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13 juin 2010 : Cholet, le scénario rêvé

France

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Sous l’impulsion de Michel Léger, les basketteurs quittèrent la Jeune France pour créer Cholet Basket le 18 juin 1975. Pour gagner leur liberté. Avec un prix fort à payer : repartir au pied de la hiérarchie. En escalader une à une les marches. Pour se retrouver, 23 ans après son arrivée dans l’élite, en finale de la pro A.

Il n’y avait en cette année 2010 ni hasard, ni génération spontanée, mais une cuisson à feu doux orchestrée par un chef turc à la main de fer, Erman Kunter. La victoire à la Semaine des As en 2008, la finale de la Coupe de France la même année (face à l’ASVEL) et en EuroChallenge en 2009 (Virtus Bologne) n’étaient pas anodines. Décidément, il se passait quelque chose dans les Mauges ?! Ce n’était donc pas seulement le meilleur club formateur ?!

Comme toujours, il y a plusieurs ingrédients à la réussite. Ceux utilisés cette saison-là transformèrent la tambouille en plat gastro : le choix des hommes, la qualité des recrues, leur compatibilité sur et en dehors du terrain, des jeunes qui promettent et, c’est indispensable, le petit coup de pouce du destin.

LE RETOUR INATTENDU DE MIKE, LE FILS PRODIGUE

Samuel Mejia exulte @Maxi Basket

Quand on possède dans ses rangs des talents purs comme Antywane Robinson, Samuel Mejia, Randal Falker ou John Linehan, il y a de quoi être serein. Avec une belle base pour donner l’exemple et monter en régime. Tout en l’ajustant : Alex Barnett, trop tendre, n’est pas conservé fin octobre. Claude Marquis, est prêté à Caserte, mi-novembre, c’est une suprise. Mais trois jours plus tard, on annonce le retour du fils prodigue, Mike Gelabale, c’est la sensation ! « On a l’opportunité de signer Mike. Il a été formé au club avant de partir au Real et en NBA. Sauf que ça faisait deux ans qu’il ne jouait pas suite à une blessure au genou (…) Avec lui, on avait le truc en plus, le puzzle complet car nous n’avions pas de joueur d ce profil. On a refait de lui un joueur de basket. » dira Jim Bilba, alors assistant du coach. Avant, enfin, l’arrivée début février de Marcellus Sommerville.

Le casting est alors clos. On peut y aller. Et confirmer l’excellent départ, gérer le temps faible et assurer la première place de la saison régulière.

L’équipe s’est forgée et construite sous le signe d’une défense de fer – avec le virus Linehan, ça aide – d’une complémentarité qui permet au coach de varier les options tout en voyant les progrès du jeune Havrais Fabien Causeur et du Guyanais Kevin Seraphin, promis à de grands destins.

Bref, si l’échec en Semaine des As dès l’entrée contre Orléans, confirmant les éliminations précoces en Eurocup et en Coupe de France, n’est pas vécu comme un drame, ils sont optimisés par Kunter (qui parle de « zone de confort ») pour gérer, tester, affiner, bref reprendre la main (de fer). Pour le rush final. Entendez : pour réaliser un truc en playoffs.

AU BORD DU FIASCO A GRAVELINES 

John Linehan porte le trophée @Ouest-France

Terminer premier de la saison régulière ne garantit rien. C’est un air connu. Cholet Basket l’a démontré en souffrant mille morts pour s’extirper des quarts de finale : Poitiers menait de 15 points à 14 minutes de la fin à la Meilleraie, mais CB s’en sort grâce au banc (68-59) et confirme à la salle Saint Eloi (82-89), mais Linehan se blesse.

En demi-finales, Gravelines coaché par Christian Monschau, crée l’exploit après une rencontre maitrisée (68-70). Douche froide pour les rouges. Séraphin se blesse à son tour dans un choc avec JK Edwards.

Le retour tourne à la démonstration du BCM au Sportica : 61-44 à la 29’. Cholet vacille, Cholet frise le fiasco. Kunter impose alors une zone press. Causeur se révolte. Et ça marche : CB réalise un époustouflant 39-12 final pour s’imposer 73-83. « C’est là où la saison se joue » dira Christian Monschau. « La grosse activité des joueurs du banc a rendu cette victoire très spéciale » confirme Marcellus Sommerville. Kunter rêve tout haut du Trophée et dira que son équipe sera championne. Le rêve est passé pour les Maritimes et Cholet, transcendés, ne laissent pas passer leur chance sous l’impulsion d’un Falker à 100% (18 points, 8 rebonds) : 84-71. C’est soir de fête à la Meilleraie : Kunter est porté en triomphe…

En finale en ce dimanche 13 juin, dans un Bercy comble, contre Le Mans qui avait écarté Roanne, Seraphin s’échauffe, mais ne pourra tenir sa place.

Linehan se frotte d’entrée à Zack Wright décontenancé. Le ton est tonné. Cholet maitrise le match. Affirme sa défense et son collectif, Salyers et Spencer, déjà vainqueurs ici avec Roanne, trois années plus tôt, se perdent. Un collectif (6 joueurs à 10 points ou plus) face çà des individualités ? Un peu simpliste, mais il y a de ça…

GELABALE MVP DE LA FINALE

Si, au repos, tout reste possible (40-38), la reprise verra l’effondrement d’une équipe du Mans dépassée (8 points dans le 3° quart), qui sera menée 61-46 dès la 33’. Spencer initie le 7-0 de l’espoir (65-55 à la 35’) mais Cholet gardera la main et repartira à 79-60. Score final : 81-65.

Samy Mejia distribuera 7 passes, soit presqu’autant que les Manceaux (8), mais c’est Mike Gelabale (14 d’évaluation dans le 3° quart temps) qui sera désigné MVP ! « Je me suis posé plein de questions. Finalement je me suis retrouvé à Cholet dans une équipe qui m’a rapporté la joie de jouer. Franchement, j’ai bien fait de venir. » Les 3 000 supporters en rouge exultent à Bercy, la Meilleraie et ses 3 500 spectateurs qui ont payé 2€ pour assister à la finale sur l’un des trois écrans géants tremblent de bonheur.

Mike Gelabale, le MVP @Bellenger

En conférence de presse, JD Jackson, le coach manceau, apparait amer et dépité. Il tance la défense de Linehan, cherche des noises aux arbitres : « Les Choletais ont proposé une défense énorme. Ils ont déstructuré notre jeu d’attaque. En deuxième mi-temps, il n’y avait qu’une seule équipe sur le terrain ! ». Son vis-à-vis, Erman Kunter boit du petit lait : « Moi j’ai vu un film de notre saison. Bien-sûr mes joueurs ont parfois été fâchés quand je les faisais travailler dur. Mais aujourd’hui c’est un beau jour, non ? ». Plus tard, il se mettra à calculer : « Aujourd’hui, on est le 13 juin. On a commencé le 13 août. Ca fait 10 mois. Ca fait 300 jours. Mais je n’ai pas compté le nombre d’entrainements. »

Cholet entre dans le club alors fermé (Limoges, Pau, Le Mans, ASVEL) des vainqueurs des trois compétitions nationales (championnat, Semaine des As, Coupe de France). Avec la 6° masse salariale, 4,8 M€ de budget, CB devient le septième champion en sept saisons…

Caustique, Jean-Denys Choulet, le coach de Roanne, commentera : « Quand on a été champions de France avec Roanne en 2007, deux joueurs aujourd’hui au Mans (ndlr : Salyers et Spencer) étaient au service du collectif. Au Mans, ils ne le sont pas. Ils ne sont pas trop à l’écoute du coach ».

Jim Bilba se rappellera quelques années plus tard : « Ce fut le premier titre du club. L’avoir vécu sur le banc c’est un truc énorme. Parce que le club reste mon autre moi. Je connais tous les recoins de la Meilleraie. Je connais la maison CB, comment les gens fonctionnent, c’est une famille fantastique. Je me retrouvais totalement dans les valeurs de ce club. Ce titre 2010 c’est l’aboutissement d’un travail mené sur plusieurs saisons. Et l’alignement des planètes cette année-là.  Il y avait de sacrés joueurs dans cette équipe. Anty Robinson et Randal Falker étaient déjà là depuis deux saisons. Et ont été rejoints par deux autres US : John Linehan et Samuel Mejia. John, c’était un chien. Il tirait le groupe vers le haut. Il incarnait notre force n°1 : la défense homme à homme. Il nous remettait en selle. Et Samy, quel talent ! Un bosseur et des fondamentaux de feu. Le joueur hors norme par excellence. L’autre clé de la réussite, c’est le groupe. Enorme tant au plan du basket qu’au niveau du mental. Chacun avait son rôle, les choses de faisaient naturellement. Jamais je n’ai vu une telle alchimie dans une équipe. »

Arrivé en dernier cette saison-là, Sommerville analyse : « Ce qui cette équipe rendait unique, c’est qu’on avait 10/11 joueurs qui auraient tous pu être dans le 5 majeur dans d’autres équipes. Et on se sacrifiait tous pour notre objectif : le trophée. Erman était un général et il nous emmenait à la mort (rires). Il savait parfaitement nous mettre en condition et nous faire bosser très dur. Mais avec Jim Bilba, ils s’équilibraient parfaitement. Erman c’est le sérieux, et Jim était tout le temps en train de se marrer et plaisanter.»

Le jeune Fabien Causeur exulte : « Que dire ? A part exceptionnel ! Franchement, je crois que c’est le plus beau jour de ma vie. Cholet attendait ce titre depuis des années. Aujourd’hui on l’a. Il me semble que c’est amplement mérité ! »

Pour sa part, Michel Léger, le président fondateur de 1975 était tout à sa joie : « Si on m’avait prédit ça il y a 35 ans, j’aurais sûrement espéré que l’attente ne soit pas aussi longue. »

Le lendemain, la Meilleraie rend hommage à ses champions. C’est le coach qui a le droit à la plus grande ovation. Tout le monde se rendra à la mairie.  Le maire, Gilles Boudouleix, excédé qu’on parle d’un hangar alors que l’Euroleague se profile, promet « une augmentation de la subvention de 10% et une nouvelle salle à l’horizon 2014/2015, mais le grand investissement du mandat est la salle de théâtre intercommunale. »

Quant à Kevin Séraphin, il se rend  la semaine suivante à la Draft 2010 qui se tient au Madison Square Garden de New-York : il est choisi en 17° place par les Washington Wizards.

A chacun ses promesses…

LE MATCH EN VITESSE

CHOLET BASKET -LE MANS SB : 81-65. Mi-temps : 40-38 (25-20,15-18, 18-8, 23-19). Palais Omnisport de Paris-Bercy. 14 488 spectateurs.

Cholet : Larrouquis, Mejia (12), Chupin, Leonard, Falker (14), Sommerville (11) Gelabale (11), Linehan (10) Robinson (15), Causeur (2), Eitutavicius (16).

Le Mans : Kahudi (4), Wright (7),  Sanake, Mendy, Salyers (10), N’Doye (11), Spencer (21), Yango, Batista (12), Lombahe, Ruppert.

LES CHAMPIONS DE FRANCE 2010 ;

Fabien Causeur, Mike Gelabale, Thierry Larrouquis, Arvydas Eitutavicius, Samuel Mejia, Christophe Leonard, Kevin Seraphin, Randal Falker, Maxime Chupin, John Linehan, Antywane Robinson, Marcellus Sommerville. Ont participé à la saison : Claude Marquis, Jamaal Tatum, Alex Barnett, Erwan André. Coach : Erman Kunter, assisté de Jim Bilba.

Les champions de France 2010. @Ouest-France

Sources : archives CB, Julien Hippocrate (Ouest-France)

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About Dominique WENDLING (28 Articles)
Ancien journaliste, joueur, entraîneur, dirigeant, président de club. Co-auteur, avec Jean-Claude Frey, de "Plus près des étoiles", le livre paru fin 2018 sur les 90 ans de la SIG Strasbourg.

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