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Premier Championnat d’Europe féminin – Leçon à Rome en 1938

Championnat d'Europe

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Les premiers championnats d’Europe féminins organisés par la FIBA se tiennent à Rome en octobre 1938. L’équipe de France y part parmi les favorites. Elle rentrera déçue par son résultat (5eme), avant d’ouvrir une parenthèse de près de huit ans, dans le monde d’après…

Rappel du contexte : placé sous l’égide de la Fédération française d’athlétisme, le basket s’émancipe en 1932 avec la création de la FFBB. Mais seuls les joueurs masculins en font alors partie. En ce temps-là, le sport féminin était régi par la Fédération féminine sportive de France (FFSF). La FFBB rapatrie (du bout des lèvres) le basket féminin en avril 1936. Trois ans après les hommes, la FIBA organise, à Rome, le premier championnat d’Europe féminin sous son sceau.

La tendance est alors favorable aux Françaises. En version Fédération sportive féminine internationale, les Tricolores s’étaient en effet emparé du titre de championnes d’Europe en 1930 à Strasbourg en battant la Pologne et, surtout, du monde en 1934 à Londres en subjuguant les Etats-Unis, à la surprise générale.

LE FORFAIT DE LUCIENNE VELU

L’affiche des premiers championnats d’Europe.

Point commun entre les deux titres, Lucienne Velu, la capitaine, qui a su allier de pair une carrière hors normes, tant en athlétisme qu’en basket avec les Linnets de Saint Maur et l’équipe de France. Or, pour le rendez-vous romain, Lucienne, retenue par son travail de secrétaire de direction dans une entreprise de confection pour dames, déclare forfait. L’année lui avait été favorable avec un nouveau titre de championne de France avec les Linnet’s de Saint-Maur et son entrée à l’Académie des Sports, une première pour le basket. Avec elle, ses deux coéquipières des Linnets, Gilberte Flouret et Yvonne Santais, également présentes lors de l’exploit des Jeux Mondiaux de White Hall, manquent à l’appel. Si bien que Jeannine Garnier (ASPTT Strasbourg) est, en 1938, la seule survivante de ce temps fort qui a frappé les imaginations dans le sport français.

Pourtant, Marie-Eugène Bouge, élu président de la FFBB quelques mois plus tôt, se veut confiant. Le chef de la délégation commente : « Bien qu’il n’y ait guère plus de deux saisons que la Fédération organise le basket féminin, elle se devait d’assurer la représentation française aux premiers championnats d’Europe. D’abord parce qu’il faut être partout présents lorsqu’il s’agit d’affirmer notre vitalité. Ensuite parce qu’en acceptant de nous occuper du sport féminin, nous avons, par cela même, pris l’engagement d’apporter à cette nouvelle branche de l’activité fédérale, les soins attentifs qu’elle mérite. »

Pour Anne d’Almeida, alias la Comtesse, en charge de l’activité féminine à la FFBB et en l’occurrence directrice de l’équipe, « l’absence de Lucienne Velu est pour l’équipe un gros handicap, car elle seule sait emmener ses joueuses avec un entrain endiablé et son cran et sa confiance. »

Paul Geist, le « Manager-sélectionneur » en chef (hommes et femmes), mise sur une forte ossature parisienne puisque sur les dix joueuses sélectionnées, on retrouve six éléments issus de cinq clubs de la capitale.

La délégation vit son déplacement vers l’Italie comme une expédition joyeuse. Le déplacement en train depuis Paris s’étire sur 24 heures. Dans un pays où grimpe le fascisme, les lois raciales viennent d’être signées par Benito Mussolini. Les organisateurs du championnat d’Europe et le président de la Fédération italienne, le Comte di San Marzano réservent un excellent accueil à leurs invités. Question d’image et de prestige. Cinq équipes ont répondu présent : La Lituanie, la Pologne, la Suisse, la France et l’Italie.

COUP DE BAMBOU FACE A LA LITUANIE

Le 12 octobre 1938, dans la salle de la société romaine de gymnastique dans l’enceinte de la Villa Borghese, les Tricolores lancent leur compétition à merveille. Elles ne laissent aucune chance à leurs modestes rivales suisses sous l’impulsion de Lily Colin (19) et Jeannine Garnier (13) : 43-18.

Un extrait de Basket Ball, la revue de la FFBB.

Tous les espoirs sont permis.

Douche froide deux jours plus tard face à la Lituanie. Les Bleues partent de travers, s’affolent et prennent l’eau. « Elles furent catastrophiques, commettant des fautes de débutant, elles pleurèrent. » commentera Paul Geist, atterré. A la mi-temps, la cause semble entendue : 18-4. « Elles ont démontré ensuite toutes leurs possibilités, revenant à 4 points, les Lituaniennes n’inscrivirent que deux lancers – francs durant toute la mi-temps. »

Mais la défaite est là (20-14).

Elle sera fatale pour la suite.

D’autant que le lendemain, le scénario est à peu près le même face à la Pologne : 14-4 au repos, 24-19 à la fin.

Le titre européen s’est envolé.

Le dimanche 16 octobre, face à l’Italie, le public chaleureux encourageant les Italiennes en jupe blanche et maillot bleu, et la fatigue, le « manque de cran » causent la perte des Françaises. Elles subissent leur plus lourde défaite (34-18).

« ON SE SERAIT CRU A DES RENCONTRES MASCULINES »

Avec une victoire, les Bleues terminent 4emes, derrière un trio comptant trois victoires départagé au panier – average.

L’Italie est sacrée championne d’Europe chez elle dans la liesse (+7) devant la Lituanie (-1) et la Pologne (-6) dans une épreuve qui a connu un engouement considérable à Rome.

L’équipe de France de 1938 avec de gauche à droite, Lisette Pariente, Jacqueline Dussoulier, Marie-Antoinette Chabrel, Marie-Louise Gravier, Sokela Mangoumbel, Christiane Moreau, Annette Bouligaud, Marguerite Lafiteau, Lily Colin, Jeannine Garnier et le sélectionneur, Paul Geist.

A l’inverse de leurs rivales, les basketteuses françaises n’ont pas progressé dans un concert international en plein essor. « Le basket international féminin est né et bien né, explique Paul Geist. Il est appelé à progresser à pas de géant, ceci basé sur la valeur des équipes en présence sur leur technique, sur l’ardeur, la fougue, la volonté qui animaient les joueuses si bien que très souvent, on se serait cru à des rencontres masculines. »

Il est clair que l’absence de Lucienne Velu (36 ans) a pesé lourd dans les moments clés. Son autorité et son talent auraient à l’évidence pu permettre à l’équipe de France de connaître un meilleur sort. « L’équipe de France ne sort nullement diminuée de ses défaites, honorables du reste, et je reste persuadé qu’avec quelques éléments précieux qui nous ont manqué, nous eussions remporté le titre. » poursuit Geist.

Le président Bouge tire les leçons : « aurait-on seulement appris que le basket n’est pas un sport individuel, mais un jeu d’équipe, que la partie se déroule en deux mi-temps et non en quelques instants, le déplacement ne serait pas inutile. »

SOKELA MANGOUMBEL EN EVIDENCE

Au niveau des individualités, Paul Geist place Sokela Mangoumbel, de l’AS Préfecture de la Seine, au-dessus du lot. « Individuellement, notre meilleure joueuse, la plus calme, celle qui joua avec le plus d’à-propos fut Sokela Mangoumbel qui fit quatre remarquables parties. »

Sokela, qui apporta sa joie de vivre, est aussi la première joueuse noire de l’histoire des équipes de France de basket.

Meilleure marqueuse des Bleues avec Lily Colin, Jeannine Garnier « est une joueuse extraordinaire, mais qui manque totalement de directive. Elle aurait grand besoin d’être conseillée. »

Après une visite de Rome en car avec les autres délégations, « l’équipe de France partira de Rome lundi soir à 21h25 pour arriver à Paris mardi soir à 22h25 ». Durant le trajet, les Bleues, qui s’étaient cotisées, ont offert une Venus du Capitole en marbre de Carare au président Bouge et une blague remplie de tabac et une pipe à leur coach, Paul Geist.

Une phase du match entre les Italiennes en jupe blanche et la Lituanie.

Au retour, Marie-Eugène Bouge confie au journal L’Auto : « En ce qui concerne notre équipe, tout est à faire à la base. Les équipes qui ont dominé à Rome, l’Italie et la Lituanie, ont une technique qui approche celle des équipes masculines. »

Bref « ça joue au basket, et non pas au Ripopo » (l’expression évoque le basket intuitif, débridé et un brin individualiste alors en vogue en France).

A peine rentré, Paul Geist repart, direction Berlin, avec l’équipe de France masculine cette fois (les Etienne Rolland, Vladimir Fabrikant, Henri Lesmayoux ou Emile Frézot) dans un contexte international qui s’alourdit.

RENDEZ-VOUS DOUZE ANS PLUS TARD…

Les Françaises, elles, se projettent.

Hélas, la longue et douloureuse parenthèse du conflit mondial ruinera leur carrière internationale. On ne reverra plus aucune « Romaine » sous le maillot tricolore. La suite se fera, longtemps plus tard, avec une nouvelle génération emmenée par Anne-Marie Colchen.

Car après le 16 octobre 1938, l’équipe de France féminine ne rejouera que le 10 février 1946 à Bruxelles, face à la Belgique.

Quant au deuxième championnat d’Europe, il n’aura lieu qu’en 1950, signe de l’intérêt médiocre porté alors par la FIBA envers le basket féminin. Cet Euro se disputera également avec cinq équipes (dont la France, 4eme). Il verra l’avènement de l’URSS qui signera le premier de ses 21 titres de championne d’Europe consécutifs.

L’équipe de France au championnat d’Europe de Rome en 1938 : Jacqueline Dussoulier, Lily Colin (Linnet’s Saint Maur), Jeannine Garnier (ASPTT Strasbourg), Lisette Pariente (Oriana Sports), Marie-Antoinette Chabrel (AS Garennes Colombes), Sokela Mangoumbel (AS Préfecture Seine), Christiane Moreau (Namneta Sports Nantes), Marie-Louise Gravier, capitaine (ASPTT Paris), Marguerite Lafiteau (Cercle Féminin Paris), Annette Bouliguaud (Alsace Lorraine Paris). Sélectionneur : Paul Geist.

Le classement final : 1. Italie 7 points (+7), 2. Lituanie 7 points (-1), 3. Pologne 7 points (-6), 4. France 5 points, 5. Suisse 4 points.

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About Dominique WENDLING (49 Articles)
Ancien journaliste, joueur, entraîneur, dirigeant, président de club. Auteur en 2021 de "Basket in France", avec Laurent Rullier (I.D. L'Edition) et en 2018 de "Plus près des étoiles", avec Jean-Claude Frey (I.D. L'Edition).

1 Comment on Premier Championnat d’Europe féminin – Leçon à Rome en 1938

  1. Encore un excellent papier rétro de Dominique Wendling!
    Petite digression: il est difficile de trouver des renseignements sur internet sur Anne-Marie D’ALMEIDA, dirigeante oubliée de la FFBB et défenseuse du Basket Féminin.
    Hormis sur Gallica et les mensuels Basket-Ball, impossible d’en savoir plus sur elle.
    Elle mériterait un article après un (j’imagine long!) travail de recherche.

    J’aime

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