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Eurobasket 93, une victoire Allemande au(x) forceps

Europe

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Il y a 28 ans se déroulait un des tournois les plus surprenants de l’histoire du basket européen. Dans une Allemagne réunifiée depuis près de trois ans, la « Mannschaft » déjoue tous les pronostics et réussit une performance de choix. Grâce au travail d’un homme et avec une formidable génération de joueurs amenés à devenir des précurseurs de la balle orange dans leur pays.

1993, une année dorée pour l’Allemagne au basket (Crédit photo : fibamaniac.com)

COMPETITION ENTRE DEUX EAUX, DÉCÈS DE DRAZEN PETROVIC ET FORCES EN PRÉSENCE

1993 a marqué de son empreinte de nombreuses personnes à travers l’Europe. Une année sportive faste notamment pour la France avec un triplé historique en l’espace d’un mois, entre avril et mai 1993, aussi bien au foot, qu’au handball et au basket avec trois victoires en finales de Coupes d’Europe. Grâce au coup de tête de Basile Boli avec l’Olympique de Marseille face au grand AC Milan (1-0) et de l’OM Vitrolles du génial Jackson Richardson au handball face aux Hongrois de Veszprém (46-43 en deux rencontres aller-retour). Et bien évidemment la victoire du CSP Limoges face aux Italiens du Benetton Treviso. En se rappelant de l’interception magique du regretté Frédéric Forte sur le Croate Toni Kukoč, les Limougeauds deviennent également Champion d’Europe cette année-là (59-55). Pour les Croates toutefois, 1993 correspond à un deuil national. Le « Mozart du basket » Dražen Petrović meurt en effet dans un accident de la route en juin 1993 sur une route d’Allemagne. Une tragédie nationale qui vient également secouer ce jeune pays, indépendant depuis 1991 seulement et qui se trouve dans le tourbillon de l’histoire avec la dislocation de la Yougoslavie. Sur fond également d’indépendances revendiquées, de guerres fratricides entre voisins, amis et familles, de bombes et de destructions dans une période peu propice à la fête du côté des Balkans. Dès lors, côté basket, l’Eurobasket 1993 qui se déroule en Allemagne du 22 juin au 4 juillet a déjà une singularité avec la présence, pour la première fois, de 16 pays. Mais aussi de belligérants du conflit yougoslave aux portes de l’Europe. Outre la présence de la Croatie orpheline de Petrović, décédé à peine 15 jours avant le début de la compétition, il faut compter sur la Bosnie-Herzégovine et dans une moindre mesure sur la Slovénie, plus ou moins épargnée par la guerre à ses portes. La future ex-Yougoslavie, quant à elle, est exclue de toutes compétitions internationales depuis 1992 sans compter la présence d’une autre super-puissance du basket : après la chute de l’URSS en 1991, c’est avec le nom de Russie que se présente à l’Euro 93 la bande à Bazarevich. Dans ces conditions, c’est donc sur un fond de guerres liées à la chute de deux anciennes puissances économiques mais également sportives, que cet Euro débute. Dans un pays, l’Allemagne appelée ainsi depuis bientôt trois années seulement suite à la Chute du Mur de Berlin en 1989 et la réunification entre l’Allemagne de l’Ouest et celle de l’Est.

Sergueï Bazarevitch, une des stars de la compétition (Crédit photo : fiba.basketball)

Sur le terrain cependant, au-delà de ces divergences et ce contexte plus que chargé, il y a du beau monde à tous les étages. Dans une compétition avec un format à quatre groupes de quatre équipes réunissant la fine fleur du basket européen. Dès lors, le Groupe A a l’air le plus dense et se compose de l’Espagne du légendaire entraîneur du Real Madrid, Lolo Sainz, quatre fois vainqueurs de l’Euroleague en tant que joueur et deux fois en tant qu’entraîneur. Les Espagnols se présentent avec l’ossature de la Joventut Badalone, défaite en finale de l’Euroleague en 1992, à Istanbul par le Partizan Belgrade du néo-coach à l’époque, un certain Željko Obradović, sur un tir à trois points miraculeux du meneur Sasha Djordjevic (71-70). Avec les frères Jofresa (Rafael et Tomás), les pivots Juan Antonio Morales et Ferran Martínez ainsi que la légende du club, l’arrière Jordi Villacampa. Un quintet qui remportera, au passage, l’Euroleague face aux Grecs de l’Olympiacos (59-57) en 1994. Ajoutés à cela, les deux ailiers qui ont fait leurs carrières respectivement à Barcelone pour Juan Antonio San Epifanio et au Real Madrid pour Alberto Herreros et les Espagnols sont les épouvantails désignés d’un groupe où l’on trouve également la Russie, la Bosnie et la Suède. Une équipe russe sans grande star sur le papier mais solide et bien campée sur ses positions avec des valeurs sûres. Avec les meneurs Vasily Karasev, Sergei Babkov et le moustachu Sergei Bazarevich, le futur pivot du Real Mikhail Mikhailov et les ailiers forts Sergei Panov et Andrei Fetisov, pas du clinquant de prime à bord mais solides et expérimentés.

Sabahudin « Dino » Bilalović, meilleur marqueur de la compétition. Un pivot dominant (Crédit photo : sport.avaz.ba/media)

La Bosnie, quant à elle, mise sur ses meneurs « turcs » Adis Bećiragić (connu sous le nom de Aziz Bekir au pays d’Ibrahim Kutluay), Samir Selešković (Sedat Pınar) mais surtout sur Emir Mutapčić et un pivot puissant, massif et dominant sous les cercles, Sabahudin Bilalović, capable de marquer et de faire marquer. Le Groupe B, quant à lui, réunit les favoris croates avec une ossature à faire pâlir d’envie de nombreuses sélections. Songez donc : Dino Radja, Stojko Vranković, Žan Tabak, Franjo Arapović, Vladan Alanović, Velimir Perasović, Arijan Komazec et Danko Cvjetićanin, également présents lors des JO de 1992 à Barcelone avec la finale olympique perdue face aux Etats-Unis de Michael Jordan et consorts. Une sélection néanmoins endeuillée par la disparition de Petrović et l’absence du gaucher Kukoč mais complétée par Veljko Mršić, Emilio Kovačić, Ivica Žurić et Alan Gregov. Face aux hommes de Zagreb et Split, l’Equipe de France se présente avec des certitudes et tentera de jouer son va-tout avec une équipe composée notamment de Yann Bonato, Jim Bilba, Bruno Coqueran, Félix Courtinard, Georgy Adams, Thierry Gadou, Stéphane Ostrowski, le gaucher Stéphane Risacher, Frédéric Forte et Antoine Rigaudeau. Face à leurs principaux rivaux pour la seconde place qualificative, la Turquie, qui elle se présente avec une équipe respectant parfaitement la parité avec deux joueurs de chaque équipe : Fenerbahçe (avec notamment le meneur Orhun Ene, l’actuel sélectionneur national turc), Galatasaray, Trabzonspor et Efes Pilsen (l’Anadolu, actuel tenant du titre de l’Euroleague avec Tamer Oyguç et Volkan Aydın). Complétant ce groupe, la Bulgarie de l’arrière de feu, Georgi Mladenov. Le Groupe C met aux prises l’Italie du coach Ettore Messina qui a sa disposition Carlton Myers, Riccardo Pittis, Nando Gentile et Alessandro Frosini, et peut légitimer affirmer ses ambitions. Face à eux, la Lettonie de l’ailier et désormais entraîneur Ainars Bagatskis, Israël de coach Zvi Sherf, Nadav Henefeld, Doron Sheffer et Doron Jamchi mais surtout la Grèce du Champion d’Europe 1987, le meneur Panagiotis Giannakis accompagné par ses acolytes de l’Olympiacos, Giorgos Sigalas, Panagiotis Fasoulas, du Panionios avec l’ailier-fort Fanis Christodoulou et Nikos Oikonomou du « Pana ». Enfin, le Groupe D, le plus ouvert qui met face à face la Belgique du futur pivot du Paris Racing Basket et du Real Madrid, Éric Struelens, l’Estonie de l’arrière Aivar Kuusmaa, la Slovénie du meneur gaucher de Limoges, Jure Zdovc et le futur arrière de Pau et Strasbourg, Boris Gorenc face au pays hôte, l’Allemagne. Une sélection allemande faisant office d’outsider qui plus est à domicile et portée par tout un pays. Avec à sa tête un entraîneur reconnu et expérimenté en la personne du seul « Serbe » de la compétition puisque la Yougoslavie est exclue de cet Euro, Svetislav Pešić. Et dont les têtes d’affiches sont un trio évoluant dans le club de Leverkusen, le TSV Bayer 04 Leverkusen à savoir, le meneur Michael Koch, l’ailier fort et gaucher Henning Harnisch et le pivot Christian Welp. Un trio bien décidé à jouer sa partition avec l’ambition d’aller loin en créant des surprises.

Svetislav Pešić est heureux (Crédit photo : Frank Leonhardt/picture alliance via Getty Images)

UN PREMIER TOUR MAITRISÉ PAR LES FAVORIS ET L’ALLEMAGNE… SUR LE FIL DU RASOIR

C’est une antienne bien souvent répétée mais il est toujours important de bien négocier sa première rencontre dans un Euro. Au risque de découvrir l’amer goût de la peur et du stress de l’élimination. Dès lors, si l’Espagne et la Croatie dans les Groupes A et B ne se font aucun souci et remportent leurs trois rencontres, la Russie joue à se faire peur face à la Bosnie-Herzégovine et la Suède. Bilan de ce Groupe A très ouvert pour les places 2 et 3 qualificatives pour le tour suivant : une victoire pour chaque équipe et deux défaites. A ce jeu de hasard et de « point-average », la Russie chipe la seconde place devant la Bosnie. Mention toutefois pour la Suède, éliminée certes mais qui aura fait peur aux deux autres jusqu’au bout. Dans le Groupe B, l’équipe de France démontre l’étendue des talents qui la composent en disposant aisément de la Turquie lors de la première rencontre (69-55) et en emmenant surtout la Croatie en prolongations (85-85) pour une défaite 100-95 au final avant de terminer le travail face à la Bulgarie (91-74). Une Bulgarie bien « utile » pour la Turquie qui remporte sa « finale » et se qualifie pour le tour suivant en prenant la troisième place derrière la France et la Croatie.

WELP A L’OEUVRE

Plus homogène est le Groupe B avec une Grèce souffrant mille maux pour se qualifier en raison de sa défaite face à Israël lors de la deuxième journée, après une victoire aisée face à la Lettonie en match d’ouverture, mais qui se qualifie en atomisant l’Italie avec 27 points de Giannakis lors de la troisième rencontre (88-73). Dans ce groupe, la palme revient à la surprenante Lettonie qui réussit la gageure de battre Israël mais surtout l’Italie avec les 22 points de l’arrière Kārlis Muižnieks et termine deuxième du groupe derrière les Grecs. Une Italie qui ne doit son salut qu’à sa victoire lors de la première journée face aux Israéliens (92-83) et qui se qualifie en troisième position finalement aux dépens des coéquipiers de Jamchi, éliminés. Enfin, le Groupe D, celui de l’Allemagne met une nouvelle fois un Pays Balte à l’honneur, en l’absence de la Lituanie de Šarūnas Marčiulionis et Arvydas Sabonis. Une belle victoire pour les Estoniens de Aivar Kuusmaa auteur de 30 points face au pays hôte en match d’ouverture (113-103) avant de tomber face aux Slovènes (80-63) et de finir sur une victoire au bout du fil aux dépens de la Belgique (79-78) avec encore une fois Kuusmaa à la manœuvre (22 points). Pour les Allemands néanmoins, cette défaite initiale a eu pour effet de les remettre à l’endroit, eux qui vont détruire la Belgique (93-64) et la Slovénie (79-57) pour finir deuxièmes derrière l’Estonie avec une mention spéciale pour Welp et Harnisch dans tous les bons coups pour les Allemands. Bilan de ce groupe, Estonie, Allemagne et… Belgique qualifiée aux dépens de la Slovénie, battue aux points malgré l’abattage de Teoman Alibegović, futur pivot de l’Alba Berlin la saison suivante. Dans l’ensemble, c’est donc un vaste éventail de qualifiés, bien aidés également par le format de la compétition qui permet d’avoir trois équipes qualifiées sur les quatre initialement présentes dans les différents groupes. A partir de là, les trois qualifiés du Groupe A (Espagne, Russie, Bosnie-Herzégovine) se retrouvent versés avec les trois qualifiés du Groupe C dans le Groupe E en compagnie de la Grèce, de la Lettonie et de l’Italie. Le second groupe se composant de la Croatie, de la France, de la Turquie, de l’Estonie, de l’Allemagne et de la Belgique, dans le Groupe F. On prend les mêmes et on recommence pour un nouveau tour de chauffe avec chacune des nouvelles équipes qui affrontent celles qu’elles n’ont pas encore rencontrées précédemment.

Dans l’ensemble, pour le Groupe E, la logique est respectée avec l’Espagne, la Russie et la Grèce qui prennent les trois premières places. Mention spéciale à la Russie qui monte en puissance progressivement et se défait de la Lettonie, dans une rencontre en « souvenirs » de l’ancienne URSS et surtout face la Grèce et l’Italie. Derrière son meneur Bazarevich qui plante respectivement 36 et 24 points face à Grèce (victoire 84-67) et l’Italie (victoire 95-69). La Grèce et l’Espagne remportant leurs deux premières rencontres avant de s’affronter dans une finale de groupe remportée par la Grèce du trublion Giannakis, auteurs de 22 points malgré les 31 points de Jordi Villacampa (victoire grecque 76-75). Au final, Espagne, Russie, Grèce, tiercé gagnant dans l’ordre avec… la Bosnie du pivot de l’Hapoel Nahariya, Sabahudin Bilalović, auteur de 17 (face à la Grèce avec une défaite à la clé), 22 (face à l’Italie avec une défaite) et surtout 36 points face à la Lettonie dans une victoire capitale qui permet à ses coéquipiers de prendre la quatrième et dernière place, aux points, devant l’Italie et la Lettonie, excusez du peu !! Des performances monstrueuses et une bouffée d’oxygène pour la Bosnie qui va vivre les pires heures de son histoire dans la Guerre de Yougoslavie et dont les images de la guerre à la télévision marqueront à jamais les esprits. Dans le Groupe F, promenade de santé pour la Croatie avec trois victoires faciles face à la Belgique, l’Allemagne et l’Estonie derrière un Dino Radja en mission (27, 22 et 13 points respectivement). Derrière les coéquipiers de Radja, la France continue son petit bonhomme de chemin en disposant de l’Allemagne, de l’Estonie et de la Belgique et se qualifie en deuxième position derrière la Croatie. Dès lors, il reste deux places pour quatre équipes : l’Allemagne, la Belgique, l’Estonie et la Turquie et à ce petit jeu, l’Estonie prend les devants grâce à sa victoire bonifiée sur la Turquie (77-74) lors de la première rencontre de ce groupe. Ce qui va obliger l’Allemagne à lutter jusqu’au bout car Koch et ses coéquipiers vont perdre coup sur coup leurs deux premières rencontres : 64-56 face à la France de Jim Bilba et 70-63 face à la Croatie de Radja. Le sort de la « Mannschaft » se joue donc lors de leur dernière rencontre face à la Turquie le 28 juin 1993 à Berlin.

Le meneur allemand Henrik Rödl a fait mal à ses adversaires durant la compétition (Crédit photo : fiba.basketball)

Une première mi-temps heurtée avec un score serré de 38-39 pour la Turquie. Une entame bien compliquée donc pour les coéquipiers de Welp et une dernière mi-temps pour se qualifier ou dire au revoir à leur compétition. Dès lors, les Allemands retrouvent leur jeu et passent en tête pour finalement l’emporter 77-64 avec 16 points de Harnisch, 15 pour Welp, bien aidés par Rödl et Nürnberger, 11 points chacun. En face, Volkan Aydın et ses 19 points seront bien trop seuls pour une Turquie éliminée. Pour l’Allemagne, en revanche, cette qualification a été obtenue aux forceps et ces derniers finissent à la quatrième place derrière la Croatie, la France et l’Estonie. Jusque-là, dans un monde normal et logique, l’Allemagne était probablement destinée à quitter la compétition en quarts de finale après une double phase de poules pour le moins hachée et semée de défaites. Et pourtant, la beauté du sport et l’esprit d’équipe vont venir se greffer et permettre aux Allemands d’écrire une des plus belles pages de la sélection, tous sports confondus.

LES MIRACLES DE MUNICH A PARTIR DES QUARTS ET LE QUART D’HEURE ALLEMAND COMMENCE… JUSQU’À LA VICTOIRE

1954, à peine dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, se tient à Berne, en Suisse, la 5ème Coupe du monde de l’histoire de football. Après une phase de poule rondement menée et des qualifications face à la Yougoslavie et l’Autriche, l’Allemagne de l’Ouest se trouve face à un épouvantail. Du genre qui fait peur. Face à la grande équipe de Hongrie de Ferenc Puskás, le « Major galopant », la meilleure équipe du monde de l’époque. Les Allemands vont affronter ce qui se fait de mieux à l’époque et le miracle va se produire : une victoire 3 buts à 2 face à la Hongrie et la première Coupe du monde obtenue par la « Mannschaft ». Ce qui va surtout rester dans l’imaginaire populaire comme le « Miracle de Berne » avec ses zones d’ombres certes (notamment de dopage) mais suffisamment marquant pour avoir bercé toute une génération des exploits de leurs aînés. On ne sait pas si les basketteurs allemands ont pu s’inspirer de l’exploit des hommes de Sepp Herberger, le sélectionneur de 1954, mais avec Svetislav Pešić, ils disposent également d’un coach d’expérience, malin et qui sait ce qu’il veut. Qui sait surtout que sur une rencontre, tout peut devenir possible et ne va se priver de le rappeler à ses joueurs. Après avoir vu l’Équipe de France se faire éliminer par la Grèce 61-59, prémices futures à l’Eurobasket 2005 (ah ce panier assassin de Diamantidis !!!) et la Russie largement l’emporter sur l’Estonie, dans une espèce de « road-trip » entre l’URSS et ses anciens pays satellites, l’Allemagne se présente face aux favoris espagnols. Si on souhaite respecter la logique, c’est un peu l’affrontement entre le Goliath espagnol au parcours balisé en poules et le David allemand qui a lutté jusqu’au bout pour avoir droit à sa part du butin.  Mais le basket est si formidable que, portés par leur public, les Allemands poussent leurs adversaires en prolongations (72-72 dans le temps réglementaire) avant de passer en tête et remporter la partie (79-77) derrière un Christian Welp stratosphérique. 23 points pour le colosse à 8/12 aux tirs et bien soutenu par ses coéquipiers Michael Koch et Kai Nürnberger, 13 points chacun malgré un Henning Harnisch bien muselé (4 points). En face, Villacampa (17 points), Herreros (19) et « Epi » (17) n’ont rien pu faire pour contrer l’équipe de Pešić. La dernière rencontre voyant la Croatie se défaire aisément de la Bosnie-Herzégovine dans une rencontre 100% balkanique donc (98-78) et une lutte à distance entre Radja, 28 points face à Bilalović, auteur de 24 points.

Les heureux demi-finalistes sont donc la Russie face à la Croatie et l’Allemagne face à la Grèce. Pour la Russie, l’occasion est belle de montrer que malgré la chute de l’URSS, le basket continue d’exister au plus haut niveau, culture soviétique oblige. Pour les Croates, l’occasion est idéale pour montrer au monde l’existence de leur pays après leur indépendance, la guerre et après la finale olympique perdue de 1992. Mais également, de rendre hommage à Drazen Petrović en remportant le trophée. Pour la Grèce, un autre pays où la culture basket est bien ancrée et avec Giannakis, l’occasion est belle de reprendre le flambeau et montrer que les équipes d’Athènes, du Pirée ou de Salonique sont les vrais détenteurs du feu basket céleste. Quant à l’Allemagne, l’appétit vient en mangeant et, une nouvelle fois, rien n’est à perdre, tout est à gagner. Dès lors, après avoir vu la Russie éliminer la Croatie (84-76) avec 23 points de Sergei Bazarevich, meneur du club éphémère turc Yıldırımspor, l’Allemagne va tenter de défier l’Olympe du basket. Une équipe grecque talentueuse et dure à jouer et une lutte de tous les instants pour les coéquipiers de Welp. Dans l’arène de Munich, les Allemands réussissent l’exploit de se qualifier pour la finale, leur finale, en disposant finalement des Grecs : 76-73. Avec une autre partie de feu pour Welp, 15 points et 7 sur 8 aux tirs. En face, Christodoulou malgré ses 23 points n’a rien pu faire et la Grèce se retrouve à jouer à la troisième place face à la Croatie. Pour l’Allemagne en revanche, après les deux points de différence face à l’Espagne en quarts et les trois face à la Grèce en demi, l’histoire va-t-elle pouvoir se répéter en finale face à la Russie, un autre adversaire coriace ?

Le 4 juillet, dans une Olympiahalle de Munich rempli à ras bord, l’Allemagne se trouve donc face à son histoire et son Graal basket. Dans une ambiance de folie, les Allemands rééditent leurs exploits précédents et remportent l’Eurobasket grâce à trois points (2 points et la faute en prime) obtenus par Welp dans les derniers secondes de la rencontre. 18 points au final pour le MVP de la compétition qui a été soutenu par les 14 points de Nürnberger et les 13 de Harnisch et son bandana du plus bel effet. Les Russes, quant à eux, ne déméritent pas derrière le trio 9-10-11 (leurs numéros de maillots) : Bazarevich (14 points), Babkov le local, évoluant à Trier (22 points) et Mikhailov (16 points). Mais pas suffisant toutefois pour espérer l’emporter. Une victoire allemande à l’arrachée (71-70) et qui a permis de voir à l’œuvre un groupe complet sans vedette mais animé d’une même envie. Avec un coach rusé à sa tête et qui a su tirer le meilleur de ses joueurs.

UNE BELLE FINALE

SVETISLAV PESIC, L’ARCHITECTE DU RENOUVEAU ALLEMAND, CHRISTIAN WELP COLOSSE AVANT DIRK NOWITZKI

Outre la sélection allemande qui a obtenu le premier titre européen de son histoire, il faut également rendre hommage à son sélectionneur. Svetislav Pešić, qui a eu des résultats au sein de toutes les équipes qu’il a entraînées. Vainqueur notamment d’une Euroleague avec Barcelone, déjà à domicile une nouvelle fois, en 2003 et également vainqueur de la Coupe Koraç avec l’Alba Berlin deux ans après le sacre de Munich en 1995 avec quatre de ses sélectionnés (Gunther Behnke, Henrik Rödl, Stephan Baeck et Teoman Öztürk). Un coach qui a aussi un lien fort avec l’Allemagne dont il a pris la nationalité et dont le fils Marko évoluera avec la sélection allemande dans les années 90-2000. C’est donc tout autant la victoire d’un groupe que celle d’un entraîneur qui, en quelque sorte, a balisé le terrain pour la future génération de joueurs allemands amenée à prendre des responsabilités. Une aubaine tout autant pour le technicien, actuellement sélectionneur de la Serbie, que pour l’Allemagne et une réussite commune. Un bel exploit également à mettre en parallèle avec les performances de choix d’un autre personnage allemand, le plus marquant après Detlef Schrempf, lui aussi passé par les États-Unis. Christian Welp, le pivot de la « Mannschaft », et qui fut drafté en son temps par les 76ers. Un joueur qui a passé sa scolarité universitaire aux Etats-Unis et a même évolué en NBA durant trois saisons avant de venir faire carrière en Allemagne, à Leverkusen principalement et l’Alba Berlin et la Grèce, à l’Olympiacos durant une saison. Surtout, en compagnie de son acolyte Herning Harnisch, Welp a été la pierre angulaire du projet de jeu allemand durant la compétition et a permis des deux côtés du terrain, l’émergence des résultats au meilleur moment. En étant meilleur marqueur lors des moments clés en quarts face à l’Espagne, en demi face à la Grèce et en finale face aux Russes, Welp a démontré l’étendue de ses capacités. Leader de l’équipe et prédécesseur d’un certain Dirk Nowitzki dont l’allure, la corpulence (2m13 tous les deux) et même les numéros de maillots en clubs se suivent (40, 42, 44 pour Welp et le fameux 41 pour Nowitzki et le 14 en sélection) se ressemblent. Décédé en 2015 aux États-Unis, Christian Welp aura été pour beaucoup dans l’obtention de ce trophée pour l’Allemagne.

Le pivot allemand Christian Welp (à gauche), le héros de son pays (Crédit photo : bleacherreport.net)

Dès lors, que retenir de cette compétition, en 1993. La surprise allemande, vainqueur du tournoi malgré trois défaites, probablement aussi rendue possible par les absences de deux poids lourds à savoir la Lituanie, non qualifiée et la Yougoslavie suspendue. L’émergence de joueurs capables de prendre à leur compte leurs équipes et les sortir de l’ornière. La Bosnie-Herzégovine de Sabahudin Bilalović, décédé en 2003 et meilleur marqueur du tournoi, l’a démontrée ainsi que l’Allemagne avec Welp. Le tournoi de toutes les surprises et ouvertures grâce à la combinaison gagnante allemande entre un coach maximisant ses chances, des joueurs prenant le jeu à leur compte notamment Welp et Harnisch mais aussi une édition marquée par l’ombre d’un joueur qui aurait pu dominer la compétition de tout son talent, Dražen Petrović. De son côté, la victoire de l’Allemagne a été une occasion de faire réunir les deux Allemagne dans une cause commune. Trois ans après leur réunification, même si aucun des 12 joueurs présents n’étaient originaires d’Allemagne de l’Est.  1993, une autre époque donc, définitivement, à tous les niveaux et dont l’Eurobasket allemand a démontré que le travail paie, avec un petit soupçon de chance et beaucoup de cœur pour remporter la mise.

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About Volkan Ozkanal (16 Articles)
Fan de basket européen, d'Anadolu Efes, de Fenerbahçe du KK Partizan Belgrade et du CSKA Moscou, je voue un culte à l'immense Željko Obradović ainsi qu'à Petar Naumoski, grâce à qui j'ai appris à aimer la balle orange. Passionné également d'histoire, j'essaye de transmettre ma passion à travers Basket Retro.

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