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Coupe de France 1953 – Villeurbanne ouvre le palmarès

Coupe de France

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

2 mai 1953 : C’est jour de finale de la première édition de la Coupe de France de basket. Aux prises, à Paris, sous les yeux du président Vincent Auriol, l’AS Villeurbanne, qui vient de perdre son titre de champion de France, et le FC Mulhouse, promu dans l’élite. Mais avant cette finale, c’est une étonnante équipe d’un village landais qui défraye la chronique…

Il n’y a pas de honte à reprendre des recettes qui fonctionnent. Au contraire, c’est plutôt signe de sagesse… La Coupe de France de football, lancée en 1918, a considérablement développé la popularité de ce sport avec son lot de dramatisation, de surprises, de légendes. « Cette épreuve apporte la fête dans les villes et les villages. Pourquoi de pas s’en inspirer ? » lance, en 1951, Robert Lechat, président de la Commission sportive de la FFBB.

2 mai 1953 – Le capitaine du FC Mulhouse, le Lituanien Grybauskas, présente son compatriote Gaillus au président de la République, Vincent Auriol.

Pourtant, il a dû combattre certaines réticences.  Dans les années 50, le basket, même s’il est le plus souvent joué en plein-air, apparait plutôt cartésien : la hiérarchie semble établie dans les différentes divisions et, sur un terrain, les grands, les costauds et les bons figurent dans les rangs des meilleures équipes, rendant – en théorie – les surprises bien plus improbables qu’au foot. « Va pour une Coupe de France de basket ! » répondent les élus. Car il y a vrai un coup à jouer pour donner un grand coup de projecteur sur ce sport qui n’a pas acquis ses lettres de noblesse. Il faut le tenter !

On reprend les règles simples du foot : oppositions par tirage au sort au niveau régional pour limiter les déplacements et les frais, les clubs de Nationale entrant en lice en 32° de finale. On trouve un partenaire, ce sera le Challenge Dubonnet.

Le succès est immédiat et les équipes huppées jouent le jeu, quitte à se faire chahuter dans les contrées lointaines et inhospitalières. Faire œuvre de propagande fait aussi partie de leur mission.

GAUJACQ, 604 HABITANTS, CRÉE L’ÉVÉNEMENT

Il faut toujours un angle pour créer l’événement. Le côté David contre Goliath fonctionne bien dans les épreuves de Coupe. Ce sera un grand classique. Le David 1953 vient de manière totalement inattendue des Landes et se nomme Gaujacq, village de 604 âmes, dont l’équipe, les Cadets de Chalosse, coupe une à une les têtes couronnées.

Après avoir éliminé la JSA Bordeaux, puis le CA Béglais, le SA Bordeaux, l’US Châtelaillon et enfin Gaillac en 32° de finale, les Cadets reçoivent le PUC, 4° d’une des deux poules en Nationale pour le compte des 16° de finale. C’est l’événement ! On est le 1° février, le terrain de l’arène est boueux, excluant les dribbles. La balle st lourde. Les étudiants du PUC avec les Owens, Crost, Gravast, habitués à plus de confort, sont déboussolés. L’ambiance festive – 3 000 spectateurs massés sur la colline qui surplombe les arènes de Gaujacq – les passes ultra-rapides, l’énergie endiablée déployée par les Cadets ne laissent aucune chance aux Parisiens beaux joueurs et salués pour leur fair-play (60-43). Dans la soirée, ils sont d’ailleurs conviés à une grande fête mémorable qualifiée « d’orgie romaine » par Alex Cazalis, le journaliste local.

Les Cadets se connaissent depuis l’enfance, sont unis comme les doigts d’une main, portés par André Lacoste, fin technicien et tacticien, le capitaine René Carrère et ses trois frères qui ont grandi dans la boulangerie familiale à quelques pas du terrain de basket. Tous les ingrédients sont réunis pour un scénario idyllique. De fait, l’histoire et la légende sont en marche.

2 mai 1953 – Vincent Auriol, président de la République, remet la Coupe de France à André Buffière sous les yeux de ses coéquipiers Henri Rey et Gérard Sturla, ainsi que MM Masson, ministre des Sports et Boizard, président de la FFBB.

En 8° de finale, en février, c’est Championnet Sports, autre cador référencé de la Nationale, qui se présente dans l’arène. Les Cadets vont-ils confirmer ? L’écho s’amplifie, la résonnance devient nationale. Le match est offensif et haletant. Championnet semble devoir imposer la hiérarchie, mais dans un ultime coup de rein, les jeunes Chalossais s’imposent à nouveau (65-62) ! La foule est à nouveau en liesse. Le Sud-Ouest est sous le charme. La presse sportive nationale s’emballe.

10 000 SPECTATEURS DANS LES ARÈNES DE MONT-DE-MARSAN

Le tirage au sort des quarts de finale donne le Stade Français comme adversaire des Landais. Devant l’incroyable engouement, les Cadets de Chalosse voient grand : ils réservent les arènes de Mont-de Marsan ! De fait, 10 000 spectateurs s’y entassent le 15 mars pour une recette de 1, 7 millions de francs. Robert Lechat, le préfet, le président de la Fédération de rugby, toutes les sommités locales assistent à un scénario irréel : Le Stade semble prendre la main, les Landais ratent …19 tirs de suite. Est-ce la fin de la belle aventure ? Les spectateurs neutres le pensent. A quelques minutes du terme, les Parisiens mènent 40-32. Mais le public landais y croit toujours, d’autant que Les Cadets reviennent à deux points 43-41 ! Et René Carrère hérite de deux lancers-francs. Il réussit le premier, puis le second et égalise sur le fil (43-43). Match nul ! Les arènes rugissent de plaisir. En prolongation, la vitesse, le souffle et toute l’ardeur du public transcendent Gaujacq survolté qui passe une nouvelle fois (61-54) !

« Les Cadets de Chalosse de Gaujacq ont produit un spectacle inoubliable, s’enthousiasme le chroniqueur de Sud-Ouest le lendemain. (…) Rarement spectacle sportif n’emporta la foule d’une telle manière, la valeur des équipes, l’esprit de clocher y contribuèrent, mais l’incertitude du score en fut le principal artisan. Et c’est ça le mérite du basket-ball : fournir des scores importants. Et c’est le mérite de Gaujacq d’avoir lutté jusqu’au bout malgré l’apparente maladresse et d’avoir montré aux Landais le vrai visage du basket-ball. Aidés par des qualités physiques étonnantes, ils peuvent jouer à grand train pendant près de deux heures et battre qui paraissait plus malin qu’eux ».

LES CADETS DE CHALOSSE EN DEMI-FINALE !

2 mai 1953 – Gérard Sturla s’infiltrant dans la défense du FCM fait la Une de Miroir Sprint.

C’est ainsi que les Cadets de Chalosse entrent dans le carré final de cette première Coupe de France, équipe du championnat régional, avec trois nationaux : le FC Mulhouse, Besançon et Villeurbanne. En demi-finale, ils héritent de Villeurbanne, champion de France en titre. Mais, cette fois, ce sera sur terrain neutre, au Vel d’Hiv à Paris et non à Mont-de-Marsan qui s’était pourtant déclaré candidat. Le déplacement en 3° classe est à lui seul un événement tout comme les festivités mondaines et médiatiques précédant la rencontre. L’équipe est devenue l’attraction et le chouchou du sport français. Les Cadets s’y plient de bonne grâce, mais laissent beaucoup d’influx.

De fait, la demi-finale ne dure qu’une mi-temps. S’ils mènent encore à cinq minutes du repos (28-25), les jeunes Landais prennent une volée et sont menés à la mi-temps (28-35). Plus technique, plus athlétique, plus expérimentée, et supérieurement emmenée par Buffière, l’ASVEL trouve les brèches et arraisonne les régionaux submergés par l’environnement et orphelins de leurs supporteurs. Le score est sans appel (79-47). Mais Gaujacq, entré par effraction dans la légende du basket français, a bien mérité la Coupe Clavé qui récompense le club régional étant allé le plus loin dans l’épreuve.

Un véritable bain de fraicheur comme le raconte Pierre Lisse dans les Actualités landaises :
« Pas de super vedettes mais une condition physique parfaite, de l’adresse, de la souplesse, une incroyable rapidité qui étouffe l’adversaire du début à la fin du match, des contre-attaques fulgurantes, dépourvues de fioritures mais terriblement efficaces. Pas de fumeurs, pas de buveurs, pas de veillées, ni gueuletons (…). Avec cela une gentillesse et une modestie, une bonne humeur et une correction qui forcent l’admiration et la sympathie générale du public et des adversaires. C’est une équipe de copains qui jouent pour le plaisir, pour la joie et l’amour du jeu, avec un moral à toute épreuve, un désir farouche de gagner et un esprit d’équipe et de clocher qui forcent la victoire. Mais il y aussi à Gaujacq des dirigeants exceptionnels, au dévouement passionné et soutenu, vivant en contact permanent avec leurs joueurs et qui savent se faire aimer et respecter ».

Les Cadets, qui sauront surfer sur leur nouvelle renommée, monteront plus tard en championnat de France avant de refermer cette parenthèse enchantée.

LE FC MULHOUSE MUET A LA REPRISE 

Et cette première finale ? Le FC Mulhouse se débarrasse de Besançon et rejoint l’ASVEL pour l’apothéose au Palais des Sports de Paris. Elle se dispute le 2 mai.

En championnat, chacun a gagné chez soi de 15 points. La finale est donc particulièrement ouverte. Vincent Auriol, le président de la République, et les spectateurs assistent à un match étrange, loin des chevauchées débridées de la surprise de l’année. Un match fermé, tactique, placé sous l’autorité des deux capitaines, l’international Buffière et le Lituanien Grybauskas. Les Alsaciens prennent un meilleur départ, par Schlupp et Hoff (6-21), comptent 18 points d’avance après 14 minutes de jeu et mènent confortablement (17-31) à la mi-temps devant des Lyonnais bredouilles. La Coupe semble avoir choisi son camp.

15 mars 1953 – Devant 10 000 spectateurs dans les arènes de Mont-de-Marsan, coup d’envoi des quarts de finale entre les Cadets de Chalosse (short blanc) et le Stade Français.

Mais, au retour des vestiaires, le changement est radical avec une ASVEL enfin plus fluide, plus efficace et, à l’inverse, un FCM muselé. Un 16-2 magistral permet aux Lyonnais d’égaliser (33-33). Mulhouse ne réussit plus rien de bon, ne marquant que … 9 points en deuxième période. Rey et Sahy donnent le coup de grâce pour une courte victoire que le FCM aura perdu la bataille tactique (43-41). Les équipes : H. Rey (16), R. Sahy (13), G. Sturla (7), A. Buffière (2), G. Minard (2), P. Christophe (2), P. Levet (1) et F. Vermorel, côté ASVEL, V. Grybauskas (17), H. Hoff (13), P. Schlupp (9), P. Sitterlé(1), L. Groene (1), R. Mittelberger, T. Graillus et C. Wendling, au FCM.

Le président Auriol remet ainsi le Challenge Dubonnet à André Buffière, capitaine d’une équipe de Villeurbanne, dominatrice dans les années 50 avec la conquête de six titres de champion de France et deux Coupes de France.

De quoi ravir Robert Lechat qui, en juin 1953, écrit dans la revue « Basket-Ball », l’organe officiel de la FFBB : « Le conte de fée des Cadets de Chalosse a fait une large publicité à cette Coupe de France. La réussite ne s’est pas fait attendre, surtout en province. L’année prochaine verra ce succès populaire aller croissant ».

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About Dominique WENDLING (27 Articles)
Ancien journaliste, joueur, entraîneur, dirigeant, président de club. Co-auteur, avec Jean-Claude Frey, de "Plus près des étoiles", le livre paru fin 2018 sur les 90 ans de la SIG Strasbourg.

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