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Kareem Abdul-Jabbar, un monument à Paris (1976-2020)

NBA Paris Game

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Dans le cadre des activations autour du NBA Paris Game 2020, des légendes des deux clubs sont annoncées : deux vétérans des Charlotte Hornets (Muggsy Bogues et Dell Curry) et l’ancien des Bucks, Kareem Abdul Jabbar. Retour sur quelques venues réelles ou… virtuelles dans la capitale du grand Kareem, véritable monument du basket mondial.

MAI 1976

Kareem Abdul Jabbar, transfuge des Milwaukee Bucks, boucle sa première saison NBA aux Lakers, en reconquête. Jerry West, Wilt Chamberlain, Elgin Baylor ne sont plus là. Et les playoffs manqués pour la deuxième fois de rang après 18 qualifications de suite. En arrivant à Los Angeles, à 29 ans, après une bague en 1971 et trois titres de MVP, il vient de frapper les imaginations d’emblée cette saison-là, réussissant, entre-autres, 5 triple-double, 34 rebonds contre les Detroit Pistons, 7 interceptions contre les Braves de Buffalo. Et, pour conclure, un nouveau titre de MVP, devant Bob Mc Adoo.

A l’occasion d’un voyage en France, Kareem Abdul’Jabbar en visite à la mosquée de Paris en 1976 @ La fabuleuse histoire du basket-ball

La saison sans playoffs s’arrêtant tôt, Abdul Jabbar a du temps. En particulier, pour honorer un premier rendez-vous en France, initialement programmé durant l’été. L’idée est notamment de finaliser une chaussure sur mesure chez son équipementier, Adidas, en Alsace. Le modèle, la Superstar blanche, a été conçu à Dettwiller, où les techniciens ont ainsi pu répondre directement à ses exigences et prendre les mesures précises de ses deux pieds avant de lancer la production d’une série spéciale qui lui sera strictement réservée. Une visite au siège de Landersheim et dans l’usine, et c’est le retour vers l’aéroport d’Entzheim. Direction Paris. Durant son périple, Kareem est cornaqué par son agent et par Yves Wentzel, l’ancien international junior, en charge du basket chez Adidas. En arrivant à l’aéroport, il s’extirpe avec peine d’une énorme limousine. Jimmy Hayes, joueur à la SIG et fan de KAJ, l’attend. Se présente à Abdul Jabbar et lui propose d’échanger en attendant l’avion. On sent vite que le géant est chafouin. L’agent s’interpose : « No ! ». Prétextant un mal de tête et refusant tout médicament, religion oblige, le pivot des Lakers, taciturne, s’enferme dans un mutisme total. Jimmy tente un coup de poker et lui tend la page sport d’un journal américain et lui montre les premiers résultats des playoffs. Il se déride enfin. Lorsqu’on lui demande ce qu’au fond le basket représente pour lui, il répond :

« C’est un métier, un travail sûrement. Mais tout dépend de l’intérêt des matches et des déplacements. Le plus souvent, je considère les rencontres comme une distraction, du sport, malgré tout l’aspect show-bizz qui les entoure ».

Lorsque Jimmy, New Yorkais d’origine comme lui, évoque le nom de Jack Donohue, (futur coach de l’équipe du Canada) qui avait guidé leurs premiers pas des basketteurs au collège. Le visage de Kareem s’éclaire enfin. La migraine est oubliée. L’échange dure un moment, porte notamment sur son engagement dans la lutte pour les droits civiques des afros-américains et sa conversion à l’islam durant sa dernière année à UCLA en NCAA où un certain Bill Sweek était son coéquipier et le formidable formateur John Wooden leur coach. Il évoqua également son regret que les gens le considèrent comme un objet de 2,19m et tient à séparer sa carrière de basketteur et sa vie privée avec ses engagements. Ainsi parlait Jabbar quand on le pria d’aller embarquer. Il se lève, emporte le journal, fit quelques pas avant de se retourner et lancer : « Good luk ».

Dans la foulée, il s’envole vers Paris, et, le lendemain, visite quelques musées avant de rallier la Mosquée de Paris. Mutique – le mal de tête est revenu – Kareem est accueilli. Il choisit une djellaba couleur sable, la plus grande, elle ne lui va que jusqu’aux genoux. Petite toilette à grande eau dans la salle des ablutions. De la banane qui ne le quitte pas, il sort un bonnet en laine mauve. Il se penche pour entrer dans la salle des prières. Il prie. S’incline, se prosterne aux côtés de quelques fidèles. Plus tard, le recteur lui offre un exemplaire dédicacé du Coran. Enfin, il se déride, et parle… arabe. Un journaliste lui montre la Une d’un journal (« Alcindor à Paris »), il répond : « Alcindor, connais pas ». On évoque Bill Sweek, joueur du Stade Français, mais aussi Nelson, un autre Stadiste qui fut sa doublure à Milwaukee et encore Art Kenney, l’ancien Manceau, qui a joué avec lui dans la même école à New-York (Power Memorial High School).

Ainsi se passe ce premier séjour français pour celui qui allait conquérir 5 autres titres en NBA (1980, 82, 85, 87, 88 avec les Lakers), être nommé MVP de la saison à 6 reprises, être sélectionné 19 fois au All Star Game, marquer 38 387 points entre 1969 et 1989 (moyenne 24, 3 points !), réussir 870 double double, 22 triple double en 1560 matches de NBA et faisant du « sky hook » un tir aussi imparable que culte.

Mars 1976, aéroport d’Entzheim : Kareem Abdul Jabbar en discussion avec Jimmy Hayes alors joueur de la SIG @ D Wendling

Le fils de Ferdinand Alcindor Sr, agent de police, issu d’une famille venue de Trinidad dans les Caraïbes vers New York, Harlem puis Inwood, où il apprit la mixité sociale, la diversité et l’application des valeurs familiales (fierté, honneur, discipline, dignité) était né en 1947 pesant 5,73 kg pour 57,2 cm. Il porta le n° 33 en l’honneur de Mel Triplett, le footballeur américain des Giants de New-York.

JUILLET 1989

Mars 1976 : Kareem Abdul Jabbar en visite chez adidas à Dettwiller @ D Wendling

Abdul Jabbar a joué longtemps en NBA, – 20 saisons -, puis il a entraîné, écrit, joué dans des films, plaidé toujours la cause des démunis, prônant l’égalité entre les races. Quand, soudain, à l’été 1989, une rumeur incroyable perce en France : Kareem Abdul Jabbar pourrait signer au Racing Paris ! Il a 42 ans et ses très beaux restes suffiraient largement pour le championnat de France. Patrick Chêne, alors journaliste sur Antenne 2, raconte le dîner à Paris à l’initiative du coach George Fisher, en compagnie de Abdul Jabbar trois ans plus tôt. « C’était sérieux. En marge de son étonnante culture et de son extrême gentillesse, j’avais retenu de lui cette phrase :

« Si un jour, je quitte LA pour jouer dans un autre club, ce sera Paris. Pour prendre le temps de profiter des musées… »

George Fisher prenant en mains les destinées du Racing Paris en 1989, Gregor Beugnot arrivant dans une équipe forte de Hervé Dubuisson, Eric Occansey, Rudy Bourgarel (le père de Rudy Gobert), et surtout, Abdul Jabbar ayant annoncé sa retraite aux Lakers, les astres pourraient être alignés ? Paris et le petit monde du basket bruissent. On se met à rêver. En pure perte, hélas. Malgré le chèque d’un million de dollars que le Racing aurait mis sur la table…

Kareem Abdul Jabbar reviendra bien à Paris, mais pour des opérations commerciales comme en 1994 pour fêter les 10 ans de Canal + en commentant un match de NBA avec Eric Besnard et George Eddy ou en septembre 2016 où dans le cadre du programme NBA Legend, il inaugura un terrain de basket à Paris en compagnie de Robert Horry et Ronnie Turiaf.

Il reviendra une nouvelle fois à Paris ce week-end. C’est déjà ça…

Sources : L’année du basket 1976 (Calmann Lévy), Maxi Basket, Plus près des étoiles (ID L’Edition).

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About Dominique WENDLING (28 Articles)
Ancien journaliste, joueur, entraîneur, dirigeant, président de club. Co-auteur, avec Jean-Claude Frey, de "Plus près des étoiles", le livre paru fin 2018 sur les 90 ans de la SIG Strasbourg.

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