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ITW Thierry Zig : « La France a loupé un génie du Basket, Thierry Zig (Bozidar Maljkovic) ».

Interview

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Un joueur qui n’a sûrement pas eu la carrière qu’il aurait dû avoir malgré les titres obtenus et les expériences humaines vécues. Thierry Zig se livre sans concession ni langue de bois, sur sa carrière, ses hauts, ses bas et ses choix.

Basket rétro : Comment s’est déroulée votre première rencontre avec la balle orange ? Votre famille pratiquait le basket ?

Thierry Zig : Mon premier contact avec le basket est assez particulier. J’ai commencé à jouer au basket après avoir arrêté le sport pendant deux ans. Auparavant, je faisais du foot, j’avais une place qui m’attendait au centre de formation des Girondins de Bordeaux. N’ayant pas été bon élève lors de l’année scolaire précédente, ma mère a dit stop, tu n’y vas pas. Je pense qu’elle ne mesurait pas du tout la teneur de ce qu’est l’opportunité d’être pris dans un centre de formation mais c’était son mode d’éducation. Pour elle, s’ils me voulaient vraiment, ils pouvaient attendre une année supplémentaire, mais comme je n’avais pas été sérieux à l’école, il n’y aurait rien d’autre pour moi !

J’avais une place qui m’attendait au centre de formation des Girondins de Bordeaux.

BR : Comment avez-vous réagi ?

TZ : J’ai été très blessé et j’ai alors décidé d’arrêter le foot. Pour moi, c’était un bout de chemin de parcouru dans une carrière qui était balayé par une phrase. Je savais aussi qu’il était très compliqué de se faire remarquer dans ce sport. Pendant ces deux ans j’ai pratiqué des sports de loisir comme le skateboard, le vélo et puis bon, je suis du 93 (de Bondy) il y avait aussi d’autres occupations qui n’étaient pas très valorisantes mais c’est justement par ce type de fréquentations que j’ai eu mon premier contact avec le basket. Je me promenais avec un ami et on a un vu un gars jouer sur un playground. Mon ami voulait « l’embrouiller » car il ne l’aimait pas. Je lui ai répondu qu’il ne nous avait rien fait et qu’on pouvait passer notre chemin mais il a insisté et on y est allé. J’avais 15 ans, mais ce n’est pas à ce moment-là que je débute en club.

BR : Le début de votre passion pour ce sport ?

TZ : Je n’aimais pas le basket, sport nul, pas assez viril, mais c’était de la fierté mal placée car surtout liée au fait que je n’arrivais pas à rentrer un panier. Et bizarrement, un jour, tout ou presque s’est mis à rentrer. Le soir même, ça a trotté dans ma tête et je suis retourné jouer le lendemain sur le playground où on avait embêté ce gars. Il me voit arriver et commence à me dire de le laisser, je lui dis de ne surtout pas s’inquiéter. Au contraire je voulais savoir si je pouvais jouer avec lui. Il accepte, par gentillesse ou crainte je ne sais pas, et je suis revenu plusieurs fois. Dont une fois où il était avec ses amis et on a fait un match, match où je me fais humilier par un de ses amis qui m’a tout fait en attaque et en défense. Et là j’ai été piqué, ce qui est un trait de ma personnalité, un leitmotiv. Au fond de moi je me suis dit « je ne sais pas si je rejouerai un jour contre lui mais si ça arrive, c’est impossible qu’il recommence ». C’est à partir de ce moment que je me suis intéressé au basket, j’ai appris les règles, je me suis entrainé, j’ai regardé les cassettes vidéos Come Fly With Me, Dazzling Dunks and Basketball Bloopers prêtées par ce même garçon que j’avais embêté. Ces cassettes étaient nos références de l’époque, il n’y avait pas internet. Je m’entrainais à reproduire les mouvements, les actions.

BR : C’est votre première influence « basketballistique » ?

TZ : C’est ce qui a façonné mon style de jeu au fur et à mesure. Même si, à l’époque, je ne touchais pas le panier, juste la bonne taille. Ce qui m’aidait surtout était ma très bonne coordination dans mes mouvements. C’est donc lui mon premier lien avec le basket, il s’appelle Cyril Cléricy, pour le mentionner, il m’a aussi emmené dans son club afin que je m’entraine avec son équipe, des gars hyper solidaires. Finalement, je m’inscris la saison suivante, de mémoire en 1991, année du premier titre des Bulls. Je fais une moitié de saison à cause de mon caractère sanguin, je ne m’entendais pas avec ma coach. Je finis le reste de la saison à m’entrainer avec les catégories au-dessus mais sans jouer les compétitions.

BR : Si je calcule bien, le déclic a dû venir rapidement après ?

TZ : Avec une bande de potes, tous plus vieux que moi, on part faire les détections à Levallois. Je ne voulais pas y aller, pensant ne pas avoir le niveau après à peine un an de basket mais ils m’ont répondu qu’on y allait pas pour être sélectionné mais juste pour se changer les idées et s’occuper dans le Palais Marcel Cerdan flambant neuf, un lieu qu’on ne fréquentait ni ne pratiquait, hors matchs des pros. En étant persuadé que je serais recalé, j’ai joué mon jeu, fait mes techniques et finalement j’ai été pris au centre de formation. Je devais initialement jouer avec les cadets.

Je m’ « explose » l’artère fémorale. 3 mois d’arrêt.

BR : Vos premiers matchs avec les pros arrivent rapidement ?

TZ : Mon premier match en pros arrive lors de ma troisième saison avec Levallois. Je fais toute la préparation avec eux, je performe mais je me fais une grosse blessure, d’ailleurs la seule grosse blessure de ma carrière, une béquille et je m’ « explose » l’artère fémorale. 3 mois d’arrêt. Deux opérations, la première pour évacuer le sang, puis, au bout de deux mois, on s’aperçoit qu’un second hématome s’est formé et j’ai donc dû me faire opérer une seconde fois. Durant l’anesthésie, les médecins se sont aperçus que c’était plus grave et que l’artère était détruite. C’est au retour de blessure que l’on me demande de faire le banc avec les pros, je me dis que c’est juste pour faire le nombre comme je n’avais pas joué depuis quelques mois et finalement, je rentre de manière éclair en fin de mi-temps (pas de quart temps à l’époque) et je me retrouve à la mène contre Limoges. Le Limoges qui deviendra champion d’Europe la saison suivante.

BR : Pouvez-vous nous détailler ce match ?

TZ : Le coach était Terence Stansbury, qui avait commencé la saison en tant que joueur. Je ne comprends pas trop pourquoi il m’envoie sur le terrain, en plus à la mène. Première action, je monte la balle, prise d’écran, shoot à trois points, je marque. Mais il me sort en me traitant de fou et me demandant qui m’avait dit de tirer. Je lui explique et je ne comprends pas sa réaction, ce sont des choses qu’on comprend plus tard dans le basket professionnel . Voici mon premier contact avec les pros. C’est une des raisons de la déviation de ma passion. J’ai toujours eu un amour un peu aveugle, à vouloir être le meilleur possible et voir où cela me mène et au fur et à mesure j’ai compris que ce n’était pas forcément la culture du meilleur. Et puis commencent les histoires de salaires et de différence de montant entre chacun, on se situe pour se donner une valeur et on en vient à jouer surtout pour l’argent, pour gagner plus que celui dont on s’estime supérieur. Ce n’est plus pour l’amour du jeu. Ce sont des comportements qui m’ont desservis.

BR : Quelle était l’ambiance lors des entrainements ?

TZ : Ce fut une saison tumultueuse, valse des coachs entre Jackie Renaud, Terence Stansbury puis le duo Ron Stewart/Patrick Cham. De mon côté je ne jouais plus avec les espoirs, je ne faisais que m’entrainer et croiser les doigts pour rentrer sur le terrain le samedi. Au bout d’un moment, les entrainements étaient assez particuliers (cf. Interview de Vincent Masingue), les pros avaient un traitement privilégié par rapport à nous. Vincent Masingue, Sacha Giffa et moi plus quelques pros comme Stéphane Bergeron et Marcus Gaither jouions contre les titulaires. On se faisait bouger physiquement par les titulaires alors que nous ne pouvions pas les toucher et un moment j’ai voulu rendre les fautes et j’ai craqué. J’ai eu une première altercation avec Patrick Cham qui était l’arbitre de ces matchs d’entrainement puis Ron Stewart me demande de me taire. Puis la colère est montée. Finalement mon entrée en Pro était un traquenard.

BR : C’est-à-dire ?

TZ : Suite à ça Ron Stewart me demande pourquoi je me comporte comme ça, qu’est-ce que je veux ? J’ai répondu que je voulais simplement jouer au basket. Que je ne joue plus avec les espoirs, que je ne fais que m’entrainer du lundi au vendredi et le samedi je ne joue pas, je ne suis que spectateur. Qu’il m’envoie sur le terrain, quand il le veut, même trois minutes, c’est tout ce que je demande. Lors d’un match à domicile contre Evreux, très chaud, on est à -15 ou -17 en seconde mi-temps, l’équipe jouait de travers, Stewart était dépassé et je le vois faire ses allers/retours devant le banc. Il m’attrape par le bras et me dis de rentrer « parce que tu es si fort, montre-moi maintenant ». C’est un truc de fou, ça me colle une pression énorme mais fier comme je suis (je ne suis pas homme à demander ce que je ne mérite pas), je sais que j’étais capable et je suis rentré, je fais ce que j’ai à faire, on arrache la prolongation et on gagne. Je finis le match à 18 points sur un petit temps de jeu. Le match se finit, il m’attrape, me soulève, il « fait son cinéma », me dit qu’il le savait, que j’étais bon. Ce à quoi je réponds « tu as vu ce que ça peut faire trois minutes ? ». C’est comme ça que débute ma vrai carrière, en 1995 après mon retour de blessure.

BR : Vincent Masingue a qualifié les Cardiacs Kids de « frères ».

TZ : Oui, nous étions très très soudés, ce qui ne semble plus exister dans les jeunes générations actuelles. C’était une concurrence saine dans le respect et le travail, pas de triche. Mais j’étais solitaire, le travail en dehors du terrain je le faisais seul, sans en parler, j’étais programmé.

BR : Vous faisiez aussi de l’entrainement physique ?

TZ : Non, que du technique. Beaucoup de tirs, de dribbles, pour devenir automatique. Avec la prise d’information tout de suite derrière.

BR : En 1996 Levallois descend en Pro B, qu’est-ce que vous vous dites ?

TZ : Je finis ma première saison pro, aux alentours de 12 points de moyenne avec le bataillon de Joinville en plus. J’ai conscience que je suis incomplet. A un point où je me dis chaque lundi matin quand j’arrive à l’entrainement à Levallois, avec la boule au ventre, que je vais me faire virer, que le coach va me dire de prendre mes affaires et partir. J’avais la conviction de ne pas avoir le niveau. C’était invraisemblable qu’après huit mois de basket je me retrouve à jouer déjà à ce niveau.

J’ai conscience que je suis incomplet.

BR : Le syndrome de l’imposteur ?

TZ : Exactement. Et celui du gars honnête aussi. Au centre de formation on me disait régulièrement que j’étais bon, que je faisais de bons matchs mais ça ne collait pas avec le niveau de perfection que je voulais atteindre. Je me disais qu’ils me disaient ça pour que je me relâche, pour qu’ils prennent ma place et que je me fasse virer. Ce sentiment m’a toujours poursuivi, même en pro. Et, à force de m’entrainer avec eux et être de plus en plus à l’aise, je me suis dit qu’il fallait que j’arrête de m’entrainer pour ne pas être le plus nul, plutôt essayer d’être le meilleur. C’est à ce moment-là que tout a changé.

BR : Il n’y avait personne, à l’époque, Ron Stewart ou le préparateur mental, qui aurait pu identifier cette problématique et vous aurait permis de passer au-dessus plus vite ?

TZ : J’ai beaucoup relativisé la relation avec Ron Stewart. J’ai eu une seconde expérience avec lui en tant que coach, avec le PSG, qui s’est mal passée aussi. A Levallois, il n’a pas les diplômes contrairement à son adjoint Patrick Cham, un prête-nom je dirais, mais c’est un ancien joueur emblématique du club et un bosseur. Quand il arrive au coaching, le club est en danger, il doit essayer de remonter le club et deale donc avec certains joueurs confirmés et les américains, comme lui. Soit il obtient le respect au départ soit c’est très compliqué de l’obtenir par la suite. Me concernant c’est mon premier entraineur avec les pros, celui qui a vu en moi un potentiel, il m’a donc entrainé d’une certaine manière, donné une éthique de travail, il est très psychologue. Mais il était jeune, quand on est jeune on commet des erreurs et c’est tombé sur moi malheureusement. Avec le temps, j’ai relativisé, je ne l’ai pas pris méchamment. Il m’a fait un cadeau empoisonné, avec le recul, mais je m’en suis sorti, ça m’a lancé et donné confiance en moi. Le combat de toute ma carrière a été d’être accepté pour le joueur que je suis et non pour le joueur que j’aurais pu être.

Le combat de toute ma carrière a été d’être accepté pour le joueur que je suis et non pour le joueur que j’aurais pu être.

©AFP

BR : Vous arrivez au PSG, est-ce votre agent qui vous a proposé ce club ? Aviez-vous d’autres propositions ?

TZ : Levallois demande à être rétrogradé en Pro B pour des raisons financières et ils décident de lancer les Cardiacs Kids. De mon côté, je sors d’une saison en Pro A respectable, j’ai souhaité rester en Pro A. Étant de Levallois, je n’étais pas fan du PSG (ni de Nanterre d’ailleurs), je ne les trouvais pas très forts même s’ils sortent d’un titre de champion de France. Cholet était intéressé, j’avais une appréhension de quitter l’Ile-de-France, donc je signe trois ans (un plus deux si je veux partir après la première saison). A la fin de la première saison au PSG, je re-signe pour trois ans, il y a Maljkovic comme coach, l’Euroleague, l’Open MacDonald’s, plus d’exposition, bref, tout s’accélère. Ma carrière se lance et je me mets à y croire fortement.

BR : Ce changement de dimension a-t-il un impact sur votre manière de voir les choses, de vous entrainer ?

TZ : Disons que tous les entrainements en solitaire par le passé ont porté leurs fruits. Maljkovic, c’est un coach qui récompense les bosseurs, plus précisement les bosseurs qui jouent bien au basket. Il laisse beaucoup d’espace pour tenter des choses. Il parle aussi beaucoup la semaine qui suit les matchs pour expliquer pourquoi il nous a sorti, ce qu’il attendait de chaque joueur… Pour moi ça a été énorme. Si je suis amené à parler d’entraineurs que j’ai croisé dans ma carrière, j’en ai respecté deux et demi.

BR : Deux et demi ?

TZ : Ron Stewart malgré tout, surtout pour sa dimension humaine. Lors de mon premier voyage aux États-Unis, il m’a presque sauvé la vie. Bozidar Maljkovic qui fut le premier coach à me faire comprendre que par le travail on ne peut que avoir du positif à un moment où je n’y croyais plus. Il n’avait rien à faire de nos statuts et de nos salaires, il fallait être dans le concret. Il était très frontal, par exemple il traitait certains joueurs de voleurs par rapport à leur salaire, s’ils n’avaient pas honte de venir au gymnase, de jouer aussi mal et de prendre le salaire avec le sourire. Il jouait très bien avec notre mental, il avait le don de rentrer dans nos têtes et d’obtenir ce qu’il voulait. Sans me lancer de fleurs, il avait sûrement décelé toutes les qualités requises chez moi. Récemment, J’ai croisé Greg Beugnot, lorsqu’il coachait Paris-Levallois. Il me salue en me disant que ça lui fait plaisir de me voir. Et il me dit qu’à chaque fois qu’il discute avec un ami à lui il lui parle de moi, que la France a loupé un génie du Basket, Thierry Zig, mais je ne voyais pas qui. C’était Maljkovic. J’étais touché.

BR : Vous aviez quel type de relation avec lui ?

TZ : J’avais des contacts réguliers. Lorsque j’étais sans club, par exemple, il me donnais des coups de pouce, comme m’entrainer avec lui à Malaga. D’ailleurs, lorsqu’il m’a vu arriver, physiquement, il m’a dit « je le savais, ils ont fait n’importe quoi avec toi, tu as fait de la musculation pour être costaud, mais pourquoi ? Ton jeu ce n’est pas ça. Recommençons à travailler comme lorsque tu es arrivé à Paris, on va te restructurer et ça va aller ». C’était en 2001, juste avant d’intégrer le club de Gijón.

BR : Revenons à Ron Stewart, en quoi vous a-t-il sauvé la vie ? Vous étiez aux États-Unis pour des camps NBA ?

TZ : La première fois que je suis parti aux US je devais loger chez l’oncle d’un ami à New York mais ce dernier ne l’avait pas prévenu. Je ne parlais pas un très bon anglais, à l’aéroport personne pour m’accueillir, j’étais sous pression. Je prends un taxi pour me rendre chez l’oncle qui n’était pas chez lui, ce qui m’a couté la moitié des 200$ que j’avais pris pour le voyage, la tante s’approprie la monnaie profitant que j’étais perdu et jet-lagé . Je dors sur le canapé, l’oncle rentre le lendemain, ne sachant pas qui je suis j’ai dû partir le lendemain, j’ai dormi les deux nuits suivantes dehors à Central Park, là où le taux de criminalité est le plus élevé du pays. J’appelle Ron Stewart, il convainc mon avis de me donner 30$ pour que je prenne le train pour aller le retrouver à Deer Park, je suis resté chez lui pendant deux semaines. Sa mère s’occupait de moi. Au lieu de deux mois, je suis resté trois semaines, j’ai eu un rapatriement sanitaire prétextant un souci familial. Malgré tout ce qui a pu se passer avec Ron, je suis quelqu’un de valeur, je lui serai toujours reconnaissant.

BR : Cela ne colle pas avec son comportement en tant que coach.

TZ : Les mauvais rapports avec lui sont arrivés après cette expérience. C’est pour cela que j’ai d’autant moins compris ses réactions en tant que coach, mais sachant ce qu’il avait fait pour moi, j’ai relativisé. Il ne pouvait me faire du mal gratuitement, il sauvait sa peau et voilà tout. C’est arrivé aussi à Paris, il arrive pour ma dernière année. Tout mon entourage me dit que je vais faire une saison de feu car c’était mon coach quand j’étais espoir, que j’ai un des plus gros salaires et qu’il est obligé de me faire jouer. Finalement, les choix de coaching pendant la saison qui avait pourtant bien débuté, ont complètement déstabilisé le groupe, malgré mes avertissements au staff. Staff qui a fait pression pour me rétrograder petit à petit car j’avais un gros contrat et ils voulaient me re-signer pour trois ans, mais pour moins cher.

Je suis amené à défendre sur Tony Parker.

BR : Comment cela s’est-il fini ?

TZ : John Dearman, le GM, voulait casser mon contrat au plus vite, il m’a convoqué pour me dire que je ne valais pas ce que j’étais payé. Je lui répond qu’ »il a raison, je ne vaux pas ce que je suis payé, je vaux le triple et qu’il ne le sait pas« . J’ai mis fin à la discussion pour la reporter à la fin de la saison. Si je suis toujours intéressant, on renégociera, sinon je partirai. J’ai commencé la saison tellement fort, à presque vingt points de moyenne en Championnat et Coupe d’Europe, je pense qu’il a dit à Ron Stewart de me ralentir sinon ce ne serait pas gérable pour les renégociations. J’ai tenu jusqu’en décembre, on m’avait sorti du cinq majeur, je m’entrainais donc avec les remplaçants où on m’a fait jouer meneur plutôt que 2/3, ce qui fait que je suis amené à défendre sur Tony Parker. On commence à gagner les matchs à l’entrainement avec les remplaçants. Ça ne plait pas au coach. Il n’aimait pas non plus que je prenne des temps morts pour expliquer des systèmes à mes coéquipiers, intervertir le Un avec le Quatre, par exemple, pour tromper les titulaires lorsque j’annonce le système. Ron Stewart me crie dessus après qu’on ait gagné le match, me traite de « fouteur de merde ». je lui explique que son cinq majeur n’est peut-être pas composé des joueurs les plus forts, mais il y a un point positif c’est que ses remplaçants sont plus forts que ses titulaires et qu’il pourra les faire rentrer lors du championnat. Il a réalisé qu’on voyait les choses différemment, lui du manque de respect, moi de l’engouement, un groupe qui se renforce.

BR : Qu’en retenez-vous de positif ?

TZ : Ca restera une saison mémorable. Il y avait une ambiance avec Tony Parker, Jean-Marc Kraidy, Mamoutou Diarra, David Lesmond, Thierry Rupert, moi et tout le reste de l’équipe, tous à peu près du même âge, Stewart avec son style de jeu à l’américaine (presse tout terrain, jeu basé sur l’énergie), il y avait une ambiance folle.

BR : Que s’est-il passé après le mois de décembre ?

TZ : J’ai craqué, j’ai tout fait pour provoquer un clash pour être mis à pied. J’ai eu une discussion avec le GM et Ron, mais le GM parlait au nom de Ron alors qu’il était présent. J’ai demandé à Dearman, sans lui manquer de respect, pourquoi il me parlait alors que Ron est là et qu’on se connait depuis longtemps. J’ai dit à Ron, directement, qu’il était le pantin de Dearman, qu’il allait se faire couper et rentrer aux States alors que moi je trouverai un autre club, que je n’acceptais pas ce qu’il faisait au nom de notre amitié. Qu’il m’a déjà fait ça une fois à Levallois et qu’il recommence à Paris alors que je suis un cadre de l’équipe. Il m’a dit que j’ »étais fou et que je devais aller consulter« . J’ai eu raison. Une fois qu’il a été coupé, je l’ai croisé et il s’est excusé mais j’ai refusé de l’écouter. Cette particularité de ma personnalité m’est restée comme une étiquette tout au long de ma carrière. Je fais tout ce qu’on me demande pour aller dans le bon sens mais si on ne respecte pas ses engagements, ne dis pas la vérité, je ne comprends pas. C’est pour cela que je suis passé pour quelqu’un d’ingérable, il fallait que j’accepte la hiérarchie en place. Les coachs français n’acceptent pas cette franchise. Ce n’est que mon avis et il n’engage que moi, je suis peut-être un cas exceptionnel. C’est pour cela que je ne veux pas parler de l’organisation du basket français.

BR : Vous êtes qualifié de grande gueule dans le milieu du basket français.

TZ : Pour quelqu’un qui fonctionne comme moi, il faut lui dire la vérité. Sinon, on grandit quand, on avance quand ? Le manque de franchise peut amener à des comportements beaucoup plus graves que le simple fait d’ouvrir sa « grande gueule ».

BR : Pour finir sur le PSG, sur une note un peu plus fun…

TZ : Jordan?

BR : Oui. Avez-vous quelques anecdotes à nous confier, comme Arsène Ade-Mensah le bandeau de poignet arraché à Jordan ?

TZ : Vous a-t-il dit qu’il s’est battu avec Richard Dacoury pour le garder ? S’ils se sont physiquement battus ? C’est vrai qu’il y a des évènements qui se racontent et d’autres non. J’ai été choqué par le comportement de Richard Dacoury. Il a dit à Arsène qu’il devait lui donner, ce qu’il n’a pas voulu. En tant que « charieur » Richard a contrarié Arsène qui est sorti de ses gonds et ils en sont venus aux mains, pas longtemps, mais c’est arrivé. Je ne comprenais pas qu’un joueur de presque 40 ans en arrive là, fasse jouer son statut pour récupérer un morceau d’éponge.

J’ai fait un des plus beaux dunks du tournoi (Mac Donald’s).

BR : Et une anecdote vous concernant directement ?

TZ : J’ai fait un des plus beaux dunks du tournoi le lendemain contre l’équipe argentine de Atenas de Córdoba. Ron Harper est venu me voir pour me complimenter sur mon dunk, m’encourager. D’ailleurs, Ron Harper était venu me voir après le match contre les Chicago Bulls, il m’a demandé mon âge et m’a encourager à continuer de travailler et qu’un jour, on jouerait l’un contre l’autre en NBA. C’était un rêve dont je ne parlais à personne, pour le protéger au maximum. C’est ma plus belle anecdote. J’en ai une seconde, le matin lors du shoot around avant le match contre Chicago et le lendemain du match contre Barcelone où j’avais été le facteur X avec un gros match que nous avions gagné. Bill Walton vient me parler, me complimente, et me dit qu’il va m’envoyer une invitation pour le pré-Draft camp qui se déroulera à Chicago. Je suis éberlué quand il me dit qu’il faut que je me présente à la Draft, dans ma tête je me dis que tout se met en place. Seulement, la saison suivante en NBA débute avec un lock-out, je voulais m’inscrire en fonction de mes résultats au pré-Draft Camp mais si je ne m’inscrivais pas à la Draft, je ne pouvais pas participer, c’était mon avant-dernière année pour m’inscrire compte-tenu des règles je ne me suis pas inscrit et finalement tout ça n’a rien donné.

BR : Ce fut votre seule expérience avec la NBA ?

TZ : J’ai fait un try out aux Dallas Mavericks quand Bouna N’diaye se lançait comme agent de joueurs NBA. Il avait plus ou moins promis Moustapha Sonko mais voulait m’imposer dans le package. Au final, je suis arrivé seul à l’essai, les Mavericks n’en avaient rien à faire de moi et m’ont traité en fonction, cela a duré 24 heures. Puis une seconde fois par l’intermédiaire de Tony Parker avec les Spurs de San Antonio. On avait noué une bonne relation avec Tony lors de notre passage à Paris. Je suis allé lui rendre visite lorsque j’étais sans club et je suis arrivé avec lui à un entrainement. Comme ils arrivent longtemps à l’avance, je lui demande de faire quelques shoots. J’étais observé sans le savoir et le staff va demander à Tony qui je suis et s’ils peuvent me tester. Je fais un déplacement avec eux à Atlanta et ils me testent le lendemain. Ça fonctionne bien et ils me disent qu’ils vont me trouver un club en CBA, la ligue mineure avant la D-League, sachant que je suis sans club. Si je trouve un club en attendant je dois leur dire, ce que je fais avec le contrat que me propose Dijon, et me demandent de revenir au mois de juin. Je me prépare pendant quelques semaines avec les entraineurs particuliers de Tony Parker, je fais les entrainements pour intégrer la Summer League, j’y arrive, tout se déroule super bien mais je n’obtiens qu’une carte pour jouer dans le Championnat italien.

©MaxiBasket

BR : Mais rien du tout en NBA ?

TZ : Non. Il faut savoir que j’avais déjà 28 ans.

BR : Oui, mais Antoine Rigaudeau y est allé passé 30 ans.

TZ : Ce n’est pas comparable. Rigaudeau y va en fin de carrière après avoir martyrisé l’Europe. Thierry Zig n’a martyrisé personne. Aucune comparaison possible avec son palmarès personnel et en club, son parcours en équipe de France. Je n’ai fait que deux entrainements avec les A. C’est tout. Je ne suis qu’un mec de 28 ans qui rêve aux yeux de la NBA.

BR : Vous poursuivez votre carrière en Europe. Dans des grands championnats comme d’autres plus « confidentiels » comme en République Tchèque.

TZ : Je n’ai fait que deux matchs dans ce pays puis je suis parti. Ça ne me convenait pas. J’ai fait Chypre quelques semaines, ce qui m’a permis d’obtenir un contrat dans le championnat bulgare. J’y ai joué pour un club tenu par des mafieux. Super cadre, on me met à l’aise même si l’environnement n’étais pas très professionnel, mais aucune perspective. Puis, je repars en Italie. Je sers de sparring partner à Caserte, ce qui me permet de faire une pige en Lega Due à Montecatini qui se passe super bien. Et je décide d’arrêter une première fois le basket, je n’y arrivais plus.

Je décide d’arrêter une première fois le basket, je n’y arrivais plus..

BR : Quelle était votre motivation pour sillonner les différents championnats européens ?

TZ : C’était mon métier, il fallait gagner ma vie. Il faut aussi préciser que j’avais un redressement fiscal en cours. Je devais payer.

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BR : Qu’avez-vous retiré de ses expériences, particulièrement au niveau humain ?

TZ : En Espagne, sur un plan basket j’ai rencontré le top de ce que j’ai connu en terme de professionnalisme. Sur le plan humain, c’est en Italie et particulièrement à Reggio Calabria où je me suis fait des amis pour la première fois en dehors du basket, dont un particulièrement. Étant un ermite, je sors peu, mais c’est encore un de mes meilleurs amis. C’est par son intermédiaire que j’ai pu connaître le mode de vie italien, leurs qualités et leurs défauts. Clairement, la récompense numéro une de ces expériences à l’étranger est l’apprentissage des langues, ce que j’ai fait systématiquement.

BR : Même le bulgare ?

TZ : Je sais le lire, même si je ne comprends rien à ce que je lis. J’ai appris l’alphabet cyrillique en phonétique. Une soirée par internet. Les autres gars me trouvaient bizarre de lire les affiches et d’avoir appris la langue, c’était un jeu. Mais surtout ce qui est ressorti, selon moi, de toutes ces expériences hors de nos frontières, c’est le respect qu’on m’a porté. J’étais surpris de la réaction positive des gens qui ne comprenaient pas que je n’étais pas en Équipe de France. Je leur répondais que je n’avais pas le niveau, ce qui était n’importe quoi selon eux, il n’ y avait pas de profil comme le mien. Ce respect je ne l’ai jamais eu en France. Walter Di Rafaele, un de mes anciens coaches en Italie, à Livourne, ne m’a pas donné ce respect tout de suite. Il a fallu passer par un accrochage. Il ne me dit pas ce qu’il attend de moi, je revenais de la Summer League, donc je me suis dit que c’était ce joueur qu’il voulait voir. Je fais mon premier match, on gagne, j’inscris 18 points mais pour lui je l’ai joué personnel, que pour mon premier match je n’aurais pas dû shooter.

BR : Vous étiez là pour jouer au basket, on peut vous comprendre.

TZ : Oui, mais il voulait que je me familiarise avec mes coéquipiers. Il ne savais même pas combien de shoot j’avais loupé lors de ce match (un seul), il aurait pu me dire que j’avais trop usé du tir si je ratais, mais ce n’était pas le cas. Je tenais mes statistiques quand j’étais sur le terrain, c’est votre passeport en tant que joueur surtout quand on joue pour une équipe du ventre mou.

BR : Vous étiez considéré comme un scoreur ?

TZ : Non, mais j’ai toujours eu la capacité à scorer vite, en peu de temps, mais je n’ai jamais eu l’opportunité d’avoir une moyenne élevée du fait de mes temps de jeu irréguliers. Et je ne faisais que des prises de tirs à risque, beaucoup étaient des tirs à la fin des vingt-quatre secondes, des buzzers beaters, je n’ai jamais rechigné à prendre ces tirs même s’ils sont rarement bons pour les statistiques.

BR : Il en est resté là ?

TZ : Le match suivant, je « trashtalke » avec Jamel Thomas de l’équipe adverse, on la joue un peu playground avec des dribbles entre les jambes etc… et on gagne. Di Rafaele revient me voir et me dit qu’en fait, je suis complètement fou, que je « trashtalke » avec un joueur arrivé second au vote du meilleur joueur du championnat alors que « je sors de nulle part ». C’est d’ailleurs Thomas qui a allumé la mèche. Je ne le connaissais pas, lui ne me connaissait pas non plus mais après ce match il a su qui j’étais. Ce à quoi di Rafaele m’a retraité de fou. Je sors du vestiaire et je tombe sur Jamel Thomas, il m’attrape, me fait une accolade, me félicite et me dit qu’il a hâte qu’on rejoue l’un contre l’autre. Et là je regarde le coach et je lui dis « tu vois, il me connait maintenant ».

Di Rafaele revient me voir et me dit qu’en fait, je suis complètement fou.

BR : Comment se déroule le reste de votre saison ?

TZ : Un peu le même schéma qu’au PBR. Je suis derrière Drew Nicholas, meilleur marqueur du championnat, que je tord régulièrement à l’entrainement mais je ne joue pas. Je continue à me donner à fond. Arrive le derby de la Toscane, contre Sienne, match télévisé, je me conditionne toute la semaine pour arrêter David Vanterpool, je joue fin de deuxième quart temps, je n’attaque même pas. On gagne le match, pour une des rares fois dans ma carrière, je fais semblant d’être content et le lendemain je suis au gymnase toute l’après-midi à mettre des gros dunks pour passer ma colère. Le General Manager vient me voir et s’inquiète de ce qu’il se passe, je lui réponds que j’ai trop d’énergie, je ne peux pas jouer quelques minutes et m’en satisfaire, j’ai besoin de me défouler. Et je lui demande si le coach vient à la salle aujourd’hui, je voudrais lui parler, il ne sait pas et l’appelle. Il vient et on a discuté, j’ai été très arrogant en lui expliquant que je ne l’ai pas fait venir pour échanger mais pour qu’il m’écoute.

BR Que lui avez-vous dit ?

TZ : « Tu vois la manière dont tu m’utilises, c’est de cette manière que l’on m’a utilisé en France pour que j’existe, mais j’avais 19 ans, aujourd’hui j’en ai 29, on ne peut pas continuer comme cela. Tu n’es pas la personne qui m’a fait aimer le basket professionnel, j’ai signé en mon âme et conscience, en revanche, si tu dois ne me faire jouer que 5mn par match, donne ça au petit de 17 ans. » Il me répond que je suis un jouer important pour l’équipe. Je l’arrête, je lui réponds que je ne suis pas là pour discuter avec lui et qu’il me prend pour un « con », je ne connais aucun joueur important dans une équipe et qui ne joue que cinq minutes. Effectivement, on en a un dans l’équipe mais il a 40 ans et à chaque fois qu’il rentre sur le terrain il nous fait du mal, il n’a plus le niveau, et encore, il joue plus de cinq minutes. J’ai compris qu’il ne voulait qu’un sparring partner, donc je lui ai dit que j’allais jouer le jeu, je suis un professionnel. A partir de là, il me donne entre 15 et 20 minutes par match et on enchaîne 11 victoires de suite, une remontée au classement et je tourne à 14 points par match, très solide. On loupe de peu les play-offs, la saison se finit et il m’invite chez lui à dîner.

BR : Vous y êtes allé ?

TZ : Oui, là nous avons eu une discussion. Il m’a remercié, m’a dit que je l’avais fait grandir en tant qu’homme. Cette discussion à l’issue du match contre Sienne, il n’a pas su comment me prendre au début (c’était la première fois que ça lui arrivait), m’a trouvé très insolent mais, finalement, il a vu quel homme je suis. Quelqu’un de transparent qui mérite d’être respecté car il me définit comme un grand homme. L’année suivante il part entraîner Reggio Calabria et doit reconstituer une équipe entière. Je suis sa première signature, sans même avoir choisi les américains et fait presque toute l’équipe en fonction de moi. C’est un preuve de reconnaissance énorme.

BR : Comment se déroule votre saison ?

TZ : Au début, bien, puis j’ai passé une saison très difficile sur le plan basket, il se fait couper, mais très meilleure sur le plan humain., c’est là que je rencontre mon ami Pascuale. Et je découvre le tempérament des italiens, qui n’est pas simple surtout dans le sud, beaucoup de racisme, mais j’ai très bien vécu le truc.

BR : Faisons un retour en arrière sur votre retour dans le championnat français. Ce retour, vous l’avez voulu ?

TZ : Je sors du championnat espagnol, d’une pige avec Grenade, où j’avais beaucoup travaillé, je voulais être prolongé mais ça ne s’est pas fait. Je retourne en France pour continuer à m’entrainer, avec Paris qui était coaché par Jacques Monclar, et très rapidement il voit mon état de forme. Il me dit que je pourrais rendre service au club, Bill Phillips venait de se blesser et me propose une pige. Pas intéressante sur le plan financier, ils n’avaient pas la capacité de me payer ce que j’étais payé à ce moment-là mais j’accepte pour l’exposition. Je fais 5 matchs et je pars à Tarragone.

BR : Vous revenez à Paris la saison suivante, 2003/2004 ?

TZ : Oui, pour une pige mais au lieu de me faire signer en pigiste médical, je signe un contrat standard, ce qui m’empêche de signer avec Le Mans en cours de saison car considéré comme « brûlé ». Je mets le syndicat des joueurs sur le coup et je ne peux pas jouer de l’année en théorie. Au moment où ça se débloque, j’ai l’opportunité de signer avec Dijon mais je n’ai pas pu jouer pendant une demi-saison. C’est un des premiers déclencheurs qui m’a stoppé l’envie de m’entrainer. J’en avais ras-le-bol de ces situations, l’impression que ça tombe toujours sur moi.

©Pascal Allas

BR : Vous avez réalisé de belles choses avec Dijon.

TZ : Oui, la saison précédente je participe à la Semaine des As avec Paris et la suivante je la gagne avec Dijon.

BR : Qui était en Finale contre Dijon ?

TZ : C’était Nancy. J’avais une petite dette personnelle avec Sylvain Lautié, le coach. C’était mon coach de centre de formation et il m’avait fait promettre de ne m’engager avec personne car il voulait me signer. Mais il ne m’a jamais appelé, j’ai laissé passer des opportunités par confiance envers lui, mais rien, il s’était ravisé. Sur un plan humain, je ne lui ai pas souvent trouvé d’équivalent mais j’ai trouvé beaucoup de critiques sur la personne que je suis où que j’ai pu être, et très facilement. Quand je suis parti jouer à l’étranger, je me disais que j’étais traité comme un étranger dans mon propre pays, donc autant aller à l’étranger, j’accepterai plus facilement les coups de crasse ailleurs.

BR : Ca vous a fait grandir humainement ?

TZ : Oui, j’y ai gagné car quelqu’un qui au bout d’un mois et demi parle la langue locale, les gens en face apprécient l’implication, et cela sans professeur, j’apprenais seul. J’ai encore tous les guides pour apprendre les différentes langues des pays où j’ai pu jouer.

Je prends ma retraite de joueur. Pour moi le basket c’est fini.

BR : Que se passe-t-il après Montecatini ?

TZ : Je prends ma retraite de joueur. Pour moi le basket c’est fini, je n’aimais plus ma manière de jouer, ma manière de penser et, surtout j’ai payé ma dette auprès du fisc. Pour moi, ce moment a été un déclencheur pour comprendre que je vivais avec un stress permanent. Même si j’étais habitué à vivre avec, j’ai eu une espèce de relâchement qui m’a fait dire que je devais arrêter. Finalement, je ne jouais plus pour le basket mais pour payer ma dette. C’est pour cela que j’acceptais tous ces contrats « pourris » à droite et à gauche, pour ramener des sous.

BR : Vous arrêtez du jour au lendemain, en quelque sorte ?

TZ : Oui, je pars chercher mes affaires au garde meuble et je tombe sur une cassette, disponible sur Youtube, qui s’appelle « Il était une fois Thierry Zig ». C’est un montage que j’ai réalisé moi-même. L’objectif de cette vidéo était de me vendre en tant que joueur, je n’avais plus d’agent. Je regarde les actions et des larmes coulent, je me mets à pleurer, je suis dépité et je me dis que je me suis fait avoir à l’usure. Je vois un joueur insouciant, qui se donne à fond qui prend plaisir à jouer, qui est juste là pour jouer et gagner des matchs. Ça m’a fait mal de voir que j’étais devenu l’opposé du gars sur la vidéo. Je me dis que je ne rejouerai pas au basket mais que je vais aller m’entrainer pour redevenir celui que je voyais sur la vidéo.

BR : Avez-vous eu peur que cette personne n’existe plus ?

TZ : Elle était endormie, il fallait que je la révèle. Je me suis mis à travailler comme si je recommençais le basket. Je me suis mis à créer mes propres exercices, ce qui m’a amené, à force de me « mettre la misère » à me poser la question de pourquoi je faisais ça. Une petite voix intérieure me disait « continue, ne réfléchis pas, tu verras où ça t’amène ». Là où j’en suis aujourd’hui, Skills Trainer.

Je me suis mis à travailler comme si je recommençais le basket.

BR : Pouvez-vous nous expliquer quel est ce rôle ?

TZ : J’entraine des sportifs sur la base d’exercices que j’ai inventé. Je les ai testés sur moi-même, je sais donc exactement ce qu’ils produisent, ce que ça peut générer dans sa tête, quelles sont les conséquences sur le terrain pour un basketteur. Je me considère comme expert, pas par prétention mais parce que je suis mon propre cobaye. Mais je ne m’arrête pas qu’aux basketteurs.

BR : C’est à ce moment que vous lancez votre reconversion, en quelque sorte.

TZ : Je l’avais déjà entamée, avec le recul, un an et demi auparavant. Je me suis entrainé comme un forcené, je retrouve de l’envie, du bonheur à jouer. Et, finalement je me suis dit que j’aimerais me re-froter au milieu professionnel. Et je reviens à Boulazac où je m’éclate.

BR : Comment arrivez-vous à Boulazac ? Vous arrivez au moment où le club souhaite se développer avec, par exemple, une nouvelle salle.

TZ : Je n’ai pas pensé à tout ça. Boulazac me propose de venir trois semaines à l’essai. Je réponds à Philippe Ruivet que s’il veut me voir à l’essai, trois jours suffiront. Il me répond que pour lui, après un an et demi sans jouer, il faut plus de temps pour se rendre compte. J’arrive et, à la fin du premier entrainement, ils me signent. J’avais peur d’être à la ramasse physiquement mais, avec tous mes entrainements, je les ai submergé très vite. Ils se sont dit que je pouvais encore jouer en Pro A, je que j’étais increvable et encore très adroit et intense

J’arrive et, à la fin du premier entrainement, ils me signent.

BR : Puis vous enchaînez à Tremblay-en-France.

TZ : Oui, en Nationale 2, c’était un club près de chez moi (NDLR : Villepinte). Le principe était qu’ils financent ma formation d’entraineur afin d’obtenir le BE et le BPJEPS et moi je jouais en contrepartie pour le club deux saisons.

BR : Vous êtes aussi intervenu auprès des U13 de Seine-Saint-Denis?

TZ : J’effectuais avec eux un travail physique, Skill trainer. Il faut savoir que tous ces jeunes que j’ai entrainé sont aujourd’hui aux États-Unis, en équipe de France… Neuf de ces joueurs font partie des meilleurs de leur génération. Je suis toujours en relation avec eux pour continuer les entrainements physiques que je mets en place.

BR : Quels types d’échanges avez-vous avec eux, par rapport à votre vécu ?

TZ : Les échanges que nous avons aujourd’hui, ce sont des sujets dont je ne parle jamais. Dans ma manière d’entrainer, je ne puise dans les souvenirs de ma carrière que pour des points positifs, toutes les petites choses négatives, je ne suis pas sûr que tous puissent être capables de les vivre. Hormis à Reggio di Calabria, j’ai toujours été seul dans ma carrière. Peu de gens peuvent ressortir intact de ce genre de mode de vie. J’estime, aujourd’hui, étant mon « propre produit » quand je vois les choses sur lesquels certains s’attardent, je sais que je peux avoir très rapidement un discours impactant. Mais seulement après un entrainement. On pratique son sport comme on pratique sa vie, les deux doivent être alignés. Sinon, cela veut dire que soit dans son sport, soit dans sa vie, on se ment. Ça ne peut pas fonctionner.

BR : Vous êtes aussi investi dans le milieu associatif.

TZ : Par mon association R.E.A.C.H. (Réalise l’Expérience de l’Accomplissement en Changeant ton Histoire). J’ai créé cette association avec Willy Gallas, ancien basketteur depuis 2014. Le but à atteindre ses objectifs par le biais d’entrainements de basket. Willy est aussi Skill Trainer.

BR : Votre après carrière est très remplie. Comment jugeriez-vous votre carrière, avec le recul ?

TZ : Je dirais que « c’est de la merde ». Quand j’entends dire que j’ai eu une super carrière, intérieurement je me dis que c’est un avis extérieur mais si cette personne est dans ma tête et mon corps, que ma carrière n’a rien à voir avec ce que j’aurais pu faire. J’en ai pleinement conscience mais je n’ai pas de regret. Si c’est comme ça c’est une conséquence d’événements, de comportements ou de paroles que je n’aurais pas dû avoir. Mais je persiste et signe, si je devais recommencer ma carrière, je ferais tout pareil. Sauf, éventuellement, j’essaierais de mettre mes paniers, d’être plus adroit.

Je n’ai pas de regret.

BR : Qu’avez-vous appris de vos différentes expériences à l’étranger, par rapport à notre vie en France ?

TZ : Il y a plus d’humanité hors de France, en tout cas hors de la capitale car je suis originaire de la région parisienne, je ne veux pas généraliser. Les gens sont très sur la défensive en France.

BR : Passons à quelques questions plus légères. Avez-vous fait partie d’une « équipe » un peu fantasque, comme ceux sautent le plus haut, ou les plus beaux gosses du championnat ?

TZ : Non, j’aurais pu faire partie des plus fous ou des plus « spéciaux ».

BR : Vous auriez joué la place de MVP avec Jean-Marc Kraidy ?

TZ : Je l’ai logé quand je jouais à Livourne. Il était sans club et on a cohabité trois mois. C’est quelqu’un d’adorable, qui a un naturel « à part ». Je pensais qu’il se forçait, qu’il jouait un rôle, mais non, il est vraiment singulier.

BR : Quels joueurs vous ont le plus marqués, impressionnés ?

TZ : C’est mon mentor, Moustapha Sonko. Je le connaissais déjà un peu quand je jouais sur les playgrounds puis je l’ai côtoyé à Levallois. Il me semblait inaccessible et je suis devenu son roommate. Il m’a impressionné, par sa manière de pratiquer le basket, il m’a toujours scotché, surpris. Sa performance, sa combativité, ses réactions. Il a, par exemple, pleuré lors d’une défaite en finale de Coupe de France contre Villeurbanne, à Marseille. Le pire est que dans la vidéo, on nous voit Sacha Giffa et moi en train de rire, comme deux nuls, à se moquer de lui. Avec le recul, je comprends ses larmes, alors qu’à l’époque je n’avais pas saisi tout ce qu’il avait fait pour en être là. C’est lui aussi qui m’a accueilli quand je suis allé m’entrainer à Malaga, pour Maljkovic. Nous sommes de très très grands amis aujourd’hui. Il y a d’autres joueurs, même NBA. Je n’ai jamais été un fan de qui que ce soit mais j’ai de l’admiration pour ceux qui excellent dans leur art. Je n’ai jamais donc eu de joueur préféré.

BR : Vous pensez qu’il est né trop tôt, par rapport à une possible carrière NBA ?

TZ : Personne n’avait encore ouvert la porte côté français.  A l’époque, la NBA ne prenait que des produits finis, ce n’était pas une ligue de formation comme aujourd’hui. Il fallait un impact immédiat sur le jeu, sinon il fallait repartir.

BR : Pour en revenir à vous et avant de conclure, pouvez-vous nous parler du Quai 54 ? Vous aviez monté une équipe de « mutants » avec uniquement des joueurs de Pro A ?

TZ : L’objectif était de battre les américains. On a monté cette équipe car on se connaissait jeune, on se retrouvait jeunes à la Halle Carpentier le soir, ça jouait déjà fort. Et créer cette équipe pour le Quai 54 c’était pour jouer entre potes, qui sont devenus pros dans leurs équipes respectives, entre potes qui voulaient en découdre avec les américains qui se prennent pour les meilleurs au monde. On a gagné deux fois.

L’objectif était de battre les américains.

BR : Pourquoi le nom de l’équipe était Fusion ?

TZ : C’était le mélange de deux équipes, ZikFi dans laquelle je jouais et ProLex, l’équipe de Cergy.

BR : Pour finir, Notre coutume est de laisser la parole à notre invité. C’est à vous :

TZ : Je voudrais adresser un message aux jeunes : « il ne faut pas se fier à ce qu’on dit de toi mais à ce qu’il y a à l’intérieur de toi ». Comprenne qui pourra. Il ne faut pas se mentir, si on est capable de comprendre ses qualités et ses défauts, on s’engage en notre âme et conscience dans une direction. Comme je dis à ma fille, si je demande un service à quelqu’un, il a deux choix, soit accepter, soit refuser. S’il accepte, et qu’on ne lui demande pas pourquoi il accepte, le jour où il refusera il ne faut pas demander le pourquoi du refus. Sinon, c’est une manière de se placer « au-dessus » de cette personne. On ne sait pas ce qu’il se passe dans sa vie à un instant « T ». Cette ouverture d’esprit manque au monde d’aujourd’hui, cette compassion, ce respect.

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