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[Portrait] Doug Moe, le visionnaire

Portrait

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Si vous pensez que Mike D’Antoni, Pat Riley ou Steve Kerr sont à l’origine du basket ultra rapide que nous voyons à l’heure actuelle, oubliez tout ! Nous vous présentons Doug Moe, l’homme qui  a donné le pouvoir aux joueurs sur le terrain. L’homme qui a imposé au jeu un tempo débridé. Coach ABA puis NBA pour les Spurs (1976 – 1980), Nuggets (1980 – 1990) avec un épisode d’une saison aux Sixers (1992 – 1993), le père du jeu en mouvement est également un joueur hors norme, 3 fois All Star et champion NBA 1969 avec Oakland. Portrait. 

Douglas Edwin Moe vient au monde le 21 septembre 1938, à Brooklyn, dans l’Etat de New York. Enfant, son intérêt se porte d’abord sur le baseball. Il est ainsi fan des Brooklyn Dodgers. Son idole ? Duke Snider, qui porte la tunique des Dodgers de 1947 à 1962 et qui sera champion avec eux en 1955. Il intègre d’abord le célèbre Erasmus Hall High School dont sont issus notamment Bobby Fischer, Barbara Streisand ou Jerry Reinsdorf l’ancien proprio des Bulls. Mais, en 1957, à 19 ans, il change de lycée et part au Bullis School, à Potomack dans le Maryland.

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Doug Moe, joueur ABA – Source : thebullis.org

Là bas, il fait parti de l’équipe de basket et de baseball du lycée. Moe rêve en effet d’embrasser deux carrières de front, comme Dave DeBusschere un de ses contemporains. Son talent éclabousse cependant le microcosme de  la balle orange et il choisit le Must pour la suite de sa scolarité : North Carolina. Pour souvenir, en 1957, UNC bat Kansas de Wilt Chamberlain en finale NCAA ! C’est ainsi qu’il rejoint une fac dont l’assistant coach est Dean Smith…. Rookie, en 1958 – 59, l’ailier score 13 points et 7 rebonds de moyenne en 25 rencontres. Pour son année sophomore, il se blesse mais laisse des stats, en 12 matchs, de 17 points et 11 rebonds. Sa saison junior est la meilleure sur le plan statistique avec 20 points et 14 rebonds de moyenne. Nous sommes en 1961 et l’avenir de Doug va s’assombrir. La faute à une sale affaire.

UNE STAR BLACKLISTE 

Doug Moe aurait très certainement été une star s’il avait pu rejoindre la NBA plus tôt. Mais il a été victime du scandale autour de paris sportif de 1961 qui a secoué la NCAA.  Au final, c’est 37 joueurs de 22 universités qui seront sanctionnés. A l’origine, on trouve Jack Molinas, originaire de Brooklyn et joueur NBA à Fort Wayne qui a monté un vaste réseau de corruption. Ce dernier permet le trucage de rencontres ou de performances de joueurs. Ce stratagème sert aux parieurs à gagner de l’argent. Et c’est par l’associé de Molinas, Aaron Wagman,  que le scandale arrive. Ce dernier demande ainsi à voir Doug durant l’été 1960. Moe accepte le rendez vous mais refuse de truquer des matchs pour de l’argent. Alors à UNC, Donnie Walsh, Larry Brown et Moe sont vu par Wagman. Doug Moe a toutefois deux torts. D’abord, il accepte de se faire payer le déplacement jusqu’au lieu de rencontre fixé par Wagman. En effet, Moe garde la somme (75 dollars !). Ensuite, il ne pas avoir dénonce pas cette affaire. Alors quand Wagman est arrêté par le FBI en février 1961 alors qu’il tentait sans succès d’acheter un joueur de foot US. Le FBI ne tarde pas alors à faire des recoupements. C’est ainsi qu’ Everett Case, l’entraîneur de North Carolina State est interrogé. Ce dernier soupçonne certains de ses joueurs d’avoir fait perdre leur propre équipe face à UNC de Doug Moe. William Aycock, le président de la fac le suspend sur le champ. Moe était alors en pourparlers avec les Bulls…mais au final sera traîné dans la boue et se retrouvera blacklisté par la NBA.

Ce fut une période très difficile car le basket était tout pour moi. J’avais merdé et on m’a traîné dans la boue. Mais avec de la force de caractère, je m’en suis sorti.

Doug part à Elon (une fac’ de Caroline du Nord) pendant deux ans. Il y finit ses études et officie comme assistant coach de l’équipe de basket. Il part ensuite jouer à Padoue, en Italie (1965 et 1966) et y reste également deux saisons, jusqu’à la création de l’ABA en 1967. L’affaire de 1960 a été, entre temps, réglé à l’amiable avec la NBA. En Italie, Moe  écrase tout sur son passage. Pour être visible, il envoie des coupures de presse à un ancien de ses coéquipers Doug Walsh. L’un d’entre eux titrait : El grandioso Moe ! Sans cette histoire, possible qu’il aurait pu devenir un rival d’Oscar Roberston ou Jerry West mais personne ne peut refaire l’histoire. De plus, Moe ne serait surement pas revenu aux Etats Unis pour jouer en ABA si ses fils Doug Junior et David n’avait pas atteint l’âge d’être scolarisés. Dès 1967, Moe joue avec succès pour les New Orleans Buccaneers. Ces derniers perdent en Finales contre Pittsburg dans un match 7. A NO, son coéquipier le plus talentueux n’est autre que Larry Brown qui alors joue meneur. Notre héros est le meilleur scoreur de l’équipe avec 24 points de moyenne et Brown le meilleur passeur de la saison. En 68/69, Moe rejoint la Baie et les Oakland Oaks . Oakland termine en tête de la saison régulière avec 60 victoires pour 18 défaites et devient Champion ABA ! Les Oaks battent les Denver Rockets 4 à 3 au premier tour. Les anciens coéquipiers de Doug, les NO Buccaneers sont sweepés puis  les Indiana Pacers tombent en finale sur le score de 4 à 1. Moe score 27 points dans le game 4 et forme le premier Big 3 de l’histoire avec Larry Brown et Warren Jabali. Rick Barry qui joue aussi à Oakland ne participe lui qu’à 35 rencontres cette année là car il se blesse au genou. C’est dire que les Oaks sont au dessus de la mêlée ! En 69/70, Moe part pour les Carolina Cougars. Là bas, il joue le match de sa carrière, le 31 octobre 1969 avec 45 points. Son coach de l’époque, Bones McKinney, déclare alors :

Moe est un joueur exceptionnel qui a une faculté incroyable d’être toujours au bon endroit au bon moment ! 

Sa dernière saison ABA, en 70/71 pour les Virginia Squires se termine par une finale de  Conférence. Mais las, Doug raccroche.

HORS NORMES

Devenu accro au coaching, il devient assistant coach à Carolina pour deux saisons de 1972 à 1974. De 74 à 76, il poursuit son parcours d’apprentissage du métier d’entraîneur à Denver. D’ailleurs, il va être ensuite celui qui remportera le plus de rencontres avec les Nuggets avec 432 victoires. Et avec 177 victoires, il n’ est devancé que par Greg Popovich à San Antonio. En effet, en 1976, l’année de la fusion ABA-NBA, il devient coach des Spurs jusqu’en 1980. En 1979, il mène les Spurs à la finale de la conférence mais ne s’y sentant pas à l’aise les quitte en 1980, à l’été. C’est cette même année qu’il remplace Donnie Walsh, son ami, après 31 rencontres lors de la saison à Denver, découvrant ainsi son second club en tant que coach principal. Ce choix s’avère pertinent puisque les Nuggets vont participer 9 fois en 10 ans aux playoffs. Moe devient Coach of the Year 1988, en demandant à ses joueurs de courir sans cesse pour imprégner un style offensif mais également de ne pas garder la balle dans leurs mains plus de 3 secondes (voir notre vidéo). Vous ne rêvez pas : nous sommes en 1988 ! Denver est ainsi la meilleure attaque de la NBA 6 fois et affiche 54 victoires en 1987/88 soit le meilleur bilan de l’histoire du club. Plus tôt, en 1981/82, l’équipe réalise un score moyen de 126,48 points par match, un record qui tient toujours. Moe est donc tout sauf conventionnel. Et avec les joueurs cela clashe également car Moe est colérique et ne supporte pas que l’individu prenne le pas sur le collectif. Parfois, il est même imprévisible.

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Doug Moe au milieu de ses joueurs.   Source : Youtube.com

C’est ainsi  que le jour de noël 1981, il va au clash avec David Skywalker Thompson, la star de l’équipe. Le joueur sera échangé à l’été 81 à Seattle. Et puis, il y a cette épisode incroyable du 22 novembre 1983. Pour le 20ème anniversaire de l’assassinat de JFK, Denver se fait laminer par Portland. Les fans des Blazers apprennent alors que le record offensif de l’histoire de l’équipe risque d’être battu. Portland affiche alors 146 points et il reste 1 minutes 12 à jouer. El les Blazers doivent scorer 10 points… Doug prend alors un temps mort de 20 secondes et crie sur ces joueurs. Pourquoi défendre alors qu’ils ne l’avaient pas fait de toute la rencontre ! Il leur ordonne de ne plus défendre. Les fans de Portland hurlaient alors. Et Moe a demandé à ses joueurs de ne pas défendre et de laisser hurler la foule célébrer leur record. … Surréaliste moment ! Au buzzer, Moe est remercié par Jack Ramsay le coach adverse. Sarcastique, il déclare dans la foulée à la presse :

Notre défense devenait de plus en plus agressive ! Alors, j’ai eu très peur qu’ils n’arrivent pas à 150 points. On défendait si dur…

Au final, Portland remporte cette rencontre 156 à 116 ce qui n’a pas affecté quelque paris que ce soit. Cependant, suite à cet épisode, la NBA a infligé deux matchs de suspension et 5000 dollars d’amende à Moe.  Les Nuggets ont remporté leur 8 rencontres suivantes…

Je savais ce que j’avais fait et pourquoi je le faisais avouera plus tard Doug

LA DOCTRINE MOE

Le 7 Juin 84, il envoie encore Kiki Vandeweghe, son meilleur joueur, à Portland contre Calvin Natt, Fat Lever, Wayne Cooper et deux draft picks 1984. Ce qui fut surprenant c’est qu’il avait d’excellentes relation avec Vandeweghe et que les deux hommes s’adoraient ! C’était pour le bien de l’équipe et cela s’avérera judicieux puisque les Nuggets iront en finale de Conférence l’année suivante (84-85). Une finale perdue 4 à 1 face aux Lakers. C’est lors de cette série qu’il décide, de mettre en défense Bill Hanzlik, un meneur de 2m sur Kareem Abdul Jabbar. Hanzlik est le meilleur défenseur de l’équipe à l’époque, certes, élu dans le second meilleur 5 défensif de la NBA en 1987. Mais quand même… L’idée est de piquer au vif les joueurs pour les pousser dans leur retranchements. Doug s’engueulait également avec ses assistants parfois pendant les temps morts. Moe savait cependant s’adapter à la personnalité de chacun. Il ne s’est jamais énervé contre Dan Issel ni Alex English. S’adapter à la sensibilité des joueurs est pour l’époque, extrêmement nouveau ! Moe défie en fait les conventions pour un seul objectif : en retirer le meilleur pour son équipe ! Et des histoires comme celle là, il en existe des dizaines.

Mais plus que tout, c’est le jeu rapide comme apanage qui le caractérise. Un jeu de transitions, de mouvements, de passes où les joueurs doivent couper vers le cercle par des courses. De plus, Doug Moe restera surtout, comme certains, le coach d’une seule équipe comme Jerry Sloan, Greg Popovich ou Guy Roux pour le foot le sont et le seront. Séparé des Nuggets en 1991, il part pour les Sixers où son fils devient son assistant. Il ne termine pas la saison avec les Sixers. Il est en effet viré le 7 mars 93 avec un bilan de 19 victoires pour 37 défaites. Le fil du basket semble alors coupé… Après une pause de 10 ans Moe redevient assistant de 2003 à 2008, avec les Nuggets… Il a alors 70 ans.

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Doug aux Nuggets. Source : Getty Images.

En 2018, il reçoit avant le Game 2 des NBA Finales le Chuck Daly Lifetime Achievement Award. Devant de grands noms du coaching tels Tex Winter, Lenny Wilkens, Pat Riley, Phil Jackson, Jerry Sloan, Franck Layden ou Hubie Brown. Rick Carlisle l’actuel coach des Mavs qui introduit Doug Moe ce jour là devant la presse raconte qu’il a beaucoup étudié avant de se mettre au coaching. Il prenait alors des notes sur les schémas de jeu, en regardant les matchs. Carlisle avoue alors amusé, devant des journalistes, qu’il n’a jamais compris les schémas des Nuggets de Moe ! La réponse de Doug fuse vite :

C’est normal de ne rien comprendre ! Et personne ne savait ce que l’on faisait… Nous n’avions aucun schéma de jeu !

Info ou intox, en attendant, dans le Pepsi Center de Denver, une bannière  portant le numéro 432 trône dans la salle. C’est celle de Doug Moe, celle d’un visionnaire, celle du nombre de victoires de notre homme pour les Nuggets !

LE PASSING GAME DE DOUG MOE EN IMAGES

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Amoureux de Gozilla depuis mon plus jeune âge, je suis devenu fan des Suns ! De Sir Charles à Dan Majerle en passant par Nash, via Stoudemire pour aller jusqu'à Devin Booker : PHX a le monopole de mon coeur. Je veux du soleil !

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