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Euroleague : « Slucky au pays des Géants »

Euroleague

Montage Une : Luca Cerutti pour Basket Rétro

Du premier sacre à Bercy en juin 2008 au premier match d’Euroleague en octobre, voici le récit de quatre mois forts dans l’histoire du SLUC Nancy…

Paris-Bercy, samedi 15 juin 2008 – Beaucoup le savent car ils ont payé pour le savoir : mérite et sport ne font pas bon ménage. Et Bercy a longtemps été synonyme de Non merci : trois échecs de rang en finale sèche en pro A, en 2005 (face à SIG Strasbourg 72-68), 2006 (Le Mans 93-88) et 2007 (Roanne 81-74) n’ont freiné ni l’ambition, ni l’enthousiasme du SLUC Nancy à l’instant de revenir en finale, une quatrième fois, face à la même Chorale de Roanne.

Tirage au sort à Berlin : le handballeur Robert Harting a la main lourde. @Molina.

Mais, pour paraphraser Truman Capote, l’échec est l’épice qui donne sa saveur au succès. Car en ce samedi, il n’y a pas eu photo et le premier sacre fut acquis de manière magistrale (83-54). Un départ de choix, un retour de vestiaire décisif et, soyons honnête, une Chorale passée au travers dans ses grandes largeurs (19 points en seconde période) à l’image de son champion, Marc Salyers.

Nancy, dimanche 16 juin 2008 – C’est jour de liesse, place Stanislas. Enfin… Avec les effluves du parfum et l’ivresse du triomphe. Et quelques instantanés rapportés de Paris. Dans le désordre : la joie du Président Fra, soulagé et embrassant ses hommes, un à un, le panneau « Allez Nancy » porté à bout de bras par Eva Longoria à destination de son beau-frère, TJ Parker, la remise du trophée de MVP à Jeff Greer (29 points) par Tony Parker, les rugissements de Cyril Julian, médaille autour du cou et portant le lourd Trophée (36 kilos) comme une coupette, l’émotion de Jean-Luc Monschau, remerciant, père et frère, le mur rouge et blanc des fans libérés, la joie pure et simple des frères Greer qui refont, ici même, mais dans l’autre camp, le coup de 2005 avec la SIG…

AVEC LE PANA ET BARCELONE !

Berlin, mardi 8 juillet 2008 – Outre le Trophée, outre la prime, le titre de champion de France offre aussi (et surtout) le ticket si envié pour l’Euroleague. Le tirage au sort de déroule dans les salons de la Postbahnhof. 24 équipes à répartir en quatre poules. Et quand, à midi, le handballeur allemand Robert Harting se met à farfouiller dans le récipient pour extirper les boules, c’est « Slucky au pays de géants » pour reprendre l’expression de Thomas Simon, de l’Est Républicain. Petit dernier, plus petit budget, Nancy avait été versé dans le dernier chapeau. Et le résultat est lourd : Le Pana, Barcelone, Kaunas, anciens vainqueurs, mais aussi Montepaschi Sienne et Prokom Sopot sont versés dans la poule du SLUC. Entrée en matière annoncée le 23 octobre avec la réception de Regal FC Barcelone ! Retenu au Summer Camp de Vegas, Jean-Luc Monschau, qui s’est levé tôt pour suivre le tirage à distance, commente : « Il n’y a que des gros, que du lourd. On a hérité de l’inamovible champion italien, l’inamovible champion grec. La difficulté sera maximale ».

A Los Angeles, Ersan Ilyasova face à Pau Gasol. @Graham/Getty

Nancy, 18 août 2008 – C’est la reprise officielle. Le budget a enflé grâce aux droits télé (de 5 à 5, 7 M€). Le roster du SLUC a bien changé. Plusieurs champions de France ne sont plus là : Mike Bauer, Pape Philippe Amagou, Zabian Dowdell, DJ Harrison. D’autres recrues sont arrivés, puisées par Jean-Luc Monschau au sein même de la pro A : Lamayn Wilson (Villeurbanne), John Cox (Le Havre), Steed Tchicamboud (Cholet) mais aussi ailleurs : Michel Morandais d’Espagne (Barcelone puis Estudiantes) et Ron Benson (des Wizards du Dakota, en ligue de développement). On apprend que le premier adversaire, Barcelone, a fait fort : Juan Carlos Navarro quitte Memphis pour revenir, David Andersen arrive du CSKA Moscou, Lubos Barton de la Joventut, sans parler de l’Américain André Barrett et Daniel Santiago (Malaga), lui le coéquipier géant (2, 16m) des Greer en sélection portoricaine…

Barcelone, début octobre 2008 – Navarro est blessé au biceps fémoral et rate les premiers matches de Lega, gagnés par sa nouvelle équipe : contre Badalone, à Murcie, puis contre Valence. Mais le FCB perd, avec lui, son premier match à Grand Canaria. Le SLUC de son côté démarre de manière intéressante à domicile en contrariant les débuts de Vincent Collet à Villeurbanne, mais chute à Hyères avant de gagner poussivement contre Besançon, le promu. Le club catalan demande une cassette du match au club de Hyères. Qui refuse…

A LOS ANGELES EN GUISE DE PRÉPARATION 

Soirée tranquille pour Navarro. @Bellenger/Getty

Los Angeles, 16 octobre 2008 – Si le SLUC Nancy fourbit ses armes en recevant le modeste Besançon, le FC Barcelone, lui, fait dans le glamour : le club a été invité à Los Angeles dans le cadre de l’Euroleague Basketball American Tour’08. Visites d’école, dîners de gala. Et match face aux Lakers de Kobe Bryant mais aussi de l’ancien blaugrana, Pau Gasol. Avec une courte défaite (108-104 avec 34 points de Navarro apparemment bien rétabli, et, en face, 28 de Kobe) puis deux jours plus tard, idem face aux Clippers, vainqueurs des Raptors (114-109). Le jeune Turc Ersan Ilyasova revanchard après deux saisons gâchées aux Etats-Unis se distingue. Retour à Barcelone 36 heures avant d’affronter Nancy… « C’était bien, mais l’important, c’est ce qui arrive, prévient la « Bomba » Navarro en référence au déplacement en Lorraine. J’ai remarqué qu’on était fatigués. J’espère que cela ne se fera pas trop sentir à Nancy. « Il faut essayer de se reposer le plus possible durant le vol ce qui n’est jamais évident, car il y a le décalage horaire » enchaine le coach Xavi Pascual.

Nancy, 21 octobre 2008 – la location bat son plein, mais l’enjeu sportif prime. Cédric Heitz, l’assistant de Monschau, avale, admiratif du talent de Navarro, les dernières images des sorties de Barcelone. Michel Morandais, qui est resté trois mois au FCB la saison dernière est aussi une mine d’infos, tout comme John Cox, le cousin de Bryant. « Je l’ai eu au téléphone. Bien-sûr, on a parlé du match. Il m’a dit que Barcelone était une belle équipe, très expérimentée. En fait, il m’a surtout parlé de Navarro. Il m’a dit que tous les ballons passaient par lui, que c’était un joueur rapide, avec un super shoot… ». Avant d’enchainer : « Certains de mes coéquipiers comme Ricardo et Jeff Greer, Cyril Julian ou Michel Morandais ont déjà joué l’Euroleague. Ils savent un peu à quoi s’attendre. Pour des gars comme Lamayn (Wilson) et moi ce sera la première fois. C’est aussi pour ça que nous avons signé à Nancy ».

Nancy, 22 octobre 2008 – C’est sûr, la salle sera pleine, il ne reste que 300 billets à écouler. Le charter privé du FC Barcelone est à l’heure : il atterrit, comme prévu à 12h15 à Louvigny. Ils logent au Novotel de Laxou, s’entrainent à 19h. L’espagnol est la langue officielle du club ce qui étonne les Lorrains. « On veut briller sur tous les tableaux, lâche coach Pascual. Quand on s’appelle Barcelone, on ne peut pas avoir une autre philosophie. Ce que je sais de Nancy ? Tout j’espère… ». Son alter ego de Nancy, Monschau est prudent : « Le jeu d’attaque de Barcelone est flamboyant. Si notre défense tient, j’ai bien dit si notre défense tient le choc, on aura peut-être alors une chance d’exister ».

UNE DÉFENSE CATALANE ÉTOUFFANTE 

Face à face entre Cyril Julian et David Andersen. @Belleneger/Getty

Nancy, 23 octobre 2008 – C’est un grand jour pour Nancy : basketteurs et footballeurs reçoivent le même soir en Coupe d’Europe. L’ASNL accueille (et battra Feyenoord (3-0) en Coupe de l’UEFA devant 11.512 spectateurs). Michel Morandais explique dans la presse du jour : « On les respecte, c’est sûr, mais on ne les idolâtre pas. On est à domicile, et peut-être que le décalage horaire peut jouer en notre faveur (en référence à la tournée américaine) ». Beaucoup d’observateurs considèrent qu’il vaut mieux affronter les grosses écuries en début de saison. « Je suis d’accord, je ne suis pas certain qu’ils seront aussi pointilleux que dans cinq-six matches ». Les suiveurs calculent que les salaires de Navarro et d’Andersen équivalent au budget global du SLUC…

Le match ? A guichets fermés, il dure une mi-temps en étant bienveillant. Après, Barcelone a posé sa griffe sur les débats, ne concédant que 19 points en seconde période. Trop de lacunes, trop d’inhibitions, trop d’individualités en échec (Greer : un tir réussi sur 6, 6 balles perdues, 0 d’évaluation, (« mon pire match depuis que je suis à Nancy), Cox, Tchicamboud).

En fait, on attendait Barcelone et son attaque de feu. On vit surtout sa défense. « Ricardo a été ciblé, c’était dur pour lui ce soir » explique Jacques Monclar, commentateur à la télé. « Mes meneurs, complétement étouffés, n’ont jamais pu jouer face à cette remarquable défense catalane », explique Monschau.

Les grands (Ilyasova et Santiago) ont pilonné à l’intérieur, dominant largement Zaki et Benson. Ersan Ilyasova, 21 ans, a survolé les débats (18 points, 12 rebonds, 26 d’évaluation). Navarro, lui, n’a pas eu à forcer. Seul Lamayn Wilson (19 points, 15 d’évaluation) surnage avec Cyril Julian sur un bref passage.

28 points au final. Sacré bizutage ! « Arrêtez de parler de claque, s’énerve Jean-Luc Monschau. On a perdu un match, point. Ce qui m’agace, c’est qu’on laisse dix points en fin de match (…) On n’a pas apprivoisé l’événement ».

« Apprendre, et vite » conseille, en titre, Arnaud Lecomte dans l’Equipe. « Fessé par un Barcelone altier, le SLUC Nancy, devra trouver très vite un niveau défensif adéquat… »

Si les Lakers termineront champions, le Regal Barcelone sortira premier de la poule B (devant Montepaschi Sienne, le Pana, Prokom, Zalguiris et le SLUC qui devra se contenter de deux maigres victoires : Kaunas (avec le jeune Mantas Kalnietis) et Prokom Sopot (avec David Logan). Au Final Four, à Berlin, Barcelone chutera en demi-finale face au CSKA Moscou et se consolera avec la 3° place et le titre espagnol. Le Pana, lui, sera sacré comme en 2007 en battant le CSKA Moscou (93-91). Navarro sera déclaré MVP de la saison et Ilyasova repartira vite fait en NBA.

Bref, cette poule B était quand même très forte…

LE MATCH EN VITESSE

SLUC Nancy- Regal FC Barcelone : 54-82. (15-21, 20-20, 10-25, 9-16). Evaluation : 50-106. 6 000 spectateurs.

Nancy : Cox, Morandais (3), Wilson (19), Julian (6), J. Greer (6), Tchicamboud (3), Zaki (2), Benson (2), Samnick (11), R. Greer (2).

Barcelone : Basile (6), Barrett (2), Trias (2), Barton (4), Lakovic (9), Navarro (4), Andersen (8), Vasquez (12), Ilyasova (18), Sada, Grimau (8).

Sources : Thomas Simon, Anthony Guille, Gilles Gahier (Est Républicain),

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About Dominique WENDLING (30 Articles)
Ancien journaliste, joueur, entraîneur, dirigeant, président de club. Co-auteur, avec Jean-Claude Frey, de "Plus près des étoiles", le livre paru fin 2018 sur les 90 ans de la SIG Strasbourg.

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