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Ramon Ramos. Sortie de route tragique dans l’Oregon

Portrait

Montage Une : Aurélien Sohard pour Basket Rétro

Lorsqu’on recherche Ramon Ramos sur basketball-reference.com, le célèbre site de référencement des joueurs évoluant ou ayant évolué en NBA, on ne trouve pas Ramon Ramos. Il s’est pourtant assis six fois sur le banc des Trail Blazers de Portland mais sans jamais fouler officiellement un parquet. Basket Rétro vous raconte la triste histoire d’une légende du basket portoricain, né le 20 novembre 1967.

Quel sale temps dans la région de Portland en ce samedi matin du 16 décembre 1989. La veille, les Trail Blazers de Portland ont perdu à domicile face aux Warriors de Goden State 111 à 116. Une faute de goût dans ce début de saison jusqu’ ici réussi avec un bilan de seize victoires et six défaites, qui plus est après avoir mené de 16 points à la mi-temps. Mais les Warriors, menés par leur trident offensif du « Run TMC », Tim Hardaway, Mitch Richmond et Chris Mullin, sont de vrais pétards ambulants et, malgré leurs intérieurs en carton, ils ont réussi à mettre le feu lors du troisième quart-temps et remporter ce match de la Pacific Division.

Ramon Ramos n’a pas participé à la rencontre mais depuis dix jours il a reçu le feu vert pour jouer après avoir été placé sur la liste des joueurs blessés pour une vilaine tendinite au genou droit. Il faut dire que le pivot portoricain n’a pas ménagé ses efforts pour gagner un strapontin chez les Blazers. Non sélectionné à la draft au mois de juin, à sa sortie de l’université de Seton Hall, il a ravalé sa déception, s’est entraîné dur et a bataillé ferme dans les matchs de pré-saison pour mériter la confiance du coach Adelman. Pour la sixième fois, Ramon a enfilé l’uniforme d’un joueur NBA et s’est assis sur le banc. Il n’est pas encore entré en jeu mais son heure va venir. Les dirigeants de Portland ne se sont ils pas séparés du vétéran Robert Reid, finaliste malheureux en 1981 et 1986 avec les Rockets face aux Celtics, pour lui libérer une place ? Peu de minutes sont disponibles après celles données au titulaire all-star 1989 Kevin Duckworth et l’expérimenté Wayne Cooper mais l’espoir est de mise. Une saison est longue et l’opportunité de se mettre en valeur va arriver.

La météo est mauvaise, le brouillard présent. La bruine, incessante depuis jeudi, a créé des flaques d’eau qui ont gelé sur l’Interstate 5. Il est un peu plus de trois heures du matin et Ramon rentre de la fête d’après match organisée dans un sports bar pour l’anniversaire d’un autre rookie des Trail Blazers, Cliff Robinson. Le fougueux ailier fort a les faveurs du coach. Il a réalisé de jolies prestations depuis le début de saison mais, contre le faible secteur intérieur des Warriors, le numéro s’est vu trop beau et n’a rentré que deux shoots sur six et capté simplement deux rebonds en quatorze minutes de temps de jeu. Le portoricain apprécie son coéquipier. Il aimerait bien sûr avoir la même confiance de la part du staff mais il faut continuer de travailler. La fête a été chouette pour la cohésion d’équipe et les effets devraient s’en faire ressentir dès demain dimanche contre les Pacers des artilleurs Reggie Miller et Chuck Person. Ramon pense à tout ça en roulant vers chez lui. Il conduit une Nissan 300ZX de location, sa Nissan Maxima étant en réparation. Il n’a pas bu le champagne proposé par ses coéquipiers, juste du jus d’orange, mais, perturbé par le brouillard, il loupe la bonne sortie et se hâte de prendre la suivante. Il est pressé de rentrer se coucher. Il roule vite, très vite, trop vite, et va bien au delà des 150 km/h. Sa voiture prend une de ces fichues bandes de glace toutes juste formées. Le véhicule glisse, perd sa trajectoire, prend la bande herbeuse qui sépare des voies opposées, bascule sur le côté, continue sa folle course en contre-sens sur près de 200 mètres, chute de plus de dix mètres au dehors de la voie, fait huit tonneaux. Ramon n’avait pas mis sa ceinture. Il est ejecté de sa voiture. La base du crâne du géant est sérieusement endomagée. Il est là, inconscient, dans le froid, si loin de la chaleur de la fête quelques heures plus tôt.

Le Portoricain est conduit à l’Oregon Health Sciences University où il subit une opération de plus de trois heures à la tête afin d’endiguer une forte hémorragie et empécher de trop lourdes lésions cérébrales. Le reste du corps est moins gravement touché avec une fracture à l’épaule et trois aux côtes. Le neurochirurgien Kim Burchiel est très réservé sur le pronostic vital de Ramon. C’est du 50/50, comme au début d’un match de basket mais là, ce n’est pas un simple jeu, c’est la vie ou la mort. Deux mois de coma vont suivre. Aux sons des machines, aux rythmes des visites de la famille et des dirigeants des Trail Blazers. Que se passe t’il dans cette longue phase de veille ? Ramon a t’il des flashs, des souvenirs qui transitent dans ses neurones traumatisées ? Son enfance sur l’île de Puerto-Rico où il est né le 20 novembre 1967 à Canovanas, petite ville de 5000 habitants à proximité de la capitale San Juan ? Ses premiers paniers au sein du collège San José ? Son premier club, les Indiens de Canovanas, avec lesquels il a gagné tout jeune mais déjà très grand deux titres nationaux en 1983 et 1984 ? Sa mère Iluminada, son père Ramon et sa petite amie Carmen Padial, une compatriote rencontrée à Seton Hall, arrivés dès le lendemain de l’accident, lui parlent de tous ces merveilleux moments passés sur l’île et prient pour son réveil.

Une autre personne très importante dans la vie de Ramos est dévastée, P.J. Carlessimo. C’est lui, le coach de l’équipe de basket-ball de l’université de Seton Hall, qui a repéré les qualités du jeune pivot et lui a offert une bourse d’études entre 1985 et 1989. Ramon l’a remercié en étant un titulaire solide, spécialisé dans les tâches défensives. Pendant trois ans, jusqu’en 1988, il a fait le ménage dans les raquettes avec le costaud Mark Bryant qui est devenu un ami proche et est depuis un an professionnel chez les Trail Blazers. La dernière saison a été merveilleuse pour Seton Hall. Les nouveaux leaders offensifs ont été John Morton et l’Australien Andrew Gaze, bien aidé par le sculptural Portoricain. Après avoir connu la folie de mars pour la première fois de leur histoire lors du précedent exercice, les Pirates ont sabré Indiana en huitièmes de finale, UNLV en quarts, Duke en demies avant de ne s’incliner que d’un tout petit point, 79 à 80, en finale du tournoi NCAA 1989 face à Michigan. Ramon a terminé son cursus par une défaite mais en étant élu dans la meilleure équipe de la conférence Big East de la saison et du tournoi. Excellent élève, il a aussi reçu les honneurs du prix du meilleur étudiant basketteur de l’année de cette même conférence. Ses statistiques de dernière saison ont été de 11,9 points, 7,6 rebonds et 1,2 contre de moyenne.

Un an auparavant, Ramon Ramos a aussi connu des moments de grande joie avec Puerto-Rico aux Jeux Olympiques de Séoul. Notamment, le 24 septembre 1988, lors de la cinquième journée du premier tour. Avec ses coéquipiers, ils ont battu la grande équipe de Yougoslavie, future médaillée d’argent, 74 à 72 sur un panier inscrit à quatre secondes de le fin par son copain Angelo Cruz, lui aussi formé aux Indiens de Canovanas. Le petit « Monchito » Cruz connaîtra lui aussi un destin funeste en disparaissant lors d’une visite au pays en 1998 en provenance de New York, son lieu de résidence où, retraité du basket, il travaille au Yankee Stadium. Il ne sera plus jamais revu.

Aprés ces victoires sur les terrains portoricains, universitaires ou internationaux, c’est un miracle, une victoire contre la mort pour Ramon sept semaines après l’accident sur l’Interstate 5. Il se réveille de ce trop long coma, vivant mais ayant perdu 35 kilos et très diminué cérébralement. Pour l’instant, il ne parle pas mais reconnait ses parents et Carmen. Son copain Mark Bryant est aussi à ses côtés:

« Chaque jour, il progresse. Ses yeux sont ouverts. Maintenant, j’attends juste qu’il dise quelque chose »

Le Docteur Buchiel, qui a opéré deux fois Ramon pour décompresser la partie inférieure de son cerveau, espère maintenant que le géant puisse récupérer au moins 75% de ses fonctions pour gagner un maximum d’indépendance. On ne parle plus de basketball bien sûr mais d’autonomie. Il commence à suivre du regard ses visiteurs, bouge ses bras et ses jambes puis commence à vouloir se redresser dans ce lit bien trop petit pour lui. Les espoirs de Ramon père et Iluminada, qui après être resté un mois dans une chambre de l’hopital résident dans l’appartement de leur fils, grandissent de jour en jour. Le papa regrette l’imprudence de son fils qui roulait bien trop vite ce soir là, comme tant de jeunes conducteurs inconscients du danger, mais il faut faire bloc. Ramon a la vie sauve et doit maintenant récupérer le plus d’autonomie possible.

L’organisation des Trail Blazers de Portland accompagne le combat de celui que Bryant, son coéquipier trois années à Seton Hall et depuis quelques semaine dans l’Oregon, décrit comme une personne timide et tranquille. Pendant plusieurs années, le casier du vestiaire du numéro 18 au Memorial Coliseum ne sera pas réattribué et son uniforme y restera accroché. Rick Adelman y tient beaucoup:

« Ramon reste avec nous. Il fait partie de notre équipe. Il fait des progrès. Qu’il rejoue ou non est un point très mineur. On attend qu’il entre dans les vestiaires et qu’il disse bonjour à tout le monde, c’est ce qu’on attend. »

Mi février 1990, plus de deux mois après l’accident, Ramon est transféré de l’Hôpital Universitaire des Sciences de la Santé de l’Oregon à l’Institut de Reéducation de l’Oregon situé à l’Hôpital du Bon Samaritain de Portland.

Ramon Ramos reçoit aussi le soutien médiatique de Bill Cosby, star de la série The Cosby Show, extrèmement populaire aux Etats-Unis dans les années 80. Dans l’épisode 23 de la saison 6, En route pour Baltimore (Off to See the Wretched), diffusé le 5 avril 1990, l’acteur porte le maillot des Trail Blazers floqué du numéro de l’intérieur portoricain. A l’été 1991, de nombreux joueurs NBA participent au festival Slam ‘N Jam, une manifestation proposant du basket-ball et de la musique, qui permet de récolter 130 000 dollars pour Ramon et sa famille.

En 1994, Mitch Lawrence du New York Daily News, vient aux nouvelles de l’état de santé de Ramon. Celui dont les colères sont parfois celles d’un enfant de cinq ans est revenu depuis trois ans vivre chez ses parents. Il a poursuivi sa rééducation, travaille maintenant régulièrement au comptoir d’une quincaillerie discount tenue par son meilleur ami Ulberto Aguayo, et joue parfois des petits matchs 3×3. Il ne saute plus par peur de tomber mais est heureux d’avoir retrouvé le plaisir d’un terrain. Il passe par des moments de déprime mais ce croyant reconnait le chemin parcouru depuis son long coma. Son parler est ralenti mais continu et sa mémoire étonne ses proches. Sa vie est bien éloignée de celle rêvée à la signature de son contrat d’agent libre avec Portland mais le destin en a voulu autrement et c’est autant par sa lutte après l’accident que par ses exploits sportifs antérieurs que Ramon a gagné le respect de sa famille du basket et de ses compatriotes portoricains.

En 2006, ce sera le grand retour à Seton Hall dans le New Jersey, première fois depuis la fin de ses années universitaires. Ramon sera introduit au Hall of Fame de l’université, entouré par ses anciens coéquipiers et un P.J. Carlessimo très ému. Il prononcera lentement un court discours, plein d’émotion, remerciant tous ceux qui ne l’ont jamais lâché depuis cette nuit d’hiver tragique dans l’Oregon. Ramon ne se sera assis que six fois en tenue sur le banc d’une équipe NBA, sans entrer en jeu, mais son engagement sur les terrains et sa gentillesse en dehors n’auront jamais été oubliés par ceux l’ayant croisé.

UN REPORTAGE SUR RAMON RAMOS

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About Vincent "Baby TER" Reculeau (20 Articles)
passionné de la NBA des années 80 et 90, des drafts de Bird et Magic jusqu'au 6e titre de MJ. Et plus si affinités... Biberonné à Maxi-Basket, 5 Majeur, Canal+ et Pontel.

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