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Quand Tony Parker Sr boostait Denain en finale de la Coupe de France

Coupe de France

26 mai 1984 : l’AS Denain Voltaire et l’Omnisports Hyérois s’affrontent en finale de la Coupe de France à Schiltigheim, la ville de naissance de Jean-Paul Beugnot, celui-là même qui avait sèchement privé, en Alsace également (Mulhouse), de leur première Coupe en 1958.

Denain, c’est le club né dans la cour de l’école Voltaire en 1947 lorsque l’instituteur Jean-Marie Degros y planta des paniers de basket. Et trouva en son fils, Jean, un fieffé adepte de ce sport et une ascension jusqu’à la victoire en Coupe de France en 1960. C’était contre Auboué grâce à un ultime un panier de Degros : 67-66 après avoir sorti le Stade Français en demi-finale au terme d’une prolongation terminée à … trois contre cinq.  Un titre de champion de France de Nationale 1 en 1965, acquis à la dernière journée, fut son morceau de bravoure.

Tony Parker sénior, le Denaisien, avec Tony Parker très junior…

Denain, c’est aussi une sacrée école avec, outre Degros, les Staelens, Lempereur, Ledent, Dubuisson, Demory, Dassonville, Hersin, Lecerf…

Mais quand on parle de Denain, mieux vaut laisser la parole à Pierre Maincent, grand chantre du basket nordiste, qui, évoquant ses grandes heures – les années 60 – et resituant le contexte d’alors écrivait : « Le basket français vivait surtout d’acquis, à l’exception de deux ou trois équipes qui travaillaient, répétaient, s’entrainaient. L’une, le PUC, dans le génie tourmenté de la recherche. Un art pour l’art plaisant et ravissant les puristes. Parmi les autres, Villeurbanne achevait ses joueurs titrés, Mézières s’appuyait de tout son poids sur les épaules de Jean-Paul Beugnot. Tout cela manquait d’enthousiasme, de sang. Sauf peut-être du côté de Bagnolet, fidèle à une formule de basket fou. Denain allait apporter de l’inédit. Sans élément de grande taille, comme si le développement des gosses se limitait à la hauteur de plafond des mines et des ruelles d’aciéries, Denain choisit d’imposer un rythme, une pression, une joie de jouer que personne, ou presque n’imaginait possibles. Pas plus que l’in imaginait durable l’abnégation de six équipiers œuvrant pour le seul véritable talent du groupe, un Jean Degros déjà international. Et le faisant sans rechigner. C’est là pourtant que résidait la vraie force de Denain, sa véritable source de réussite. Dans la formation laborieuse de gens habitués aux plus rudes tâches civiles, fils et petits-fils d’émigrés polonais ou Flamands de souche et connaissant toute la valeur du travail d’équipe » (in « Les grandes équipes de basket »).

Denain, champion de France en 1965, ce n’était que la suite logique d’une adaptation raisonnable des moyens du club aux conditions alors faites au basket. Une sorte d’opportunisme, l’instinct ou l’intelligence de la situation. Le résultat d’une politique de recrutement purement régionalisée et facilitant l’intégration.

Quand le « système » changea, quand le coca se mit à côtoyer la bière, Denain qui avait résisté jusqu’en 1972, périclita, faute de ressources, malgré les Truitt, Bustion, Wymbs notamment pour quitter l’élite en 1978.

Pourtant, le club resta aux avant-postes dans l’anti-chambre avec un mérite certain.

C’est ainsi qu’en 1984, en Nationale II, l’AS Denain-Voltaire titilla le Mulhouse BC, champion de la poule B en terminant à deux longueurs. Elle confirma en Coupe de France, celle qui depuis 1982 et jusqu’en 1995, excluait les clubs de l’élite, mais compta exactement 748 clubs engagés.

Et mena bien sa barque, toujours à l’extérieur : 77-89 à Ste Marie-aux-Chênes (32° de finale), 66-125 à (St Quentin (seizièmes de finale), 79-98 à Sceaux (huitièmes), 72-93 à Golbey – Epinal (quarts) et enfin, des demies très serrées face à la JDA Dijon (101-98).

JEUNES TALENTS ET DEUX AMÉRICAINS 

Une phase de la finale. @DNA

Il faut dire que l’équipe avait de l’allure : on retrouva des jeunes talents du cru (Bourse, Mouton, Lempereur) aux côtés du solide Ernie Signars qui fera une belle carrière de joueur puis de coach en France ainsi que d’un certain Tony Parker, 27 ans, 1,95m, originaire de Chicago et passé par l’université de Loyola.

C’est lui qui fut l’indiscutable fer de lance de l’équipe cornaquée par Jean Degros et managée par Alain Blondé. Parker était venu à Denain deux ans plus tôt. Degros raconte son recrutement : « On avait une équipe en devenir extraordinaire. Mais on cherchait un étranger pour vraiment décoller. On a vu Tony à un tournoi en Belgique. On a tout de suite su que c’était lui qu’il nous fallait. Le soir, je l’ai emmené boire une bière, je voulais voir s’il était réellement costaud. Le lendemain il nous a mis 41 points ». Il signa en 1982 grâce à Degros et Jean-Pierre Staelens et contre l’avis des dirigeants denaisiens après un périple aux Pays-Bas (Haarlem, Leiden) et en Belgique (Bruges et Merxem).

Ce soir-là, à Schiltigheim, Denain affrontait Hyères, promu en Nationale II cette saison (6°), qui s’était qualifié en écartant successivement Cournon (90-95), Roanne (110 -100), Orléans (75-85), et enfin St Brieuc (84-86). Peu de marge mais du mérite pour les troupes du coach Philippe Legname emmenées par James Clabon, Yaya Cissokho et Jérôme Mugnaini, trois joueurs très solides.

Les Varois firent d’abord la meilleure impression, prenant la finale en mains (14-26). Mais Denain resserra sa défense. Et compta sur Tony Parker, fringuant, qui subjugua par son style chaloupé, capable de couvrir trois mètres avec un seul dribble. Onze égalités dans les huit dernières minutes firent monter l’intensité dramatique.

A 2’03, Parker marque encore (98-96). Trente secondes plus tard, Mouton hérita de trois lancers francs : il marque le premier, mais rate les deux suivants (99-96). Sur la remise, Mugnaini marque (99-98). Chaque équipe rate une occasion. Temps mort. Il reste 7 secondes. Balle à Hyères, Mugnaini file le longe de fond, cherche le contact et la faute. L’arbitre siffle. Faute ou touche ? Mugnaini avait mordu la ligne. Balle à Denain. Il reste une seconde. Les Varois protestent avec rage. Il est trop tard…

Lorsque la sirène retentit, les supporteurs de Denain envahirent le terrain et Philippe Legname se précipita vers la table de marque, s’empara de la Coupe, la fit toucher à chacun de ses joueurs – parmi eux le jeune Jean-Louis Borg – avant de la reposer exprimant à sa manière sa frustration d’avoir perdu aussi près du but.

En finale, James Clabon, le meilleur Hyérois, a posé des problèmes à Denain et Ernie Signars. @DNA

Battu par St Brieuc en finale en 1982 (81-79) après avoir été battu par Mézières en 1958 (79-42), par Nantes en 1966 (65-58) et par Villeurbanne en 1967 (88-82), Denain gagna enfin, malgré l’absence de son meneur, Evrard, suspendu, et succéda à Challans au palmarès.

Mitraillé par son massif papa, venu spécialement des Etats-Unis, Ernie Signars se vit remettre la Coupe. Quant au coach victorieux, Alain Blondé, CTR des Flandres en rupture de ban, il quitta le Nord sur un doublé, une semaine après avoir conduit les filles de Raismes au titre de champion de France de Nationale IV. Destination, le Grenoble BC. Mission accomplie pour lui avec ce coup de projecteur remis sur un club historique.

Quant à Tony Parker, dont le fiston, futur NBAer, venait de fêter ses deux ans, il rallia le BC Dieppe quelques semaines plus tard. Avec, au bout, une première place de la poule en Nationale IV et hissa l’équipe jusqu’en demi-

finale, perdue sur le fil contre Cherbourg (75-74). L’année suivante, il termina second en Nationale III.

LE MATCH EN VITESSE

  • Denain -Hyères : 99-98. Mi-temps 56-55. Salle Leclerc à Schiltigheim. Arbitres : MM Sorrentino et Altmeyer.
  • Denain : 40 paniers, 19 lancers francs réussis sur 25, 15 fautes. Les points : Parker (35), Bourse (23), Signars (20), Lempereur (12), Mouton (9), Wilcik.
  • Hyères : 46 paniers, 6 lancers francs réussis sur 9, 19 fautes, Cissokho éliminé (37’). Les points : Clabon (31), Owen (20), Cissokho (19), Mugnaini (18), Binet (8), Vallabregue (2), Borg.

Le programme de la finale.

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About Dominique WENDLING (28 Articles)
Ancien journaliste, joueur, entraîneur, dirigeant, président de club. Co-auteur, avec Jean-Claude Frey, de "Plus près des étoiles", le livre paru fin 2018 sur les 90 ans de la SIG Strasbourg.

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