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Charlie Scott : « The Great Scott »

Portrait

Né le 15 décembre 1948 à New York, Charlie Scott a grandi à Harlem. C’est sur le bitume du Rucker qu’il se fait un nom et démontre ses capacités avec un ballon orange. A 14 ans, son père meurt et il est séparé de sa mère. Ses amis deviennent sa seule famille, et il passe son temps à jouer au basket. C’est le début d’une carrière singulière pour Charlie …

CHARLIE SCOTT, BRISEUR DE BARRIERES

Il fait partie des meilleurs élèves de son lycée et se destine à l’université. Plusieurs d’entre elles ont flairé le talent de Charlie ; Michigan, Davidson et UCLA sont sur le coup. En effet, en plus d’être doué ballon en main, Scott a de très bons résultats scolaires. Contre toute attente, Charlie Scott s’engage à l’Université de North Carolina. En 1967, un journal titre : “UNC signs first negro athlete” : Un titre qui en dit long sur les moeurs de l’époque et sur l’état de la société américaine alors en pleine ségrégation raciale. Mais effectivement, Charlie Scott est le premier athlète afro-américain à obtenir une bourse afin d’évoluer sous les couleurs bleues de North Carolina. Voilà qui a de quoi classer notre bonhomme, quand on sait que UNC accueillera plus tard Bob McAdoo, James Worthy et bien sûr MJ. La première année de Charlie est plutôt solide : 17.6 points et 6 rebonds de moyenne sur 32 matchs.

Pourtant, Charlie ne se sent bien que lorsqu’il joue au basket. En effet, être le premier joueur de couleur de l’université est un poids dans sa vie étudiante. Charlie n’a pas d’amis, il ne sort pas. Il reste seul et ne fait que travailler son basket. Le plus dramatique, c’est que certains de ses coéquipiers (Eddie Fogler notamment) avoueront ne pas avoir remarqué l’état dans lequel se trouvait leur coéquipier. Charlie Scott s’est par la suite expliqué sur cette situation, qu’il qualifie de très compliquée :

“Ce qui était le plus difficile, c’était de rester moi-même. J’étais dans une université majoritairement blanche et qui n’avait jamais eu de joueur afro-américain. Alors bien sûr je ne peux pas attendre de mes coéquipiers qu’ils changent leurs habitudes envers moi. Surtout dans le Sud, ça n’aurait jamais fonctionné de toute façon ».

A l’intersaison, fort d’une première année solide, il intègre l’équipe américaine des Jeux Olympiques 1968. A Mexico, dans des JO qui resteront marqués par deux gants noirs fièrement levés, Charlie Scott rejoint Jo Jo White et son ami Spencer Haywood. Les USA glaneront l’or olympique contre la Yougoslavie.

De retour à Chapel Hill, Charlie progresse encore. Lors de sa saison freshman, il empile 22.3 points et 7 rebonds, à 50% au tir. Une ligne de stats bien croustillante, qui lui permet d’intégrer l’équipe All American 2nd team de la saison (aux côtés de Dan Issel et Jo Jo White). UNC se retrouve au Final Four, après un bilan de 27 victoires et 5 défaites, mais perd sèchement en demi-finales contre Purdue.

L’année suivante, l’équipe coachée par le légendaire Dean Smith établit un bilan plus décevant de 18-9, mais Charlie Scott prouve qu’il est un joueur hors normes avec 27 points et 8.6 rebonds de moyenne. Lors d’un match pour une qualification en AAC Championship, UNC rencontre Duke. Après avoir mis 40 points pour qualifier son équipe, Scott ne célèbre pas avec ses coéquipiers. Charlie Scott dira plus tard qu’il se nourrissait de sa peur de l’échec (en tant que premier joueur afro-américain à UNC) pour se dépasser à chaque match, et que cela le soulageait lorsqu’il gagnait. Il jouait avec une pression considérable sur les épaules ; le devoir de faire honneur à sa couleur de peau. En fin de saison, il intègre pour la seconde fois l’équipe All American, et se présente aux drafts NBA et ABA.

UNE LEGENDE ABA

Charlie Scott est drafté à la fois en NBA (106e position par les Celtics de Boston) et en ABA, la ligue rivale (en 8e position par les Squires de Virginie). Il choisit de se tourner vers la ABA car il trouve que c’est une ligue plus fun, plus spectaculaire, avec des joueurs plus petits. Il avouera plus tard qu’il avait comme objectif de dominer la ABA et être par la suite appelé en NBA. Il arrive aux Squires en 1970-71, dans une équipe qui vient tout juste de quitter Washington pour s’installer en Virginie. Anciennement appelés Oakland Oaks puis Washington Capitals, les Squires (les Ecuyers) jouent leurs matchs dans plusieurs villes régionales (Norfolk, Hampton et Richmond principalement).

Cette saison est phénoménale à la fois pour Charlie Scott et pour les Squires. Scott termine la saison à 27.1 points par matchs, dont une pointe à 46 unités contre les Condors de Pittsburgh, ce qui fait de lui le 5e scoreur de la ligue. Ajoutez à ça 5.6 passes (4e de la ligue), et vous obtenez une sélection All-Star et un titre de ABA Rookie of the Year (ex aequo avec Dan Issel). Scott se révèle être un joueur très complet, capable de shooter très efficacement, marquer en pénétration, et de défendre solidement. C’est un joueur trop grand pour les défenseurs extérieurs de l’époque, et trop rapide pour les intérieurs. Le combo vitesse-puissance est donc parfait.

Outre le fait de proposer un niveau de jeu excellent, Charlie Scott porte son équipe à 55 victoires pour 29 défaites (saison à 84 matchs). Avec George Carter, (futur joueur de l’ASVEL) comme seconde arme offensive et Larry Brown à la mène, les Squires ont la meilleure attaque de leur division. En playoffs ABA, ils rencontrent les Nets d’un énorme Rick Barry au premier tour, et l’emportent 4-2. Au tour suivant, en Finale de Division Est, Charlie Scott se confronte au co-rookie de l’année, Dan Issel. Dans une série qui verra les deux rookies se rendre coup pour coup, (Dan Issel 33.8 points et Scott 28), ce sont finalement les Colonels de Kentucky qui l’emporteront 4-2. Retour à Norfolk pour Charlie certes, mais cette campagne 1970-71 laisse présager une carrière magnifique pour notre Charlie, qui finit dans la All-ABA First Team.

La campagne 1971-72 est une saison notable dans l’histoire ABA ; un joueur spécial y fait son entrée. Drafté par les Squires de Virginie alors qu’il n’a pas encore fini ses études universitaires, il tourne à 26 points et 20 rebonds en NCAA. La NBA refusant toujours que les universitaires se présentent à la draft avant la fin de leur cursus, la future légende Julius Erving s’engage donc en ABA. Enorme coup des Squires, qui vont aligner Charlie Scott au poste 2 et le Doc à l’aile ! Avec toujours Al Bianchi à la barre, les experts voient déjà les Squires champions ABA. Et la saison régulière de Charlie Scott ne peut que conforter les attentes des fans. Le désormais « Great Scott » finit meilleur scoreur de la ligue avec 34.6 points par matchs (devant Barry, Issel ou Erving). Cette marque est d’ailleurs le record de points sur une saison en ABA. A 22 reprises sur 73 matchs, Scott dépasse les 40 points, et termine même 2 matchs à 50 pions. Il est évidemment sélectionné pour le ASG, et finit en All-ABA 2nd team. Une saison de patron, qui sera pourtant la dernière de Scott en ABA. Une carrière qui lui vaudra une sélection dans la ABA All-time team, qui regroupe les 30 meilleurs joueurs de l’histoire de la défunte ligue.

NBA ALL-STAR

Quelques semaines avant la fin de saison régulière ABA, et après avoir assuré le show lors d’un pick-up game historique au Rucker Park, Charlie Scott signe un contrat en NBA, avec les Suns de Phoenix. Certains pensent qu’il s’était lassé de la ABA et de la région. Pour d’autres, la cohabitation avec Julius lui aurait déplu. Quoi qu’il en soit, les Suns voient débarquer le meilleur scoreur ABA dans leur roster. Un changement est à noter ; en un peu plus de 3 saisons sous le maillot des Suns, Scott jouera meneur. A Phoenix, Charlie rejoint un Connie Hawkins sur le déclin, Dick Van Arsdale et Neal Walk (joueur drafté après que Phoenix ait perdu à pile ou face pour la sélection de Kareem).

Il va s’imposer directement comme l’atout offensif numéro de cette équipe, qui ne jouera malheureusement pas les playoffs. Charlie Scott réussit bien sa transition ABA-NBA et joue son premier All-Star Game dans la ligue. Il prouve qu’il peut tout faire sur un parquet, avec 25.3 points et 6 passes de moyenne. Cependant, son équipe n’est pas compétitive, et il manque les playoffs chaque saison à Phoenix. Après 3 saisons satisfaisantes sur le plan individuel (environ 25 points de moyenne sur la période, et 3 All-Star Games) mais décevantes collectivement, Charlie Scott est échangé aux Celtics à la fin de la saison 1974-75, contre Paul Westphal et deux tours de draft.

PIECE MAITRESSE DES CELTICS

A Boston, Charlie Scott rejoint la franchise qui l’a drafté en 1970. Championne NBA en 1974, Boston est une équipe poids lourd à l’Est. Formée autour du légendaire John Havlicek, du MVP 1973 Dave Cowens, de Jo Jo White à la mène, mais aussi de Don Nelson, les Celtics sont clairement un prétendant légitime au titre. Les Warriors de Rick Barry sont la cible à abattre pour pouvoir espérer glaner une bague supplémentaire. L’année précédente (1975), Boston a terminé la saison avec 60 victoires et un run jusqu’en Finales de Conférence, où les Celts se sont inclinés 4-2 contre les Bullets. Tom Heinsohn est toujours sur le banc. Un casting 5 étoiles, rejoint par notre valeureux arrière, toujours dans sa force de l’âge. Les Celtics ont besoin d’un scoreur, un joueur capable de créer ses propres tirs. Agile, adroit et vif, il peut se glisser entre les défenses. Il n’a pas peur d’aller au panier, ou de prendre des tirs défendus. En d’autres termes, Charlie est un joueur déterminé.

Pendant la saison, le backcourt des JO de 1968, Jo Jo White et Charlie Scott s’en donne à cœur joie. 36,5 points à eux deux sur la saison régulière. Charlie prouve sa valeur et dépasse régulièrement la vingtaine sur un match. Les Celtics arrivent avec un bilan solide en playoffs (54-28) et vont se défaire des Braves de Bob McAdoo au premier tour (notre Charlie en mettra 31 au dernier match), puis des Cavs en finale de Conférence.

Deux ans après, les Celtics retournent en Finales NBA. Et pas contre n’importe qui ; depuis l’arrivée de Westphal, les Suns ont pris des couleurs. Avec un bilan moyen mais positif de 42 victoires pour 40 défaites, ils se qualifient pour les playoffs (chose qu’ils n’avaient pas réussi sous l’égide de Scott). Ils passent les Sonics en demies de conférence, et se retrouvent face aux favoris, Golden State. Une série dantesque va se dérouler : et c’est au Game 7 que Phoenix va s’imposer face à la troupe de Rick Barry, Phil Smith et le jeune Jamaal Wilkes. Enorme upset des Suns, qui filent pour la première fois de leur histoire en Finales. Notre Charlie va donc, pour ses premières finales, se confronter à son ancienne équipe.

Les Celtics vont remporter les deux premiers matchs avec plus de 10 points d’avance. Les Game 3 et 4 seront remporté de peu par les Suns, qui vont égaliser à 2-2. Le Game 5 s’annonce comme décisif ; et le match va tenir toutes ses promesses. Ce match est souvent reconnu comme « le match du siècle », une confrontation légendaire. Boston commence fort, mais se laisse reprendre en 2e mi-temps. Les Suns vont preuve d’une ténacité et d’une énergie désespérante pour les Celtics (une steal incroyable de Westphal dans le 2OT notamment). Une, deux et trois overtimes ! Les Celtics vont s’imposer, même après le tir de Garfield « Heard around the World » pour égaliser en fin de 2QT. Dans ce match crucial, Charlie Scott terminera à seulement 6 points et 21% au tir. Une mauvaise performance qui ne l’empêchera pas de mettre 25 points (leading scorer) 11 rebonds, 5 interceptions au Game 6 et de remporter sa seule et unique bague NBA, la 13e des Celtics. 

Il restera à Boston encore une saison et demie, toujours à 18 points de moyenne. L’équipe vieillit, et Scott est tradé en 1978 à Los Angeles, où il fera qu’une moitié de saison, avant de rejoindre Denver pour terminer ses deux dernières années en NBA.

A la suite de sa retraite, Charlie se reconvertira dans la vente de sneakers de luxe, puis il deviendra directeur marketing pour la marque Champion. Double casquette de Champion pour Charlie. En 2018, il fait enfin son entrée au Hall of Fame. Un honneur totalement mérité, pour un homme qui s’est battu contre le racisme toute sa carrière.

SPRINGFIELD, MA – SEPTEMBER 07: Naismith Memorial Basketball Hall of Fame Class of 2018 enshrinee Charlie Scott speaks during the 2018 Basketball Hall of Fame Enshrinement Ceremony at Symphony Hall on September 7, 2018 in Springfield, Massachusetts. (Photo by Maddie Meyer/Getty Images)

SES STATS

  • 20.7 PTS 4RBS 4.9RBS 1.3STL GP 717 , SG
  • 5 All Star, 1 bague, North Carolina, Draft 8th pick Virginia Squires 1970

SON PALMARES

  • Champion NBA 1976
  • 2x All ABA
  • ABA ROY
  • 2x ABA All Star, 3x NBA All Star
  • ABA All time team
  • Hall of Famer

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