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[Infographie] Pau Gasol, Clap de fin d’une légende

Infographie

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Il fallait bien que cela arrive un jour, même pour les légendes. Pau Gasol, 41 ans, tire sa révérence sportive après une carrière de 23 ans au sommet. Un joueur et une personnalité du basket qui a marqué de son aura et son talent ces deux dernières décennies.

GASOL, DOUBLE SYMBOLE EUROPEEN ET AMERICAIN

L’été et la rentrée 2021 ont été particulièrement agités pour le basket (européen notamment) entre les Jeux Olympiques de Tokyo qui se sont déroulés un an après la date prévue pour cause de pandémie. Sans compter la retraite annoncée de plusieurs joueurs qui ont marqué de leur empreinte la balle orange. Parmi ces noms que beaucoup de supporteurs n’oublieront sans doute pas : les Grecs Níkos Zísis et Vasílios Spanoúlis ou encore les Espagnols Fernando San Emeterio et Felipe Reyes. Mais également par un décès, celui de l’entraîneur serbe multititré Dušan Ivković en septembre dernier. Et donc, désormais par le retrait acté des parquets d’une des plus grandes légendes européennes de ces 20 dernières années, le pivot Pau Gasol. Le dernier Mohican de 1999 et de la génération des « niños de oro » espagnols vainqueurs du Championnat du monde junior en compagnie de ce qui fera la crème de la sélection nationale durant près de 20 ans : Germán Gabriel, Juan Carlos Navarro, Carlos Cabezas, Berni Rodríguez, Felipe Reyes, Pau Gasol, Raúl López. Des noms que fleurent bons les années 2000 et qui permettent à l’Espagne d’être souvent bien placés dans le classement des médailles aux trois couleurs. Gasol est également un joueur qui ne va évoluer finalement que 4 saisons (entre 1998 et 2001 et 2020-2021) en tout en Europe mais dont la capacité à maximiser son potentiel lui offre d’être une légende aussi bien sur le Vieux continent qu’aux États-Unis où il aura passé l’essentiel de sa prolifique carrière. Un symbole également pour tout un pays, l’Espagne, jamais aussi désuni politiquement et culturellement entre le pouvoir central madrilène et celui, indépendantiste, catalan.

@ FIBA

Qu’à cela ne tienne, Pau Gasol a réussi à solidifier avec ses coéquipiers tout un pays le temps d’une soirée où l’Espagne a pu faire corps avec son équipe nationale, lors des différents Eurobasket ou des J.O. Un exploit pour un joueur dont la carrière débute en 1998 au sein de sa ville natale et de cœur, Barcelone qui va le voir prendre le pouvoir à partir de la saison 2000-2001 au milieu d’un panel de joueurs tous plus titrés et internationaux les uns que les autres. Au milieu de Juan Carlos Navarro, grand ami de Gasol, les Lituaniens Arturas Karnisovas et Šarūnas Jasikevičius, le Français Alain Digbeu, les pivots serbe Zoran Savić, grec Efthýmios Rentziás et espagnol, le géant Roberto Dueñas (2m21) et du libano-arméricain Rony Seikaly, le jeune Pau, au milieu de cette armada, prend toute la mesure que son incroyable talent lui donne et va grandement participer à l’obtention d’un doublé national Liga ACB et Coupe d’Espagne en 2001. Gasol, 20 ans seulement a dès lors déjà quatre titres à son actif avec son club : deux Liga et une Coupe du Roi donc ainsi qu’un autre championnat remporté en 1999 avec le club « Blaugrana » mais aussi un trophée en sélection avec ses coéquipiers Navarro et Reyes donc, en 1999 également. Pas mal pour un jeune homme bien né et qui était à l’aube de traverser l’Océan Atlantique pour aller en NBA. Une année 2001 également faste en sélection avec l’obtention d’une médaille de bronze derrière la Turquie et la Yougoslavie lors de l’Eurobasket 2001 en Turquie. Et dont Pau Gasol prend progressivement les clés avec ses partenaires de la génération dorée pour ne les lâcher que 20 ans plus tard.

2001 marque donc une volonté de s’émanciper de son cocon pour un joueur qui va paradoxalement assez peu évoluer dans la compétition reine européenne, l’Euroleague. A peine une petite saison en 2000-2001 et six petites rencontres mais avec 18,5 de moyenne. Ce qui impose la capacité du bonhomme à dominer de la tête et des épaules son équipe de briscards. Toujours est-il que le véritable maître-étalon se situe désormais en NBA au sein de la plus prestigieuse ligue de basket du monde. Cependant, si un tel prospect avait tout pour attirer l’attention de franchises plus huppées, Gasol prend la direction du Tennessee et des Memphis Grizzlies.

A priori, un choix de passage mais qui permet également de mesurer, après-coup, la fidélité du bonhomme à sa franchise et la pérennisation d’un certain cocon. Entre 2001 et 2008, Gasol non seulement évoluer dans une ligue constellée de stars mais il va surtout montrer une fidélité sans faille. Sept saisons où ses feuilles de stats grandissent à vue d’œil. Quelques pépins physiques également mais une adaptation grandissante au jeu prôné par la NBA. Dès lors, et même si Gasol trouve son bonheur aux Grizzlies, l’heure est pourtant venue de partir, à 28 ans, vers de nouveaux horizons afin de pouvoir, peut-être, tenter d’exister un peu plus haut. Peut-être également par le biais de l’arrivée, en 2007 d’un certain Juan Carlos Navarro à Memphis qui a pu participer à une réflexion plus grande sur son avenir en NBA. Quoiqu’il en soit, le départ se fait lors de la saison 2008-2009 pour Gasol. Direction, l’ouest, le soleil, le luxe et les « Anges ».

LAKERS, LA CULTURE DE LA GAGNE ET FIDELITE A SES FRANCHISES

@ NBAE

Direction donc Los Angeles et son équipe de talents, les Lakers, emmenés par le regretté Kobe Bryant, perfectionniste et ne supportant pas la défaite. Si, de prime à bord, il est difficile pour un nouveau joueur de se faire une place au soleil avec l’ombre tutélaire de Bryant, l’alchimie va pourtant se faire d’une manière aussi attendue que logique : la performance sur le terrain. Sur ce point, Gasol n’a rien à envier à personne et apporte sa culture basket dans une équipe un peu trop dépendante du talent de Bryant. Dès lors, le « Show-Time » peut commencer au sein d’une équipe de Los Angeles où évolue le sniper gaucher Derek Fisher, l’autre gaucher Lamar Odom, Andrew Bynum et deux futurs joueurs « européens » au sein de l’Anadolu Efes : le Slovène Sasha Vujačić et Jordan Farmar. Avec coach Phil Jackson sur le banc, cette équipe du tonnerre trouve une plénitude et une intelligence du jeu bien utile pour les longues joutes NBA, et Bryant, un fidèle lieutenant capable d’élargir le jeu et trouver les espaces. Bref, du bonheur à tous les étages pour l’Espagnol qui prend la mesure de son rôle et permet aux Lakers de remporter le titre 4-1 face au Magic d’Orland de Dwight Howard, Rashard Lewis et Hedo Türkoğlu. A chaque rencontre, Gasol se démène et apporte son écot aussi bien en termes de points (18 points de moyenne sur la saison) qu’aux rebonds. La saison 2008-2009 prouve dès lors que Gasol a fait le bon choix aussi bien sportif, avec ce titre donc, qu’humain puisque ce sera le début d’une amitié jamais démentie avec la star de l’équipe Kobe Bryant. Et comme un bonheur n’arrivant jamais seul, un « back-to-back » effectué par Gasol, Bryant et Jackson la saison suivante, en 2009-2010, qui permet à l’Espagnol d’obtenir sa deuxième bague de champion NBA. Qui plus fait face aux rivaux de toujours, les Boston Celtics (victoire des Lakers 4 -3).

La suite sera moins évidente collectivement mais Gasol continuera ses performances en étant trois fois All-Star notamment avant de quitter Los Angeles en y laissant un ami pour la vie. Dès lors, à partir de la saison 2014-2015, Gasol évolue successivement aux Chicago Bulls avec un certain Derrick Rose avec des performances en termes de point loin d’être négligeables (entre 16 et 18 points de moyenne) avant de filer du côté du Texas, aux Spurs de San Antonio prendre la difficile relève d’un certain Tim Duncan en compagnie de Tony Parker et Manu Ginobili sous la houlette de Coach Popovich. Trois saisons entre 2016 et 2019 où Gasol devient un joueur de complément et voit ses stats de scoring baissé (entre 10 et 12 points de moyenne). Surtout, Gasol commence à être rattrapé par son physique avec des Spurs pas au mieux non plus malgré une finale de conférence en 2017 perdue 4-1 face à Golden State. Avec, par la suite, deux éliminations aux premiers tours des plays-offs. Pour Gasol, dès lors, l’heure du bilan arrive progressivement et un départ devient inéluctable. Direction lors de la saison 2019-2020 Milwaukee et les Bucks où l’Espagnol retrouve de la vigueur mais surtout une grosse blessure au pied. Une saison également tronquée par la crise sanitaire et qui permet, même indirectement, à Gasol de se refaire une santé. Finalement, Pau Gasol a été un ambassadeur du basket européen en NBA et a parfaitement suivi le chemin tracé par ses glorieux aînés, de l’est, Šarūnas Marčiulionis, Arvydas Sabonis (Lituanie), Dražen Petrović, Toni Kukoč ou encore Dino Radja (Croatie).

Avec l’internationalisation de la ligue américaine, Gasol fait partie des « quatre fantastiques » en compagnie de l’Allemand Dirk Nowitzki, du Russe Andreï Kirilenko et de notre Tony Parker national. Une légende de précocité, de maturité et une volonté de gagner tout en restant un gentleman, tel aura été le bilan de Gasol en NBA.

20 ANS APRES, RETOUR AU BERCAIL, ESPAGNE MON AMOUR

A l’instar du roman d’Alexandre Dumas, « Vingt ans après », c’était dit, Pau Gasol ne pouvait pas arrêter sa carrière sur une pandémie et une blessure. Dès lors, retour à la maison, à Barcelone avec un double objectif : être performant en en retrouvant ses sensations physiques sur le terrain et continuer à remporter des titres. Dans le viseur, le seul titre qui lui manque à son palmarès, l’Euroleague et les J.O de Tokyo. Une saison à Barcelone sous le sceau des retrouvailles avec le bouillant entraîneur lituanien et ancien coéquipier lors du titre de 2001 avec Gasol, Šarūnas Jasikevičius. Sur le plan national, là encore un beau doublé avec une Coupe d’Espagne et un titre national pour la bande à Nikola Mirotić et Gasol. Mais un écueil trop grand en finale de l’Euroleague avec une défaite 86-81 face aux Turcs de l’Anadolu Efes avec… 1 point et 3 rebonds pour Gasol. Dès lors, le dernier objectif de sa carrière se tourne désormais vers les Jeux Olympiques avec sa sélection. Versée en compagnie du pays hôte, le Japon, de la Slovénie du bulldozer Luka Dončić et les Argentins d’une autre légende, Luis Scola, Gasol et les siens remportent leurs deux premières rencontres face au Japon et à l’Argentine avec une belle prestation de Gasol face à ces derniers derrière un Ricky Rubio intenable avant de chuter face à la Slovénie (95-87) lors de la troisième rencontre. Qu’à cela ne tienne, l’Espagne se qualifie mais se retrouve éliminée face à leurs meilleurs ennemis, les États-Unis (95-81) avec 8 points et 5 rebonds de Gasol.

@ Lega ACB / FC Barcelone

Une élimination triste mais qui rappelle que l’Espagne de Pau a été grande aussi bien sur la scène européenne avec trois titres remportés en 2009, 2011 et 2015 en Eurobasket avec deux médailles d’argent (2003 et 2007) et deux de bronzes (2001 et 2017, en Turquie à chaque fois). Ajoutée à cela, une Coupe du monde remportée face à la Grèce en 2006 au… Japon et trois breloques olympiques de 2008 à 2016. Au sortir de deux superbes finales face aux États-Unis de Kobe Bryant en 2008 (la fameuse Redeem Team US) perdues par l’Espagne 118-107 à Pékin en 2008 et 107-100 à Londres, quatre ans plus tard. Ainsi qu’une demi-finale perdue 82-76 au Brésil, à Rio en 2016. Une fidélité, là encore, jamais démentie à sa sélection nationale qui a permis à Pau Gasol de devenir un des symboles sportifs de son pays et d’être l’épouvantail pour ses adversaires. A l’instar de 2015, lors de l’Eurobasket qui s’est tenu en France et la demi-finale suffocante dans une ambiance style NBA au Stade Pierre-Mauroy de Lille. Une défaite frustrante pour les « Bleus » 80-75 derrière… 40 points de Gasol. Une entreprise littérale de démolition de la raquette tricolore qui a marqué une génération et mis au firmament la rivalité sportive franco-espagnole à travers les années. Un joueur majeur donc qui n’a jamais mis son rang ou son égo devant son équipe et qui a su évoluer avec ses coéquipiers pour atteindre la plénitude sportive et humaine.

ET APRES ?

Pau Gasol tire donc sa révérence au basket mais l’histoire ne dit pas que ce sera définitif ou temporaire. Que ce soit en NBA, à l’instar d’un Arturas Karnisovas en tant que dirigeant ou bien à Barcelone qui donne souvent des postes à ses anciennes gloires ou bien faire comme son frère, Marc, qui semble se diriger vers son club de cœur Gérone, en Espagne. Nous le verrons mais Pau Gasol a marqué de son sceau le basket et un hommage lui sera rendu par sa franchise des Lakers en retirant son fameux numéro 16 (le 4 étant celui qu’il portait en sélection espagnole). Maillot qui va rejoindre ceux de Kobe Bryant, le 8 et le 24, sur le toit du Staples Center. C’est donc un des derniers monstres sacrés du basket des années 2000 qui sonne la fin d’une époque révolue et que les nostalgiques pourront toujours visionner si l’envie leur en prend. Pau Gasol a été durant ces années, un modèle d’abnégation et d’humilité et un grand merci doit lui être rendu.

Dans tous les cas, l’Équipe de France n’aura plus sur son chemin ce bulldozer capable de jouer sur tous les tableaux et c’est peut-être la seule bonne nouvelle de cette retraite longtemps repoussée mais inévitable.

LA CARRIERE DE PAU GASOL EN INFOGRAPHIE

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About Volkan Ozkanal (11 Articles)
Fan de basket européen, d'Anadolu Efes, de Fenerbahçe du KK Partizan Belgrade et du CSKA Moscou, je voue un culte à l'immense Željko Obradović ainsi qu'à Petar Naumoski, grâce à qui j'ai appris à aimer la balle orange. Passionné également d'histoire, j'essaye de transmettre ma passion à travers Basket Retro.

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