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[Portrait] Wayman Tisdale, King of Blue

Portrait

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Retro

Rares sont les joueurs NBA qui ont plus de succès dans leur reconversion que sur les parquets. Wayman Tisdale est l’un d’eux. Superstar à l’échelon universitaire, il n’a pas eu la chance d’atterrir au bon endroit. Des cancres de la Conférence Est à ceux du Pacifique, il a dû patienter dix saisons avant de jouer réellement le titre. Mais, ses plus beaux succès, Wayman les décroche guitare à la main. Virtuose du jazz, sa vie est un exemple de persévérance et de courage.

SON OF A PREACHER MAN

A Tulsa, dans l’Oklahoma, le révérend Louis Tisdale est l’un des pasteurs les plus respectés de la ville. Avec plus de 1000 fidèles qui fréquentent sa paroisse Friendship Baptist Church, il jongle entre les prêches et les répétitions de gospel, sa grande passion. Soucieux de transmettre sa fibre musicale à ses trois fistons, il leur offre une guitare. Les deux premiers William et Weldon ne tardent pas à utiliser l’instrument comme pagaie ou batte de baseball. Seul le plus jeune, Wayman Tisdale, s’intéresse vraiment à ce cadeau. Il passe un temps fou à gratter sa guitare jusqu’à ce qu’il casse quatre des six cordes. Avec les deux restantes, les rares accords qu’il peut jouer sont les lignes de basse. Pas grave, Wayman décide alors de devenir bassiste. Sans prendre aucun cours de solfège, il perfectionne sa technique en regardant jouer les musiciens pendant les prédications de son père. Autodidacte jusqu’au bout des doigts, il obtient le droit de se représenter avec eux le dimanche pour des bœufs endiablés. Un pic de croissance soudain bouleverse tout son petit univers. Pendant ses années lycée, Wayman grandit de 60 centimètres pour atteindre 2m06 ! Peu intéressé par la balle orange dans sa jeunesse, il se met au basket et se montre plutôt habile. Il décide de rejoindre son frère William dans l’équipe de la Booker T. Washington High School. Il met sa carrière de bassiste sur pause, mais prouve très vite qu’il a plus d’une corde à son arc.

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© Tulsaworld.com

Titulaire dès ses débuts, Wayman a le physique d’un joueur NBA au milieu d’une bande de gamins. Il mène les Hornets au titre d’Etat dès sa seconde saison. La quête du back to back en 1982 débouche sur le plus grand tournoi lycéen de l’Oklahoma. Dans le dernier carré, Tisdale retrouve Enid High School emmené par le meneur Mark Price, le lycée Jenks de l’arrière Steve Hale et l’école East Central portée par le futur NBAer Anthony Bowie. Dans ce duel au sommet, Wayman se blesse à la cheville en demi-finale dès l’entre-deux. En boîtant tout le reste du match, il regarde impuissant le show Mark Price, auteur de 42 points. Le pivot quitte son lycée sur une fausse note, mais sa réputation dépasse désormais largement les frontières de l’état. Au moment d’intégrer l’université, il ne reçoit pas moins de 150 propositions de bourses à travers tout le pays. Tisdale choisit de rester fidèle à sa région pour intégrer les Sooners d’Oklahoma. Il faut dire que la fac ne lésine pas sur la drague en recrutant son frère William pourtant beaucoup moins talentueux que lui et en nommant son coach de lycée, assistant de l’équipe. Le choix du cœur pour Wayman, mais pas forcément celui sportif. A cette époque les fans de l’Oklahoma n’ont d’yeux que pour le football US. Le basket a un retard considérable tant au niveau de la popularité que des résultats universitaires. Depuis leur création en 1908, les Sooners n’ont participé qu’à quatre reprises au tournoi NCAA. Débarqué en 1981 sur le banc du campus, le coach Billy Tubbs veut inverser la tendance en ramenant du spectacle dans la salle. Sa philosophie : la meilleure défense c’est l’attaque ! Son but remplir les 10.000 places du Lloyd Noble Center. L’entraîneur se donne 20 ans pour réussir ce pari. L’arrivée en fanfare de Tisdale va accélérer ses plans.

Dès les matchs de préparation, Wayman fracasse la concurrence. Dans le tournoi Rainbow Classic à Hawaï, il se fait les dents contre des grosses cylindrées : 39 points contre Georgia Tech, 34 contre Illinois et 26 face à North Carolina où il ridiculise Sam Perkins. Billy Tubbs voit alors l’immense potentiel du garçon et en fait sa pierre angulaire en attaque. Malgré son jeune âge, il domine physiquement ses adversaires comme ce soir de janvier 1983, où il plante la bagatelle de 51 points à 22/27 aux tirs dans la raquette des Wildcats d’Abilene. La plus haute marque pour un freshman en NCAA et le record alltime des Sooners arraché à Alvan Adams et ses 44 points. Son premier exercice est un récital ininterrompu de 33 matchs : 24.5 points et 10.3 rebonds de moyenne ! Du jamais vu pour un débutant dans la Conférence Big Eight depuis un certain Wilt Chamberlain, 26 ans plus tôt. Avec ses statistiques, il décroche même une place dans la All-American First Team qui fait de lui le premier freshman de l’Histoire à obtenir cet honneur. Dans la foulée, les Sooners s’invitent au tournoi NCAA et passent même un tour avant de tomber sur des Hoosiers d’Indiana, plus fort qu’eux. Wayman récolte un concert de louanges en fin de saison. La célébrité arrive vitesse grand V pour lui. L’équipementier Converse lui fait les yeux doux. Mais, c’est son portrait dans Rolling Stone Magazine, où il pose sa basse à la main, qui le rend le plus fier. Eh oui, Tisdale a encore la guitare qui le démange. Ses temps libres, il les passe à composer des chansons. Grâce à son nouveau statut, il obtient de son coach, le droit de décaler l’entraînement du dimanche matin pour pouvoir se produire dans l’église de son père. Sa bouffée d’oxygène à lui.

En grandissant, je voulais jouer de la basse beaucoup plus que jouer au basket. Avec des amis, nous avions monté un groupe et nous avons même composé quelques chansons. La musique c’est quelque chose qui vous pénètre de l’intérieur pour vous emmener dans des endroits où l’on ne peut pas aller. C’est pourquoi quand on me demande ce qui est le plus gratifiant entre la musique et le basket, je réponds la musique car elle me transporte d’une manière inexplicable.

BODY AND SOUL

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© Oklahoman.com

Malgré tout ses efforts, Wayman n’est même pas l’athlète le plus connu de son campus. Marcus Dupree, le running back de l’équipe de foot, lui vole toujours la vedette auprès des fans. Pas de problème ! Tisdale lâche sa basse le temps de la saison 1983-84 et hausse le ton sur le parquet. En décembre, il explose les compteurs avec 61 points contre l’Université de Texas-San Antonio, effaçant ainsi le record de la Big Eight du Grand Wilt. Un exploit qui ferait presque oublier ses 22 rebonds gobés ce soir-là. L’intérieur gonfle encore ses stats au scoring (27.0 points de moyenne) et Oklahoma améliore son bilan (29 victoires pour 5 défaites) pour rafler le titre de champion de Conférence. Wayman, lui, peaufine un peu plus sa technique. Sa position favorite, le poste bas. Son mouvement préféré, un tir en suspension qu’il décoche après s’être retourné rapidement. La soudaineté de son tir surprend la plupart de ses adversaires et le haut de son corps est tellement souple qu’il parvient à se contorsionner pour éviter la faute offensive. Sur transition, ses dribbles main droite ponctué par un hook main gauche sont le point d’orgue d’un arsenal offensif dévastateur. De retour au tournoi NCAA, ses 36 points et 11 rebonds ne sont pas suffisants pour passer les Flyers de Dayton. Une déception de courte durée.

L’été 1984 est particulier aux Etats-Unis avec l’organisation des Jeux Olympiques à Los Angeles. Après avoir boycotté l’édition 1980 à Moscou, Team USA a une revanche internationale à prendre sur son territoire. A cette époque, la sélection américaine est encore composée d’universitaires. Bobby Knight, le bouillant coach des Hoosiers d’Indiana, est nommé à la tête de l’équipe. Il convoque plus de 70 joueurs pour ses tests parmi lesquels Michael Jordan, Patrick Ewing, Chris Mullin, Charles Barkley, Karl Malone ou John Stockton. Si les trois derniers ne sont bizarrement pas retenus, ce n’est pas le cas de Tisdale. Commencent alors pour lui trois longs mois de souffrance. Bloqué à Bloomington, au fin fond de l’Indiana, pour le camp d’entraînement, Wayman est le bouc-émissaire de Bobby Knight. Le coach est constamment sur son dos pour l’invectiver à défendre. Dans les vestiaires, même ses coéquipiers reprennent le cri très particulier de Knight quand il s’adresse à Tisdale. Pendant un training, il va jusqu’à faire une croix au feutre sur le parquet en indiquant la date du dernier effort fourni par Wayman. Les gesticulations de Knight ne font pas perdre le sourire au Sooner. Bien au contraire, le big man se plie aux exigences pour changer radicalement son jeu. Première menace offensive à Oklahoma, Tisdale se mue en rebondeur-défenseur pour Team USA. Résultat, Wayman termine meilleur rebondeur et second contreur de l’équipe. Il réserve sa plus belle prestation pour la finale contre l’Espagne avec 14 points et 6 rebonds. La médaille d’or vient récompenser son travail d’adaptation. Un apprentissage à la dure qui peut lui permettre de changer de partition la saison suivante en NCAA :

Cela a été difficile, mais j’apprécie tout ce que Billy Knight a fait pour moi. Il m’a poussé dans mes retranchements. Il a hurlé contre moi. S’il ne s’entend pas avec toi, cela ne veut pas dire qu’il ne se soucie pas de toi. Les gens pensent que je suis fatigué et qu’il se moque de moi. Mais, je l’adore. Mon rôle dans cette équipe n’est pas de marquer. Je scorerai assez de points à mon retour en Oklahoma. Jouer avec puissance en défense était quelque chose que je devais apprendre. Je pense que je jouerai beaucoup mieux dans ce domaine à Oklahoma cette saison.

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© Getty Images

En 1985, Wayman livre effectivement sa meilleure production au rebond et pèse davantage défensivement sans pour autant perdre la main en attaque (25.2 points). Les Sooners remportent une nouvelle fois la Big Eight et partent à l’assaut du tournoi NCAA. Une compétition au cours de laquelle Tisdale gagne définitivement le cœur des fans du campus. 28 points au premier tour contre North Carolina A&T puis 29 points au second contre Illinois State, Wayman est réglé comme du papier à musique. Son opposition le tour suivant contre Karl Malone de Louisiana Tech est le plus beau duel de power forward du tournoi : 20 points et 16 rebonds pour le Mailman contre 23 points et 11 rebonds pour le Sooner. A égalité à la fin du temps réglementaire, c’est Tisdale qui a le dernier mot au bout du bout de la prolongation. Son tir en crochet ricoche trois fois sur l’arceau avant de transpercer le filet. Ce buzzer beater propulse Oklahoma dans le Sweet Sixteen pour la première fois depuis 1945. Face à Memphis, ce n’est pas la même chanson. Les Tigers pratiquent une prise à deux systématique sur Wayman. Pris dans l’étau Keith LeeWilliam Bedford, il reçoit un traitement de choc à la limite de la légalité. Et même si les Sooners ont le dernier shoot pour arracher la prolongation, cette fois le ballon ne rebondit pas du bon côté. La défaite de 2 points est amère et le dilemme qui l’attend cornélien. Si Tisdale reste une dernière saison à Oklahoma, il peut aisément devenir le meilleur scoreur alltime en NCAA en dépassant la légende Pete Maravich. Mais, l’appel de la NBA est trop fort. Il quitte le campus avec 17 records en poche chez les Sooners et 9 dans la Big Eight Conference ! Le pari de Billy Tubbs n’a mis que trois saisons à se concrétiser. La fac fait partie du paysage NCAA, même si le coach regrette le départ de son protégé « qui serait devenu gouverneur de l’Etat » en restant une quatrième année.

THE LOST GROOVES

12 mai 1985. Pour la première fois de l’Histoire, la NBA inaugure un système de loterie. Soucieux d’introduire une part de hasard dans les choix élevés de la draft, David Stern décide de tirer au sort le First Pick parmi les sept plus mauvaises franchises de la saison. Au terme d’une cérémonie controversée avec la fameuse théorie de l’enveloppe froide, ce sont les Knicks qui remportent le Graal. Patrick Ewing, le prospect qui fait l’unanimité, fait ses valises pour Big Apple. Avec le second choix, on retrouve les Pacers. Un mauvais souvenir pour la franchise. Déjà détenteur du Second Pick en 1983, Indiana avait jeté son dévolu sur Steve Stipanovich, un intérieur qui ne restera que 5 saisons dans la Ligue gêné par des blessures au genou. Deux ans après, les Pacers sont toujours au point mort. En pleine reconstruction, ils choisissent au talent en misant sur Wayman Tisdale. Le Sooner grille ainsi la politesse aux autres power forwards de sa promo, Charles Oakley et Karl Malone, en tête. Neuf ans après son passage de la ABA à la NBA, Indiana n’a connu les playoffs qu’une seule fois. 20 victoires en 1983, 26 en 1984 et 22 en 1985, c’est dire si Wayman est attendu comme le messie. Pour remonter la pente, le coach George Irvine décide d’aligner un 5 majeur King Size avec Herb Williams (2m08), Steve Stipanovich (2m11) et Tisdale (2m06). Résultat, un embouteillage monstrueux dans la peinture, où Wayman ne retrouve pas sa place naturelle. Il termine tout de même l’exercice à 14.7 points et 7.2 rebonds, mais ne peut empêcher le naufrage collectif sanctionné par l’avant dernière place de la Ligue.

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© Getty Images

A l’intersaison, Indiana nomme la légende Jack Ramsay sur son banc. Le coach fait du ménage dans le starting five pour faire de Wayman, son sixième homme attitré. Le front office se met aussi en quête de puissance de feu à l’arrière. Les drafts successives de Chuck Person et Reggie Miller vont rapidement corriger le tir. Propulsé leader offensif de la second unit, Tisdale score 64 fois en double digit sur ses 81 matchs. Un métronome ! Les Pacers s’invitent même aux playoffs à la surprise générale, le temps d’une petite série contre les Hawks. Cette fois, l’équipe est sur les bons rails, d’autant qu’un rookie de 2m24 nommé Rik Smits débarque en 1988, toujours avec le fameux Second Pick. Les dirigeants croient au potentiel du Hollandais. Par conséquent, un rééquilibrage du roster s’impose à la trade deadline. Indiana échange Herb Williams à Dallas contre Detlef Schrempf puis envoie Tisdale à Sacramento pour LaSalle Thompson et Randy Wittman. Second marqueur des Pacers avec 16.0 points, Wayman est sacrifié alors que l’équipe est en pleine ascension. Après son départ, Indiana enchaîne 16 campagnes de playoffs en 17 ans. Tout le contraire de Tisdale qui rejoint l’un des pires cancres des eighties, les Kings. General manager des Pacers à cette période, Donnie Walsh justifie son choix.

Je ne pensais pas que nous avions la bonne alchimie. Nous avions de bons joueurs mais ils ne matchaient pas vraiment ensemble. Nous avons nommé un nouvel entraîneur (Dick Versace) et notre but c’était de l’entourer de joueurs qui pourraient s’intégrer davantage à son style. Tisdale est un scoreur au poste bas. C’est son style, mais nos plans prévoyaient que ce soit Rik Smits qui joue au poste bas. Et il n’y aurait pas eu assez de temps de jeu pour Wayman.

Sportivement, les changements opérés par les Pacers sont rentables. Mais, sur le plan du talent, ce sont bien les Kings qui remportent le trade. A Indiana, LaSalle Thompson devient un role player qui voit sa production divisée par deux. Tout le contraire de Tisdale qui s’impose immédiatement comme le go-to-guy de l’équipe. Avant son arrivée, Sacramento plafonne à 14 victoires pour 37 défaites (27,5%) et passe à un bilan de 13-18 (41,9%) après l’échange. Gagner un transfert, ce n’est pas monnaie courante pour les Kings. Après leur brève participation aux playoffs en 1986, le front office multiplie les choix foireux : le super substitute Eddie Johnson contre le besogneux Ed Pinckney, le scoreur Reggie Theus pour six mois de Randy Wittman ou encore le futur All Star Otis Thorpe contre le col bleu Rodney McCray. Même pour les larges épaules de Tisdale, sortir Sacramento de l’ornière relève de l’exploit. C’est pourtant le but qu’il se fixe en envoyant une saison de mammouth en 1989 avec 22.3 points et 7.5 rebonds. Il atteint deux fois la barre des 40 points avec une performance record contre Detroit à 19/23 aux tirs ! Pas suffisant pour ramener la victoire. Avant ses deux pointes au scoring, un seul joueur des Kings période Sacramento avait dépassé les 40 unités, c’est dire la galère dans laquelle s’est embarqué Wayman. Avec 23 victoires, les Kings squattent la dernière place de la Pacific Division. La faute surtout à un backcourt en manque de talent. Drafté en 1988, le shooteur prometteur Rick Berry se tire une balle dans la tête la saison suivante, à la suite de déboires conjugaux. Quant à l’autre espoir du groupe, le meneur Kenny Smith, il est échangé contre Antoine Carr. Un choix encore discutable puisque désormais trois des quatre meilleurs scoreurs de l’équipe évoluent au poste 4 (Rodney McCray, Carr et Tisdale).

Pour se renforcer, les Kings héritent de quatre picks au premier tour de la draft 1990. Cela n’empêche pas les Californiens d’entamer la saison par une victoire lors les 14 premiers matchs. Sacramento excelle dans la médiocrité au point de décrocher un record NBA : avec une seule victoire on the road en 41 rencontres, l’équipe enregistre le pire bilan à l’extérieur de l’Histoire. Parmi les rookies, un seul, Lionel Simmons, apporte une contribution efficace. Wayman, lui, émerge encore à 20 points et 8 rebonds de moyenne dans ce naufrage collectif. Le GM Jerry Reynolds tente alors un électrochoc : il transfère son choix de draft, Billy Owens, contre Mitch Richmond, l’un des membres du Run TMC des Warriors. L’arrière prend instantanément le lead en attaque, reléguant Tisdale en premier lieutenant. Une bonne idée sur le papier, mais les résultats se font attendre. Fin décembre 1991, la franchise vire son coach Dick Motta pour nommer Rex Hughes. Là encore, peine perdue avec une série de 10 revers consécutifs pour le nouvel entraîneur. Les deux saisons suivantes se ressemblent pour Wayman et les Kings. L’intérieur amène chaque soir ses 17 points, pendant que Sacramento attire la poisse. En 1993, Richmond est sélectionné pour le All Star Game, mais se blesse juste avant. Pas de Match des Etoiles pour lui et un bilan de 21 défaites sur les 26 derniers matchs pour Sacto ! En 1994, le rookie Bobby Hurley, censé incarner l’avenir à la mène, est victime d’un accident de voiture qui met en danger sa carrière. Agent libre pendant l’été, Wayman en a assez vu. Il décide de changer de disque pour signer à Phoenix. En cinq saisons et demie en Californie, il n’a jamais dépassé le seuil des 30 victoires pour un bilan cata de 143-298 ! Il se console en terminant meilleur scoreur et rebondeur de l’Histoire de Sacramento. Ironie du sort, les Kings se qualifieront pour les playoffs quelques mois après son départ.

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© Getty Images

HOUSE OF THE RISING SUN

Les playoffs c’est justement l’objectif de Wayman en débarquant chez les Suns. Finaliste malheureux deux ans auparavant contre les Bulls, Phoenix reste ambitieux en 1994-95 avec le recrutement de Danny Manning et la draft de Wesley Person. Le salary cap déjà bien plombé de la franchise complique l’arrivée de Tisdale. Phoenix est obligé de couper Jerrod Mustaf au dernier moment pour libérer un peu de cash. 800.000 dollars c’est tout ce que peuvent proposer les Suns. Wayman, qui émargeait à 2,3 millions chez les Kings, accepte de faire une ristourne. Le prix à payer pour enfin jouer le titre. Ce n’est pas le seul sacrifice qu’il consent. Dans un effectif pléthorique, il est relégué dans la second unit avec une vingtaine de minutes par match, le plus souvent au poste de pivot. Encore une fois, Tisdale s’adapte avec le sourire pour ramener ses 10 points de moyenne et décroche pour la première fois le titre de la Pacific Division. Pour sa (re)découverte des playoffs, il score 21 points à 10/14 aux tirs contre Portland. Mais, le chemin s’arrête le tour suivant dans un Game 7 épique contre les Rockets. La fin du cycle Charles Barkley s’amorce dans l’Arizona, les Suns ne passant même pas le premier tour en 1996. Après le départ de Sir Charles, Wayman poursuit une dernière saison en bout de banc. Il clôture son expérience à Phoenix par une ultime campagne de playoffs avec le sentiment du travail accompli :

Une fois arrivé à Phoenix, c’est là que j’ai vraiment eu l’impression d’être en NBA. C’était comme si j’étais enfin sorti du purgatoire. C’était génial d’être enfin respecté en tant que basketteur. Je n’affichais probablement pas les mêmes statistiques, mais cela n’avait pas d’importance. Les gens savaient ce que je pouvais faire. Je devais m’adapter à un nouveau rôle, et j’ai l’impression que j’ai joué ce rôle une fois que je suis arrivé aux Suns. J’ai vraiment apprécié ça et les choses qui s’y sont déroulées.

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© Motown

A 33 ans, Wayman Tisdale se retrouve agent libre et doit prendre une décision : continuer sa carrière NBA en bradant ses services ou raccrocher définitivement. Le choix est rapide. Durant ses deux dernières saisons à Phoenix, il avait déjà amorcé sa reconversion. Pendant que certains fréquentent les casinos ou les boîtes après les matchs, lui se rend dans les clubs de jazz pour discuter avec les musiciens. En déplacement, sa basse ne le quitte jamais ce qui lui vaut les moqueries de Barkley ne se doutant pas un instant du talent de son coéquipier. En toute discrétion, Wayman commence à se produire sur scène. Durant l’intersaison 1995, il enregistre une démo de quelques titres qu’il envoie à la célèbre maison de disque Motown, sous couvert de l’anonymat. Tisdale a peur, en effet, de se heurter au scepticisme des producteurs qui ne s’arrêteraient qu’à ses qualités sportives. Comment un joueur NBA pourrait devenir subitement un virtuose du jazz ? Sa démo composée de 7 titres emballe immédiatement Steve McKeener, président de MoJazz, le label spécialisé de la Motown. Il décide de partir à la recherche du mystérieux bassiste pour le signer. D’abord surpris par l’identité de son nouveau protégé, il se laisse charmer par le style de Wayman, du smooth jazz mâtiné de funk. Ensemble, ils sortent le premier album de Tisdale baptisé « Power Forward ».

REQUIEM IN BLUE

Cet album rencontre un succès auprès des puristes et se classe au quatrième rang des charts jazz contemporain du magazine Billboard. Une première victoire sur les sceptiques. Mi-bassiste, mi-basketteur, mené de front ces deux carrières n’est pas évident pour Wayman. Le front office des Suns ne se doute pas de toutes les activités musicales de son joueur et vice-versa pour les fans de musique. Ainsi, en plein milieu d’une interview radio, Tisdale lâche à l’antenne qu’il est obligé de quitter les studios car les Rockets arrivent en ville. Son motif, c’est Hakeem Olajuwon, son adversaire du soir, un nom qui ne dit pas grand-chose à son interlocuteur. En 1996, lors de sa dernière saison à Phoenix, il sort un second opus « In the zone » qui marche fort une nouvelle fois. Ce succès le conforte dans sa décision de raccrocher définitivement ses baskets. Wayman prend désormais plus de plaisir avec sa basse que sur les parquets. N’ayant plus rien à prouver dans le basket, il se lance à 100% dans la musique. Pour cela, il prend conseil auprès des meilleurs et notamment Marcus Miller, la référence de la basse jazz. Le début d’une grande amitié. Bluffé par le niveau de Tisdale, Miller l’aide à perfectionner sa technique et trouver véritablement son style. Leur collaboration débouche sur « Face to face » en 2001, qui fait entrer Wayman dans la cour des grands. Cet album tantôt smooth tantôt groovy atteint la première place des charts jazz. Plusieurs titres deviennent des hits et passent sur les radios américaines. En 2002, il est même élu Bassiste de l’Année lors des National Jazz Awards. Une récompense qui légitime sa place dans le monde de la musique.

Wayman crée ensuite son propre label Tisdale Records qui lui permet d’enregistrer quatre autres albums dont un projet plus personnel dédié au gospel. Malheureusement, une tragédie frappe le néo jazzman. En février 2007, il fait une lourde chute dans les escaliers de sa maison. Il se brise littéralement la jambe pour s’évanouir aussitôt. Alertée par le bruit, sa femme appelle les urgences. A l’hôpital, les examens révèlent un mal plus important. Wayman souffre d’un cancer des os du genou. Au cours des 22 mois suivants, il subit un traitement de choc. Les chimiothérapies sont si douloureuses qu’il refuse parfois de laisser ses enfants le voir. Les médecins ont du mal à adapter les doses compte tenu de sa taille et son poids et fin 2008, le verdict tombe : Tisdale doit se faire amputer. Mais, il ne s’apitoie pas sur son sort. Bien au contraire ! Sourire aux lèvres, il préfère plaisanter en disant que s’il a survécu au traitement de Bobby Knight avec Team USA, il n’aura aucun mal à surmonter cet obstacle. Il n’y a pas que sa résilience qui force le respect, sa combativité surprend tous les spécialistes. Au centre de traitement d’Oklahoma City, jamais une aussi grande prothèse n’avait jamais été fabriquée. Là, où il faut généralement six mois pour se rééduquer, Wayman réapprend à marcher en 30 jours ! Toujours positif, il sort un nouvel album « Rebound » inspiré de sa bataille contre la maladie. Le 17 avril 2009, il remonte sur scène pour un concert mythique à Memphis, son dernier. La radiothérapie, de plus en plus forte, lui brise l’œsophage en mai. Wayman décède à l’hôpital de Tulsa à seulement 44 ans. Le microcosme de la NBA est en deuil à l’image de Michael Jordan qui évoque sa bonne humeur communicative ou Kevin Johnson parlant de l’aura magnétique de son ancien coéquipier. La force intérieure de Tisdale reste un exemple, sur les parquets, sur scène ou dans la maladie. L’une de ses dernières chansons résume parfaitement son état d’esprit :

Tu ne dois jamais abandonner car s’arrêter n’est pas une option. Peu importe à quel point il fait noir ou à quel point tu deviens faible, jusqu’à ce que tu prennes ton dernier souffle, tu dois te battre.

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© Oklahoman.com

STATISTIQUES ET PALMARES

  • Stats NCAA : 25.6 points à 57,8% aux tirs, 10.1 rebonds et 1.0 assist
  • Stats NBA : 15.3 points à 50,5% de réussite, 6.1 rebonds et 1.3 assist
  • Nommé dans la All-American First Team (1983, 1984, 1985)
  • Big Eight Player of the Year (1983, 1984, 1985)
  • Mr Basketball USA (1982)
  • Introduit au National Collegiate Basketball Hall of Fame (2009)
  • Médaille d’or aux Jeux Panaméricains (1983)
  • Médaille d’or Olympique (1984)

SA CARRIERE EN IMAGES

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About mosdehuh (17 Articles)
Tombé dans la NBA au début des 90's avec Penny Hardaway. Grosse passion pour les loosers magnifiques et les shooteurs. Supporter de la Chorale de Roanne depuis 3 générations.

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