalisé français au début des années 2000, c’est aux Etats-Unis qu’il pose ses premiers dribbles. Natif de Chicago, il passe son temps au United Center à admirer Michael Jordan et les Bulls. Un vrai fan qui entretient sa passion à la George Washington Highschool, un lycée situé au bord du Lac Michigan. Dans sa saison senior, il s’affiche à 17 points et 9 rebonds de moyenne, ce qui lui vaut les honneurs de l’Illinois Boys All-Conference Team. Sur sa lancée, il s’inscrit au South Suburbian College, toujours au Sud de Chicago. Chez les Bulldogs, Antwon confirme sa polyvalence dans le jeu et sa présence dissuasive en défense. Ses statistiques en fin de cursus : 12.0 points, 5.6 rebonds, 2.2 passes et 1.7 interception. Son profil d’ailier couteau suisse tape dans l’œil des recruteurs de Murray State. Cette fois, il quitte son Illinois natal pour rejoindre le Kentucky.
Le programme basket des Racers n’est pas le plus réputé de la région. Pourtant sur les trois dernières saisons, la fac s’invite au tournoi NCAA, autant d’apparitions que depuis sa création en 1948. Un succès bâti sur les performances d’un joueur, Popeye Jones. Plus de 20 points et 14 rebonds de moyenne, l’intérieur détruit les raquettes de l’Ohio Valley Conference. Mais, Antwon n’a pas la chance de jouer à ses côtés. A son arrivée sur le campus, Popeye quitte Murray State pour la NBA. Le nouveau coach Scott Edgar doit tout reconstruire. Ancien assistant d’Arkansas sous les ordres du mythique Nolan Richardson, il ramène avec lui la philosophie de jeu des Razorbacks : le fameux 40 Minutes of Hell ! Une augmentation progressive de l’étreinte défensive jusqu’à ce que l’adversaire craque physiquement. Jamais le dernier pour défendre, cette tactique va comme un gant à Hoard. Sixième homme attitré des Racers, son physique robuste fait des merveilles des deux côtés du parquet : 9.7 points à 56,2% de réussite, 4.5 rebonds et 1.1 interception en 20 minutes. Troisième de sa conférence, Murray State tombe dans les grandes largeurs en finale régionale contre Tennessee State, 82-68.

© Racerhistory.com
La saison suivante, pour sa dernière campagne universitaire, Antwon gagne ses galons de titulaire. Il donne raison à son coach en attaquant pied au plancher : 19 points contre Florida International puis 23 points face à Saint Louis. Meilleur rebondeur des Racers, il est aussi le piston défensif de l’équipe, celui qui donne le ton du pressing tout terrain et colmate les brèches. Avec son système plus rodé qu’en 1993, Murray State asphyxie ses adversaires de l’Ohio Valley : un écart moyen de 10.3 points, une attaque qui culmine à 90 points pour un bilan de 15 victoires et une petite défaite. L’entraîneur Scott Edgar qui avait promis de se raser la tête si les Racers remportaient cinq matchs de suite, se retrouve vite la boule à zéro. Avant d’aborder la finale régionale dans un remake contre Tennessee State, Murray State est sur une série de dix succès consécutifs ! Le match pour le titre de la conférence tient toute ses promesses, indécis de bout en bout. Dans le camp d’en face, le futur NBAer Carlos Rogers est tout simplement inarrêtable : 38 points, 14 rebonds et le dunk de la victoire 73-72. Sur le fil, Hoard doit dire adieu à ses rêves de tournoi NCAA pour se contenter du NIT (National Invitation Tournament), le temps d’un petit tour contre la fac de Bradley.
Trop court pour la draft 1994, Antwon Hoard prend la décision de s’exiler pour poursuivre sa carrière de basketteur. Comme beaucoup d’universitaires, il rejoint le Vieux Continent. En revanche, la destination n’est pas des plus communes. Il s’engage avec le Pantterit Helsinki en Korisliiga. Un championnat mineur en Europe pour un dépaysement maximum. Le froid scandinave ne refroidit pas les ardeurs d’Antwon. Chez les Panthers, le surnom du club, il explose les compteurs : 32.3 points, 10.7 rebonds et 2.4 interceptions. Top scoreur de la ligue, il franchit la barre des 1000 unités sur la saison. En playoffs, Pantterit se fait sortir sèchement dès le premier tour par ses voisins de Torpan Pojat. Mais, Hoard ne repart bredouille de son expérience finnoise. En finale de la Coupe, les Panthers découpent les Sharks de Korihait par la plus petite des marges, 89-88. Avec son premier trophée sous le bras, Antwon continue son improbable périple pour se poser à Pruszkow, en banlieue de Varsovie. Un championnat plus disputé, loin toutefois des grosses écuries européennes.

© Pruszkow Mistrz
Hoard signe son arrivée en Pologne avec 33 points et 11 rebonds contre Bialystok. Un adversaire qu’il apprécie tout particulièrement puisqu’au match retour, il plante 48 points, son record de saison. Champion en titre, Pruszkow compte dans ses rangs le MVP de la dernière saison, Tyrice Walker. Son association avec Antwon est censée faire des étincelles. Les deux américains sortent de fac et veulent se faire un nom en Europe à tout juste 24 ans. Pourtant, l’équipe a un problème à l’allumage. Le club loue la force physique de Hoard et son aptitude à se battre au rebond, mais Antwon a du mal avec le coaching de Jacek Gembal. Contre Wroclaw, il ne digère pas sa sortie prématurée du parquet et le fait savoir. Pruszkow va dans le sens de son joueur et licencie l’entraîneur. L’arrivée de Mieczyslaw Kuczynski sur le banc redonne un coup de boost, juste de quoi boucler la saison sur un équilibre parfait : 11 victoires, 11 défaites, 1897 points marqués et 1897 points encaissés ! Irrégulier dans ses performances à l’instar de l’équipe, Hoard termine à 15.6 points. Éliminé au premier tour des playoffs contre Przemysl, il ne part pas complètement capot de Pologne. Invité au concours de dunks du All Star Game, il sort le grand jeu. Dans sa dernière tentative, il s’élance au-dessus de son coéquipier Tyrice Walker pour un tomar surpuissant. En plus de la note maximale, Antwon repart avec le trophée et 1500 zlotys en poche. Une somme proche des 350 euros qui lui permet à peine de payer le voyage vers sa prochaine escale. Après Helsinki et Pruzkow, Hoard atterrit dans l’Hexagone, dans un club peut-être encore plus inattendu : La Pontoise.
Situé à Saint-Just Saint-Rambert dans le Sud de la Loire, La Pontoise Basket Club évolue en Nationale 2, l’équivalent de la troisième division. Des joueurs de son calibre à ce niveau, ça ne court pas les rues. Antwon domine physiquement et techniquement le championnat pendant deux saisons. Des cartons offensifs qui laissent une trace indélébile dans le Forez, une véritable légende dans la salle de La Bonbonnière. Surdimensionné pour la NM2, il pointe son nez quelques étages plus haut en 1998. Signé par Le Havre, Hoard découvre la Pro B. Ses premiers matchs sous ses nouvelles couleurs chassent immédiatement les doutes sur son acclimatation à cet échelon : 26 points face à Beauvais, 24 points contre Rueil puis 26 points face à la CRO Lyon. Son tandem avec son compatriote Harold Doyal vampirise l’attaque havraise. Longtemps dans le trio de tête, le STB plie en fin d’exercice pour finir à la septième place.
A l’intersaison, Antwon a encore la bougeotte. Il s’engage avec le Cercle Olympique Beauvaisien, toujours en Pro B. Désormais, Hoard est référencé dans le championnat pour figurer sur les tablettes de tous les coachs adverses. Ça ne l’empêche pas de carburer plus fort en Picardie : 20.6 points à 51,5% de réussite, 6.6 rebonds, 4.0 passes et 1.9 interception. Au four et au moulin, il enchaîne deux matchs à 32 et 34 unités en octobre et se rappelle au bon souvenir du STB en plantant 30 points dans une victoire de prestige. Monté en Pro B seulement deux ans auparavant, Beauvais s’invite dans le peloton de tête du championnat. Au forceps, le club arrache même un barrage contre Montpellier pour l’accession en Pro A. Défaits dans l’Hérault, les Beauvaisiens s’offrent une belle avec Antwon en top scoreur (22 points). Sur le match d’appui, il faut une prolongation à Montpellier pour sauver sa tête in extremis.
PREMIERS PAS EN PRO A
Étincelant sur ses deux campagnes en Pro B, Hoard est désormais dans les radars de l’élite. À la suite de son mariage avec Katia Foucade, il obtient le statut de naturalisé. Du pain béni pour des équipes de Pro A qui n’ont pas à griller le recrutement d’une star étrangère pour se renforcer. Premier à sauter sur l’occasion, le club d’Evreux. Traditionnellement tournés vers la formation, les Ebroïciens changent leur fusil d’épaule pour proposer un cinq majeur intégralement originaire des States : la doublette US Jamie Arnold et James Scott accompagnée de Troy Truvillion, Fred Campbell et Antwon. Le nouveau coach Jean-Paul Rebatet part d’une feuille vierge avec des individualités habituées à être des stars. Le partage de la gonfle est son cheval de bataille. Hoard, lui, s’adapte parfaitement à la situation. A 28 ans, il prouve qu’il est taillé pour la Pro A. Toujours aussi volontaire en défense, il apporte son écot offensif quand les besoins s’en font ressentir : 26 points et 10 rebonds face à Besançon puis 21 points dans un succès surprise contre Pau-Orthez. Dans un bon jour, les pistoleros de l’Eure peuvent taper n’importe qui, mais la grande tendance est de laisser filer des avances parfois très importantes. Le maintien paraît bien difficile, d’autant que les blessures s’en mêlent. Abbas Sy, Joseph Gomis et Antwon tombent tour à tour. Indisponible à partir de mi-janvier, Antwon constate l’échec de cette team « Born in the USA » depuis les tribunes. Valéry Demory remplace Rebatet sur le banc pour les matchs de barrage, mais ne peut éviter la relégation de l’ALM Evreux.

Evreux 2000-2001 © alm-evreux-basket.com
Nouvelle saison et nouvelle destination, c’est désormais une habitude chez Hoard. En 2001, il déménage sur la Côte d’Azur. Pour sa première apparition en Pro A, Hyères-Toulon fait appel à ses services. Comme à Evreux, le maintien est l’objectif principal. Deuxième meilleur scoreur français du championnat avec 14.7 points, il répond présent dans deux succès capitaux contre des rivaux directs : 28 points contre Bourg-en-Bresse en mars et 20 points face à Montpellier en avril. Avec huit victoires, le HTV est juste au-dessus de la ligne de flottaison. La relégation évitée, Antwon fait ses valises pour l’Italie. Engagé par Pavie, il tente de redorer le blason d’une équipe coincée en deuxième division depuis le départ de la légende Oscar Schmidt. En playoffs contre Messine, il est de loin le meilleur élément avec 15.0 points, 8.0 rebonds et 2.3 interceptions. Trop esseulé, il s’incline 3-1 malgré une dernière salve à 29 points et 12 rebonds. Son infidélité au championnat de France ne dure qu’un an. En 2003, il fait son retour dans l’Hexagone à Besançon. Le BBCD bénéficie d’un élargissement à 18 clubs en Pro A pour retrouver l’élite après deux ans de purgatoire. Avec une colonne vertébrale très française, Hoard est l’atout expérience pour accrocher le maintien.
Nommé capitaine à 30 ans passés, Antwon trouve ses marques en matchs de préparation avec 29 et 24 points contre Strasbourg et Bourg-en-Bresse. Mais, rapidement cette montée ressemble à un cadeau empoisonné : moyens financiers limités pour recruter, une infirmerie qui ne désemplie pas, Besançon descend doucement mais sûrement vers les bas-fonds. Le président André Mulon trouve l’explication : avec son effectif restreint, le BBCD tire davantage sur ses cadres et les blessures s’enchaînent. Une série de 14 défaites en 15 matchs à cheval entre décembre et avril condamne quasiment les Doubistes. En pleine crise, le club fait appel à Chris Singleton sur son banc, en remplacement de Pascal Thibaud. Opéré d’une calcification du tendon rotulien, Hoard revient en fin d’exercice pour entretenir un petit espoir. Lanterne rouge à neuf journées du terme, les Bisontins enchaînent enfin un run de quatre victoires pour jouer leur survie lors des barrages avec la Pro B. Besançon résiste d’abord à l’Étendard de Brest, avant de plier en prolongations contre Rueil. Retour dans l’antichambre de l’élite pour le BBCD. Alors qu’on pouvait s’attendre à voir Antwon changer une nouvelle fois de crémerie, le naturalisé se plaît dans le Haut-Doubs et prolonge son bail.

© L’Est Républicain
Pour son retour à l’échelon inférieur, Hoard réalise sans doute sa saison la plus complète en France : 16.6 points, 8.6 rebonds, 3.3 passes et 2.2 interceptions. Malgré un budget revu à la baisse, Besançon parvient à conserver sa doublette américaine : le meneur scoreur Kelley McClure et l’intérieur Timothy Mason. L’ossature est bâtie pour la montée, mais dans un peloton de tête ultra resserré, le BBCD décroche seulement la septième place. Touché au genou en Coupe de France, Antwon est scotché à l’infirmerie lors des playoffs. Éliminé en demi-finale par Evreux, Besançon sort sans gloire et voit son avenir s’obscurcir. Avec un déficit de trésorerie estimé à 300.000 euros, le club est au bord du dépôt de bilan. Fraîchement élu président, Jacques Thibault élabore un plan de secours en multipliant les partenariats. Pour maximiser cette dernière chance, il appelle sur le banc un ancien de la maison, Germain Castano. Un entraîneur qui peut compter sur l’expérience d’Antwon. Alors qu’il reçoit plusieurs offres nettement supérieures à celle du BBCD, le vétéran de 33 ans préfère s’enraciner en Franche-Comté. Un contrat surprenant de quatre saisons ! Pour l’épauler à moindre frais, Besançon s’oriente vers un arrière US tout juste sorti de la fac, Cedrick Banks. Comme Hoard, il est né à Chicago. Aussi, lorsque le mal du pays se fait sentir chez le rookie, c’est le franco-américain qui lui tend la main. Sur la sellette après quatre journées, le rookie ne s’adapte pas à sa nouvelle vie. Pour le remettre en selle, Antwon lui ouvre les portes de sa maison.
C’était mon job. La famille lui manquait. J’étais là pour lui donner confiance, pour l’aider à s’intégrer. Cedrick, c’est mon petit frère. Il a beaucoup travaillé pour élever son niveau de jeu. Même l’été. J’ai d’ailleurs travaillé avec lui à Chicago.
Un rôle de grand frère qui va transformer la campagne bisontine. Mis en confiance par Antwon, le shoot de Banks s’avère être de l’argent au coffre. Fin septembre, à l’occasion de l’inauguration de l’agrandissement du Palais des Sports, Cedrick plante 29 points en 25 minutes. Le point de départ d’un feu d’artifice offensif : plus de 23 points de moyenne sur la phase retour, un coup de chaud à 42 points contre Nantes et un titre logique de MVP de Pro B. Une véritable locomotive qui propulse le BBCD tout en haut du championnat. Premier de saison régulière, Besançon obtient son billet pour la Pro A, à trois journées de la fin, lors d’une victoire fleuve contre Boulazac, 92-73. Une montée qui n’était pas dans les objectifs, dix mois auparavant, quand le club se trouvait au bord du gouffre financièrement. Assemblée dans l’urgence pendant l’été, cette équipe éclabousse offensivement le championnat avec quasiment 200 points d’avance sur son dauphin. Au centre du groupe, Capitaine Hoard émarge encore à 14.5 points et 4.5 rebonds. Pour éviter de faire l’ascenseur, le BBCD fait passer son budget de 1,5 à 2,3 millions d’euros. Avec des partenariats économiques reconduits sur deux ans et une salle poussée désormais à 4300 places, Besançon veut retrouver l’équilibre financier et s’ancrer pour de bon dans l’élite. Un défi de taille, d’autant que cette saison 2006-2007 comprendra trois descentes, la Pro A passant de 18 à 16 clubs l’année suivante.
LA CITADELLE DE BESANÇON
Trois mois de recrutement, six nouveaux joueurs, sept semaines de préparation, le BBCD est dans les starting-blocks. L’attaque concoctée par Germain Castano tourne comme une horloge, mais Besançon pèche en revanche de l’autre côté du parquet. Pire défense du championnat avec 84.7 points encaissés, le club ne décroche que cinq victoires à la fin de la phase aller. Déjà dans la zone rouge, le BBCD cherche le pompier de service pour éteindre l’incendie. Mi-février, l’américain Sean Colson débarque dans le Doubs. Réglé comme une pendule derrière la ligne à 3 points, le meneur permet aux Bisontins d’enchaîner six victoires en neuf matchs. Une bouffée d’air pour le groupe qui n’est plus relégable grâce aux succès contre le leader Roanne et l’outsider Pau-Orthez. La survie se joue sur les cinq dernières rencontres… face à cinq clients du Top 8. Condamné à faire au moins un exploit, le BBC a le match en poche contre Dijon avec 3 points d’avance à deux secondes du buzzer. Au lieu de faire faute, Besançon laisse un tir longue distance à Laurent Sciarra. Ficelle ! La prolongation est de trop pour le BBCD, tout comme les deux matchs restants, face à plus fort que lui. Pour une histoire de point average défavorable avec Hyères-Toulon, les Doubistes retombent à l’étage inférieur.

© L’Est Républicain
Cette descente reste en travers de la gorge des dirigeants, surtout en repensant aux quatre matchs perdus après prolongation. Pour le président Jacques Thibault, pas question de moisir en Pro B. Le budget est maintenu à plus de 2 millions et l’équipe est complètement dissolue. Seul rescapé, Antwon Hoard, of course. Autour de lui, un groupe de guerriers capables de mettre de l’intensité dans le jeu, un ingrédient manquant la saison passée. Mais, la mayonnaise met du temps à prendre et les Bisontins n’en ont pas. Le bilan négatif début novembre est fatal à Germain Castano, remplacé par l’ancien entraîneur de Nancy, Sylvain Lautié. L’électrochoc n’a pas lieu, bien au contraire. Le coach entame son mandat par quatre défaites, si bien que le BBCD affiche cinq victoires en quinze matchs ! Loin, très loin des ambitions de début de saison. Une course contre la montre commence alors pour Besançon. A domicile, le moindre faux pas est interdit. Ça tombe bien, l’équipe est intraitable au Palais des Sports sur la seconde partie du championnat. Et sur les dix derniers matchs, c’est Antwon qui montre l’exemple : 13.2 points et 5.0 rebonds pour l’inamovible capitaine. Hors Top 8 avant l’ultime journée, le BBCD a besoin d’un miracle : l’emporter sur le parquet de Brest pendant qu’Aix-Maurienne chute à domicile contre Saint-Etienne. Un scénario improbable qui se réalise pourtant ! Avec 17 points contre les Bretons, Hoard est l’un des artisans de ce retournement de situation. Invité surprise des playoffs, les Bisontins font des heures sup’.
Opposé à Rouen, leader de saison régulière, Besançon réalise un nouveau casse à l’extérieur puis plie l’affaire dans la douleur en Franche-Comté, 80-74. Très bon pour la confiance avant d’aller défier Saint-Etienne, l’équipe à qui elle doit sa présence en playoffs. Mais, les sentiments ne sont pas à l’ordre du jour dans la Loire, où le BBCD s’impose de 24 points avec une réussite de 62%. Avec un pied en finale, c’est toute la salle qui est en blanc pour le match retour. En guise de riposte, le coach Alain Thinet met en place une citadelle dans la raquette, sa fameuse zone 1-3-1. Impuissant, Besançon craque sur son parquet 90-82 et doit retourner dans le chaudron vert pour forcer son destin. A la traîne de onze points avant le dernier quart-temps, l’équipe grignote son retard pour un money time irrespirable. A dix secondes de la fin, le stéphanois Mohamed Hachad a l’occasion de tuer le match sur la ligne des lancers, mais craque sur sa tentative. Dans la foulée, le meneur bisontin Terrance Johnson crucifie Sainté au buzzer. Nouvel exploit qui propulse le groupe à Bercy pour affronter Poitiers en finale. Plus agressif et provoquant de nombreuses fautes, le BBCD attaque tambour battant pour créer un premier écart, 13-6. Dans son plan d’avant-match, Lautié opte pour laisser les tirs ouverts à 3 points et bétonner sa raquette. Tactique payante. Les artificiers poitevins sulfatent à 4/22 derrière l’arc et ne ratrapperont jamais les Bisontins au score. Impérial au cœur de la défense, Antwon jubile. Symbole de la résilience de ce groupe, il est élu MVP de la finale avec 13 points, 7 rebonds et 2 passes. Lui qui a connu les montées comme les descentes avec le club n’a jamais semblé aussi fringuant :
Parfois, on me demande si j’ai bien 35 ans et pas 25. J’en ai vraiment 35 ! Ce titre de MVP, c’est la première fois pour moi, ça restera un bon souvenir. Cette saison a été très, très dure pour moi et pour l’équipe. Mais, on a joué très bien au basket au bon moment. On est arrivé en finale avec une grande confiance et maintenant on est champion de Pro B.

© PB86
Depuis la création de la Ligue en 1987, aucune équipe rétrogradée en Pro B n’était parvenue à remonter aussitôt. C’est dire le tour de force réalisé par le BBCD. Pour trouver enfin la stabilité au plus haut niveau, le club recrute Alain Thinet sur son banc, un habitué du circuit, et l’ancien coach du SLUC, Olivier Veyrat en tant que directeur général. Cette fois, Besançon ne doit pas rater le virage pour valider le projet monté il y a trois ans maintenant. Au rayon des arrivées, Tommy Gunn, Justin Doellman et Justin Hawkins forme la section US de l’effectif. Quant à Antwon, Thinet s’en sert d’exemple dans le vestiaire et d’energizer sur le parquet. Et le doyen lui rend bien. Dans la victoire inaugurale à domicile contre Le Havre, il score 12 de ses 18 points dans les 13 dernières minutes. Le bilan à l’équilibre au bout de dix journées confirme les bonnes intentions locales, avant que les blessures plombent les rotations. Le scénario de 2004 se répète. Besançon plonge lentement vers la zone de relégation avec une série de six défaites en janvier et une autre quasi rédhibitoire en avril.
Pour sauver sa tête lors de la dernière journée, le BBCD doit l’emporter contre Pau-Orthez pendant que son concurrent havrais doit perdre à Hyères-Toulon. Les hommes de Thinet remplissent leur part du contrat, mais pas les Normands. Nouvelle relégation au goût très amer. Les fans n’en ont pas terminé avec la gueule de bois. En juin 2009, Jacques Thibault annonce en pleurs sa démission. Celui qui avait fédéré les partenariats économiques comme personne avant lui, se dit lassé par quatre ans de douches écossaises. Le président rêvait de faire du BBCD, le FC Sochaux du basket avec un engouement populaire fort dans la région. C’est un échec. Les Bisontins cherchent un successeur avec un plan viable pour la Pro B. En vain. Incapable de proposer un budget pour le nouvel exercice, le club est placé en redressement judiciaire fin juillet. Après un feuilleton estival fait de tentatives désespérées de sauvetage, la liquidation est prononcée. Le 1er septembre, Besançon est rayé de la carte du basket.
Arrivé au terme de son contrat, Hoard est contraint par la force des choses de quitter sa région d’adoption. Si le BBCD était reparti en Nationale 1, il aurait fait le sacrifice, mais devant la disparition du club, il cherche une nouvelle équipe. A 37 ans, il pense en avoir encore dans les jambes pour l’élite. Durant l’été, il s’entretient physiquement au CSP Limoges et signe une pige avec Boulazac en octobre 2009. Pour sa découverte du Palio, Antwon sort le grand jeu : 20 points, 13 rebonds, 3 interceptions et 2 passes pour 31 d’évaluation ! Papy fait plus que de la résistance. Il convainc rapidement les Dordognots de le conserver pour le reste de la saison. Grâce à son hygiène de vie irréprochable, il s’offre même un baroud d’honneur de deux ans en Nationale 1 avec Liévin. Dans le trio de tête des meilleurs rebondeurs de NM1 avec 8.1 prises, Hoard ajoute encore 13.5 points. C’est dans le club du Pas-de-Calais qu’il opère sa transition professionnelle. A l’aube de sa dernière campagne en 2011-12, il relooke le logo du Liévin Basket 62 et créé les affiches des rencontres de l’équipe. En parallèle de sa carrière de basketteur, Antwon a passé par correspondance un diplôme en communication visuelle. Une nouvelle voie toute tracée lorsqu’il raccroche ses baskets à 40 ans. Fan d’infographie et de design graphique, il exerce toujours ce métier.
STATISTIQUES ET PALMARES
- Stats NCAA : 9.3 points à 51,4% aux tirs, 4.8 rebonds et 1.0 interception
- Stats Pro A : 10.8 points à 47,2% aux tirs, 4.9 rebonds et 1.5 passe décisive
- Stats Pro B : 13.7 points à 51,0% aux tirs, 6.0 rebonds et 2.6 passes décisives
- Ohio Valley Conference All-Newcomer Team (1993)
- Vainqueur de la Coupe de Finlande (1995)
- Vainqueur du Slam Dunk Contest Polonais (1996)
- Premier de saison régulière en Pro B (2006)
- Champion de Pro B (2008)
- MVP de la Finale de Pro B (2008)
ANTWON HOARD AVEC LE BBCD POUR LA MONTEE EN 2006


Laisser un commentaire