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[Portrait] Michael Redd, le cerf coupé dans son élan

Portrait

Illustration Une : Adrien PMMP pour Basket Rétro

Fauché en plein dans son prime, Michael Redd est trop souvent oublié quand on évoque les scoreurs des années 2000. Boudé lors de sa draft, il gravit les échelons un à un pour devenir All Star et All-NBA. Franchise player d’une équipe faiblarde, Redd réussit à hisser à plusieurs reprises Milwaukee en playoffs. Un pyromane capable de dépasser les 50 points les soirs de main chaude. Retour sur une carrière qui aurait pu prendre une autre tournure sans ses blessures.

AU NOM DU PERE

Dans la famille Redd, la foi et le basket sont liés. James W. Redd, le paternel, rêvait de devenir professionnel. Avec les honneurs de la Prep Hoops All Americans, la NCAA lui tendait les bras. Des coachs renommés comme Bobby Knight d’Indiana, Digger Phelps de Notre Dame ou Dick Vitale de Detroit lui ont envoyé des invitations. James a gardé les lettres mais ne les a jamais honorées. Sa mère tombée gravement malade, il a préféré veiller sur elle et s’inscrire à la fac locale de Columbus dans l’Ohio. Pas le bon timing pour James. Il se tourne alors vers son autre vocation, la religion, pour monter sa propre église apostolique. D’abord dans un centre commercial puis dans le sous-sol d’une autre église de la région. Employé dans une usine Pepsi Cola la semaine, il s’occupe de sa congrégation le week-end en compagnie de sa femme Haji qui enseigne les études bibliques. Ses rêves de basketteur, c’est son fils, Michael Redd qui en hérite. A 3 ans, il affronte son père dans des concours de shoots avec des paires de chaussettes envoyées dans une poubelle.

Je le laissais toujours arriver à 9 partout, se souvient James, puis j’étais absolument certain de rentrer la 10ème pour gagner. Est-ce qu’il se fâchait ? Oui ! Il courait dans le couloir en frappant les objets. Il m’appelait tricheur. Je faisais cela pour tester son esprit de compétition et cela m’a fait savoir qu’il en avait bel et bien un.

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©The Columbus Dispatch

Biberonné aux sermons chrétiens, Michael jongle entre la balle orange et les prêches de son père jusqu’à son adolescence. Pour les besoins de la chorale de l’église, par exemple, il apprend à jouer de la batterie en tapant sur une pile de bouquins avec deux crayons. Le week-end, il se transforme en baby-sitter pour les enfants d’une fidèle de la paroisse. Humble et bienveillant, Michael n’oublie pas, cependant, son objectif sportif. Sa première victoire en un contre un face à son père le marque profondément. Il a alors 14 ans et comprend qu’il peut maintenant voler de ses propres ailes. En 1993, au moment de s’engager avec la West Columbus High School, il fait le vœu solennel d’offrir une église digne de ce nom à son père s’il parvient à devenir professionnel. Gaucher au style peu orthodoxe, il apprend très tôt à se créer son propre tir. A force de jouer contre James, Redd a un sens inné pour utiliser son corps contre les défenseurs. Rapide et puissant, il compense son manque d’adresse dans le périmètre par sa capacité à se rapprocher du cercle pour scorer facilement. Avec 25 points de moyenne dans sa dernière saison avec les Cowboys, les universités NCAA sont intéressées par son CV. Mike Krzyzewski le veut à Duke, tandis que Minnesota, Cincinnati et Iowa font de gros efforts pour l’enrôler.

Malgré tous ces appels du pied prestigieux, Michael Redd accepte la bourse d’état de l’Ohio, histoire de rester proche de sa famille. Le programme des Buckeyes ne fait pas rêver. En plus d’un nouveau coach, Jim O’Brien, la fac sort de quatre saisons avec un bilan négatif. Ohio State n’a plus atteint le tournoi NCAA depuis le début des années 90, emmené par le futur NBAer Jim Jackson. Un challenge qui plait à Michael, bien décidé à redresser le programme des Buckeyes au sein de la Big Ten Conference. Devant la faiblesse affligeante du roster, Redd devient immédiatement le go-to-guy. Ses qualités de slashers lui permettent d’enchaîner les cartons. Il boucle sa première saison à 21.9 points, loin devant le second scoreur de l’équipe, Jason Singleton avec 10.7 points. Une prouesse qui fait de lui le premier freshman meilleur scoreur de la conférence. En toute logique, il décroche le Trophée de Big Ten Freshman of the Year. Sur le plan collectif, par contre, c’est un désastre. Les Buckeyes présentent une fiche de 8 victoires pour 22 défaites et enchaînent même 15 revers consécutifs. Le pire bilan depuis 1928-29 ! Meilleur scoreur, rebondeur, intercepteur et second passeur d’Ohio State, Michael Redd est attendu comme le messie la saison suivante. L’objectif du coach Jim O’Brien, arriver à un bilan à l’équilibre pour inaugurer comme il se doit la nouvelle enceinte de la fac, le Schottenstein Center et ses 19.200 places. Les fans n’allaient pas être déçus.

Transfuge de Boston College, le meneur Scoonie Penn renforce la ligne arrière avec 16.9 points et 4.3 assists. Le duo qu’il forme avec Redd est l’un des meilleurs backcourts NCAA. De nouveau sur les bons rails, les Buckeyes inversent leur bilan en passant à 27 victoires pour 9 défaites, synonyme de deuxième place de la conférence. Outsider lors du tournoi NCAA, la fac est portée par un Michael Redd chaud bouillant : 27 points contre Murray State puis 22 unités contre Auburn. Aux portes du Final Four, c’est le Red Storm de St John’s qui attend Ohio State. Face à l’intimidant Ron Artest, le tandem Redd-Penn sort le grand jeu avec 42 points pour une victoire étriquée 77-74. La demi-finale contre Connecticut a des allures historiques pour le coach Jim O’Brien qui reste sur une série de 18 défaites consécutives face aux Huskies. La fin de cette malédiction ne sera pas pour cette saison. Michael Redd (15 points à 7/18) perd son duel face à Rip Hamilton (24 points à 10/17). Qu’importe, l’arrière de Columbus a réussi son pari : remettre la fac sur la carte NCAA. Sa saison senior est du même tonneau. Premier initiateur offensif, Redd dispose de systèmes spécialement conçus pour lui. Soit il slalome à travers les écrans pour un shoot ouvert, soit l’équipe lui laisse tout le côté gauche pour jouer en isolation. Et dans ce cas, impossible de l’arrêter sans demander une aide. Tout naturellement, il est nommé dans la First Team All-Big Ten. Avec un bilan de 23-7, les Buckeyes repartent en croisade lors de la March Madness, mais sont stoppés dès le second tour par Miami. Redd passe au travers (13 points à 4/10) et comme souvent dans ces cas-là, Ohio State ne gagne pas.

©Buckeyes Wire

BOUDÉ PUIS BENCHÉ

Michael avait peut-être la tête ailleurs sur les dernières semaines de compétition. Depuis deux mois, les scouts étudient son dossier et un consensus se dégage : le scoreur de Columbus sera choisi au premier tour, probablement dans le Top 20. Ses points forts : sa taille relativement grande pour un arrière, sa vitesse et son maniement de balle sur les drives. Seul son shoot défaillant longue distance pose question. Avec 31,9% derrière l’arc, Redd est tout sauf un sniper. Conscient qu’il devra bosser son tir, il se déclare éligible à la draft, rempli de certitudes. Le 28 juin 2000, Michael se pointe au Target Center de Minneapolis pour ce qui sera la dernière draft organisée dans une salle NBA, les suivantes se déroulant au Hulu Theater du Madison Square Garden. Dans une cuvée considérée comme l’une des pires de l’Histoire, Redd voit rouge : à la fin du premier tour, David Stern n’a toujours pas appelé son nom. Il doit patienter jusqu’à la 43ème place pour connaître sa destination. Complètement abattu par la bouderie de certaines franchises, il fait sa valise pour Milwaukee. Avec son second pick, la franchise du Wisconsin voulait l’arrière Lavor Postell, sélectionné juste avant par les Knicks. C’est dire si Michael Redd est un choix par défaut. Le pompon revenant aux Bulls qui sont passés six fois sur son nom sans le retenir. Pourtant avec Marcus Fizer (4ème choix), Chris Mihm (7ème), Dalibor Bagaric (24ème), AJ Guyton (32ème), Jake Voskuhl (33ème) et Khalid El-Amin (34ème), Chicago enchaîne des bilans sévèrement négatifs les saisons suivantes : 21-61, 30-52 et 23-59. Heureusement, cela ne sera pas le cas de Michael Redd.

A la fin des nineties, les Bucks sont une équipe solide et ambitieuse. Ray Allen, Glenn Robinson et Sam Cassell forment un Big Three du pauvre, éliminé à deux reprises au premier tour des playoffs par les Pacers. Mais, la montée en régime de Ray-Ray laisse entrevoir des jours meilleurs. Dans ce contexte, difficile de faire sa place, surtout pour un rookie du second tour. Michael Redd rumine en bout de banc chez les cerfs avec 16 petites minutes de temps de jeu sur le premier mois de compétition. Puis, une blessure au genou le contraint à passer quatre mois à l’infirmerie. A son retour, l’équipe n’a visiblement pas besoin de lui. Milwaukee roule sur la Central Division avec 52 victoires, synonyme de deuxième place à l’Est. Simple spectateur pendant la campagne de playoffs, Michael ronge son frein en assistant aux cartons de Ray Allen & Co. Un parcours époustouflant qui se termine au match 7 des finales de conférence face aux Sixers d’Allen Iverson. Le bizutage est rude pour le rookie qui se contente de 6 matches pour 2.2 points et 26,3% aux tirs. Son coach George Karl se montre impitoyable avec lui :

Je lui ai dit que les arrières en NBA doivent être à 100% physiquement et doivent être capables de planter des tirs à 3 points et que je l’ignorerais tant qu’il n’aura pas rempli ces deux conditions.

Face à son avenir menacé en NBA, Michael Redd n’a pas d’autres choix que bosser comme un damné pendant tout l’été. Dans le gymnase de son ancien lycée à Columbus, il s’impose un programme dantesque, sous l’œil vigilant de son père : séance de 500 shoots le matin, cardio et travail physique l’après-midi, pour finir la journée par d’autres séances de tirs interminables. Doucement mais sûrement, Michael se transforme. Il réduit de 14% à 8%, sa graisse musculaire pour mieux encaisser les chocs de la Ligue. Mais, c’est surtout au niveau de son shoot que les progrès sont spectaculaires. Redd n’a jamais eu une mécanique conventionnelle. Son geste part de derrière la tête pour finir au-dessus de son oreille gauche donnant l’impression qu’il catapulte le ballon. Une gestuelle atypique et complexe à exécuter de manière fiable que Michael peaufine pour gagner en fluidité. Séduit par son éthique de travail, Ray Allen le prend sous son aile dès le coup d’envoi du training camp 2001. Avoir le boss de l’équipe comme mentor lui facilite son acclimatation. Le départ de Lindsey Hunter à l’intersaison libère des minutes sur le backcourt et cette fois Redd n’est plus sur la liste rouge de George Karl.

Michael-Redd-Bucks2002

©Getty Images

Le déclic chez son entraîneur arrive à la mi-décembre quand Michael score 21 points en 18 minutes dans une victoire contre Indiana. Utilisé avec parcimonie jusqu’ici, Karl découvre le potentiel au scoring du sophomore. Progressivement, il grignote du temps de jeu en sortie de banc pour devenir le sixième homme attitré des Bucks. Ses partenaires lui font également confiance en l’abreuvant de munitions les soirs de main chaude. Redd a le feu vert désormais et enregistre son premier acte de pyromanie en février. Face aux Rockets, il rentre 8 missiles à 3 points dans le dernier quart-temps. Une performance alltime qui reste dans les tablettes NBA jusqu’à ce que Klay Thompson prenne feu en 2015 avec 9 tirs primés en un quart-temps. Titularisé pendant les blessures de Ray Allen et Glenn Robinson, Michael est l’une des révélations de la saison : 11.4 points avec un pourcentage vertigineux de 44,4% derrière l’arc. Pas mal pour un joueur qu’on disait incapable de scorer from downtown. Il lui aura fallu un an pour changer complètement de statut et devenir l’un des sixièmes hommes les plus prisés de la Ligue. Pour preuve, free agent restreint pendant l’été, Michael Redd reçoit une offre de 12 millions sur 4 ans de la part des Mavericks. Un deal matché dans la foulée par les Bucks qui ne peuvent plus se passer de ses services. Au sortir d’une saison décevante, malgré un bilan positif de 42-40, Redd est perçu comme le leader de la second unit. Un rôle qui va rapidement évoluer.

LE CERF DE LANCE DES BUCKS

Depuis la Finale de Conférence en 2001, les Bucks patinent. Le general manager Ernie Grunfeld décide de briser son Big Three en échangeant Glenn Robinson contre Toni Kukoc, l’obscur pivot Leon Smith et un choix de draft. Gros manque de flair de la part du GM puisque le Big Dog scorera plus de points les deux saisons suivantes que Kukoc et Smith réunis jusqu’à la fin de leur carrière ! Et Grunfeld ne s’arrête pas là. Le bilan juste à l’équilibre mi-février ne le satisfait pas. Alors que le torchon brûle depuis des semaines entre Allen et George Karl, le GM tranche dans le vif. Il envoie Ray-Ray à Seattle en échange des restes de Gary Payton (34 ans) et de l’athlétique Desmond Mason. Un crime pour tous les fans de la franchise. Dans cette ambiance délétère, Redd tente de maintenir les Bucks à flot avec 16.1 points à 43,9% de loin sur les deux derniers mois de la régulière. C’est assez pour accrocher in extremis un spot en playoffs et se faire sortir 4-2 par des Nets, futurs finalistes. Au printemps, le ménage continue dans le Wisconsin. La franchise se débarrasse de Sam Cassell, Gary Payton, George Karl et Ernie Grunfeld. Une reconstruction s’amorce, elle porte le nom de Michael Redd.

Sur le banc, le natif de Milwaukee, Terry Porter reprend les rênes des Bucks. Il bombarde directement Michael dans le 5 majeur pour en faire son franchise player. Souvent confronté aux remplaçants adverses, il fait face désormais aux meilleurs défenseurs de la Ligue et apparaît en première position sur les scouting reports. Car autour de Michael c’est le désert ou presque. A la mène, le rookie TJ Ford est encore trop tendre et le poste de pivot est réparti entre les besogneux Daniel Santiago et Brian Skinner. Seuls Desmond Mason (14.4 points) et Keith Van Horn (15.7 points) apportent un peu de soutien au scoring. Alors que Milwaukee était attendu en bas de la Conférence, Michael porte littéralement les cerfs sur ses épaules. En janvier, il score 40 points à deux reprises dans la même semaine, guidant les Bucks dans un run de 11 victoires pour 5 défaites. En toute logique, il remporte le Trophée de Meilleur joueur du Mois. Les honneurs individuels ne s’arrêtent pas là. En février, il décroche sa première nomination de All Star au nez et à la barbe du rookie LeBron James, invité à rester chez lui pour le Match des Etoiles. Dans le grand barnum de Los Angeles, Michael est un anonyme au pays des All Stars. Lors de la rencontre avec les médias au Plaza Hotel, les journalistes s’affairent autour du duo Kobe BryantShaquille O’Neal, des lunettes de soleil de Steve Francis, des bijoux d’Allen Iverson ou du sourire de Vince Carter. Dans son coin, Redd est tranquille. La seule question qu’il reçoit pendant cette kermesse : « Pensez-vous être le All Star le plus obscur cette année ? » Après une longue hésitation, Michael rétorque : « Oui, sans aucun doute ! » Sur le parquet du Staples Center, il fait pourtant honneur à sa sélection en scorant 13 points en 14 minutes face à son ancien coéquipier, Ray Allen.

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©AP Photo

Après le All Star Break, Milwaukee ne faiblit pas et termine à une surprenante sixième place à l’Est. En playoffs, l’opposition face aux Pistons ultra défensifs n’est pas un cadeau. Redd retrouve en face à face Rip Hamilton qui lui avait barré le chemin de la Finale NCAA. Les deux pistoleros sont les meilleurs scoreurs de leur équipe respective sur cette série survolée par Detroit (4-1). En feu au Palace d’Auburn Hill dans le Game 2, Michael se console avec 26 points dans la seule victoire des Bucks contre les futurs champions NBA. L’espoir entrevu sur cette campagne de playoffs laisse vite place au désarroi. Blessé au dos, TJ Ford doit passer toute la saison à l’infirmerie, laissant le poste de meneur béant. La raquette ne fait pas rêvée, non plus, avec les cols bleus Zaza Pachulia et Dan Gadzuric. Trop esseulé, Redd tire des balles à blanc fin 2004 avec 16 défaites sur les 22 premiers matches. Le sniper envoie 14 performances à plus de 30 unités et 23 points de moyenne pour rien. Avec un bilan de 30-52, Milwaukee regarde la postseason à la télé. Un mal pour un bien ! A la lottery de la draft 2005, malgré leurs 6,3% de chances de décrocher le Graal, les Bucks héritent du First Pick. Leur choix se tourne vers le géant australien Andrew Bogut, un pivot robuste de 2m11, bien décidé à jouer les épouvantails dans la peinture. Ce renfort tombe à pic(k) pour la franchise, car Michael Redd est un homme courtisé. Les Cavaliers notamment voient en lui l’homme providentiel pour épauler King James, aussi trop isolé dans son équipe. Un retour dans son Ohio natal, la piste est sérieuse et le chèque conséquent :  72 millions sur 5 ans. Pour garder leur leader, les Bucks n’ont pas le choix. Ils ripostent avec un contrat max de 90 millions sur 6 ans. Un deal énorme que Michael ne peut refuser. Lié à Milwaukee sur le long terme, il n’oublie pas pour autant la promesse faite à son père lorsqu’il était adolescent. Fin août, Michael lui achète une nouvelle église pour la modique somme de 1,4 million de dollars. James W. Redd peut enfin quitter le sous-sol de sa paroisse pour accueillir ses 150 fidèles dans un bâtiment entièrement rénové.

C’était le moins que je puisse faire, a déclaré Michael. Je voulais apporter une sorte de bénédiction pour les gens, les aider à sortir de ce sous-sol. Je voulais redonner d’une certaine manière tout ce que m’ont apporté mon père et ma mère. Et cela a été probablement le meilleur moment de notre vie familiale. C’est la première chose qui me tenait à cœur, car vous récoltez ce que vous semez. Le Seigneur m’a donné la vie et ce que j’ai fait, c’est un juste retour des choses. Maintenant, je ne prie plus nécessairement pour notre victoire dans les matches. Je prie pour que nos voyages retour soient sécurisés (L’avion des Bucks a eu deux atterrissages imprévus cette saison-là pour des problèmes mécaniques) et pour la santé des deux équipes. Je ne pense pas que Dieu se soucie de qui va gagner. L’important c’est d’essayer d’être le meilleur dans ce que l’on fait.

Les voies de Dieu sont impénétrables, mais ce n’est pas le cas de la défense des Bucks en cette nouvelle saison 2005-2006. 23ème Defensive Rating de la Ligue, les cerfs compensent heureusement en attaque, où Redd justifie chaque dollar de son contrat avec une moyenne encore à la hausse : 25.4 points à 45% aux tirs. Sans être dingue, le casting réuni par le nouveau coach Terry Stotts sait ce qu’il a à faire. Bogut, Ford, Bobby Simmons et Jamaal Magloire complètent un 5 majeur pas fun mais solide. Pendant tout le championnat, Milwaukee oscille autour des 50% de victoires. Dans le run final pour les playoffs, Redd monte en température avec 27.5 points à 43,8% longue distance sur le dernier mois. Les Bucks se qualifient à l’arrachée pour affronter le leader de l’Est, les Pistons. Ses retrouvailles avec Rip Hamilton se soldent par une nouvelle déconvenue 4 à 1. Comme en 2004, Michael emporte une manche à lui seul avec 40 points dans le Game 3. Conscient des limites de cette équipe, le front office fait un énième ravalement de façade : exit les vétérans et place aux jeunes comme Charlie Villanueva ou Ersan Ilyasova. L’instabilité, c’est le fil rouge des Bucks depuis la draft de Redd. Habitué à faire le yo-yo entre des bilans positifs et négatifs, il livre en 2007 sa meilleure saison en carrière. Dès novembre, le ton est donné avec un record personnel pulvérisé : 57 points sur la tête du Jazz, soit le plus gros carton de l’Histoire de Milwaukee, devant un certain Kareem Abdul-Jabbar ! Une performance au goût amer, cependant, puisque Michael repart avec la défaite à cause d’une mauvaise défense des intérieurs sur la dernière possession (113-111). Rouge de colère, Redd remet le couvert en février contre les Bulls dans un duel face à Ben Gordon gravé dans l’Histoire. Les deux arrières cumulent 100 points sur ce match, 52 pour Redd et 48 pour Gordon. Mais, encore une fois, la défaite revient aux Bucks. Irréprochable dans une saison collective galère, Michael améliore son rendement offensif pour la septième saison consécutive en terminant à 26.7 points. A 27 ans, il entre tout juste son prime et a plus que jamais besoin de renforts.

REDD IS DEAD

Michael-Redd-TeamUSA

©Xinhua Press Agency

Ce n’est pas le chinois Yi Jianlian, drafté en sixième position, ni le nouveau coach Larry Krystkowiak qui changent la donne. Milwaukee reste dans les bas-fonds de l’Est en 2008 avec 26 victoires. Michael Redd a heureusement l’occasion de noyer ses déboires collectifs avec Team USA durant l’été. Les Etats-Unis veulent reprendre leur trône olympique après le fiasco d’Athènes. Le comité américain monte alors la meilleure équipe possible pour reconquérir l’or à Pékin. Au milieu des Kobe Bryant, LeBron James, Dwyane Wade, Carmelo Anthony, Chris Paul ou Dwight Howard, on retrouve Michael Redd dans le rôle du sniper. Surnommée la Redeem Team, cette sélection US roule sur la compétition en finissant invaincue. Une sorte de parenthèse enchantée pour Michael qui marque le début de la fin pour lui. Gêné par une entorse à la cheville droite, il rate quasiment tout le mois de novembre 2008. Avec 25.0 points de moyenne en janvier, les fans s’attendent à une montée en régime de leur franchise player. Hélas, le 24 janvier contre les Kings, c’est la douche froide. En retombant sur le pied de son coéquipier Luke Ridnour, il se flingue les ligaments croisés du genou gauche. Saison terminée pour Michael et par conséquent pour les Bucks qui enregistrent un bilan de 17-32 sans lui. Fauché au pic de sa carrière, il se bat durant une année pour revenir à son niveau. A l’orée de l’exercice 2009-2010, les voyants sont au vert pour Redd, apte à reprendre le chemin des parquets. Le shooteur a juste le temps de se chauffer le poignet pendant 18 matches qu’un nouveau drame survient au Staples Center. Contre les Lakers, il s’écroule après 11 minutes de jeu en hurlant de douleur. Le verdict tombe, nouvelle rupture des ligaments croisés, toujours sur son genou gauche. Cette fois, la nouvelle inquiète au plus haut point la franchise qui craint une fin de carrière prématurée. Comme d’habitude, Michael, lui, garde la foi :

J’ai pleuré tellement je suis secoué. Vous ne vous attendez jamais à ce que cela arrive, mais ça s’est reproduit. J’avais travaillé si dur pour revenir là où j’étais. Ça fait mal. Dès que j’ai essayé de sauter, j’ai entendu un pop. J’en ai parlé à ma femme aujourd’hui et je lui ai dit que je n’abandonnerais pas. Je suis blessé, je suis dévasté, mais ma femme m’a encouragé. J’ai reçu aussi des encouragements incroyables de la part de mes coéquipiers. Je vais m’en sortir.

A Milwaukee, les plus sceptiques doutent sérieusement de son retour. La traversée du désert dure 16 longs mois. Une convalescence XXL à l’issue de laquelle, Michael réintègre l’équipe à dose homéopathique : 10 petits matches en avril pour un rendement anecdotique de 4.4 points en 13 minutes. Redd n’est plus que l’ombre du formidable pyromane qui enflammait les parquets. Grâce à sa volonté de fer, il a la force de revenir, mais il sait au fond de lui-même qu’il ne sera plus jamais le même joueur. Pendant son absence, Scott Skiles – son cinquième entraîneur en 10 ans – a donné les clés du camion au tout jeune Brandon Jennings. En fin de contrat, Michael ne fait plus partie des plans du futur. Agent libre, il tourne la page Milwaukee douloureusement pour s’engager avec Phoenix via un deal d’un an. A la recherche de scoring en sortie de banc, les Suns tentent un coup de poker. Très vite, le coach Alvin Gentry comprend que l’ancien All Star est limité dans ses déplacements et n’est plus capable de se créer son propre tir. Son temps de jeu fluctue en fonction de son adresse. Si Redd est hot, il grappille ses 25 minutes comme lors des victoires de prestige contre les Lakers et les Rockets avec respectivement 23 et 25 points à son compteur. Dans le cas contraire, il rejoint le banc pour ne plus entrer en jeu. Devenu un joueur lambda en NBA, il boucle l’exercice avec 8.2 points à seulement 40% aux tirs. Ce baroud d’honneur sera son dernier dans la Ligue.

La saison suivante, Michael reçoit des invitations à des training camps et les refuse toutes. Il officialise sa retraite quelques mois plus tard au Bradley Center, l’enceinte des Bucks où il détient toujours le record de points. All Star et All NBA, il laisse un sentiment de gâchis énorme derrière lui. Un joueur qui a marqué la décennie 2000 par son jeu visuellement atypique. En pur gaucher, Redd utilise à la perfection le hesitation move pour prendre à contre-pied son adversaire. Avec le décalage ainsi créé, il n’a plus qu’à décocher son shoot signature. Fadeaway, step-back three ou catch-and-shoot, l’arsenal offensif de Michael est ultra complet. A sa retraite, il coupe complètement avec le basket et se dirige vers le monde des affaires. Il crée un fonds d’investissement, NCT Ventures, pour aider les start-ups à se développer. L’innovation est sa nouvelle passion, même s’il a pour réputation de se préoccuper davantage des jeunes entrepreneurs que des produits eux-mêmes. On ne se refait pas ! A l’origine du lancement de 85 projets dans le domaine high-tech, il anime également un podcast baptisé Betting on yourself. Une émission où il revient sur des parcours de sportifs ou de chefs d’entreprise qui ont tout risqué pour parvenir au succès. Une des rares occasions pour lui de reparler de basket avec des invités comme Ray Allen, Mike Conley ou Spencer Dinwiddie.

©Getty Images

STATISTIQUES ET PALMARES

  • Stats NCAA : 19.6 points, 44,8% aux tirs, 6.2 rebonds et 2.5 passes
  • Stats NBA : 19.0 points, 44,7% aux tirs, 3.8 rebonds et 2.1 passes
  • Big Ten Freshman of the Year (1998)
  • All-Big Ten First Team (1999)
  • NBA All Star (2004)
  • All-NBA Third Team (2004)
  • Record de points sur un match chez les Bucks (57 points)
  • Médaille d’or aux Championnats d’Amérique (2007)
  • Médaille d’or Olympique (2008)

SA CARRIERE EN IMAGES

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About mosdehuh (18 Articles)
Tombé dans la NBA au début des 90's avec Penny Hardaway. Grosse passion pour les loosers magnifiques et les shooteurs. Supporter de la Chorale de Roanne depuis 3 générations.

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