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[Portrait] Gus Williams, à sa juste valeur ?

Portrait

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Et si Gus Williams (66 ans aujourd’hui) était le joueur le plus sous-coté de tous les temps ? Dis comme ça, la question peut paraître saugrenue. Et puis, on y regarde de plus près et on comprend rapidement que celui que l’on surnommait The Wizard a des arguments à faire valoir.

Gus grandit dans le nord de New York, avec sa mère qui élève seul ses six enfants depuis qu’elle a perdu son mari quand Gus avait six ans. De cette jeunesse est née une relation fusionnelle avec génitrice :

« Elle est ma femme préférée. Une seule et unique. Ma mère est devenue maman et papa, une amie et tout le reste. Nous n’avons jamais manqué de rien. Nous avions de la nourriture. Nous avions des vêtements sur le dos. Elle nous a appris à bien nous comporter. Mais nous avions aussi un voisinage très uni. Si vous traversiez la rue et que vous faisiez quelque chose, les amis de ma mère nous remettaient dans le droit chemin. »

Dès lors, Gus se met au ballon orange et joue sur le playground, même sous la neige. Il aime le jeu, et acquiert un sourire qu’il ne quittera plus et qui deviendra mythique sur les parquets de NBA.

Les débuts dans le basket sont pourtant quelconques. Il se met qu’à jouer sérieusement à la fin de ses années de lycée à Mount Vernon, où il est la star locale. Derrière, Gus entame une carrière universitaire banale à l’université de Southern California, à l’autre bout du pays :

« Je ne voulais pas aller près de là où je serais à la maison tous les weekends. Je voulais voir une autre partie du monde. »

Trois saisons où il progresse constamment statistiquement pour terminer à 21.2 pts de moyenne et est élu dans la Consensus All-American 2nd Team de l’année 1975. Mais à Los Angeles, le basketteur universitaire ne résume qu’à UCLA qui continue de tout écraser. Par conséquent, le buzz n’est pas au rendez-vous et Williams n’est sélectionné qu’au deuxième tour de la draft 1975 par les Warriors, champions en titre.

Gus Williams sous la tuniques des Warriors @ Sports Cyclopedia

À Oakland, sa première saison est encourageante (11.7 pts, 3.1 pds, 2.1 rbds et 1.8 stls en 22.4 minutes) avec une sélection dans la All-Rookie Team. Mieux, les Warriors terminent avec le meilleur bilan de la Ligue (59V-23D) et l’opportunité d’un Back-To-Back est véritable. Mais en finale de conférence, Phoenix (42V-40D) l’emporte à la surprise générale et cette défaite laisse des traces. Les hommes d’Al Attles étaient archi-favoris et perdent le Game 7 à domicile, match durant lequel Rick Barry refuse volontairement de shooter. Pour Gus, c’est la double peine avec une série catastrophique (5.8 pts à 28.2% aux tirs en cinq rencontres). Derrière, pas d’évolution notable. Sa saison sophomore marque une certaine stagnation et il signe à Seattle en tant que free agent en octobre 1977 : « Je voulais rester aux Warriors, mais ils ne semblaient pas intéressés à me garder. » Et ils vont le regretter…

Néanmoins, les débuts sont extrêmement difficiles d’un point de vue collectif : 5 victoires pour 17 défaites. Le front office des Sonics en a trop vu et change de coach en remplaçant Bob Hopkins par Lenny Wilkens. Comme par magie, tout bascule et Seattle enchaîne les victoires. Au All-Star break, le bilan est passé dans le positif (27V-22D). Et à la fin de la régulière, les Sonics obtiennent le quatrième spot de l’Ouest. Cette métamorphose peut paraître incroyable mais n’est pas si surprenante que ça. En effet, il y a du matos dans l’État de Washington. À l’intérieur, on retrouve la paire composée de Marvin Webster (qui explose) et Jack Sikma (qui se montre) pendant que John Johnson s’occupe de l’aile. À l’arrière, Fred Brown et Dennis Johnson soutient un Gus dont le calme et la vitesse font le plus grand bien. Du talent partout et une complémentarité indubitable. On se partage les minutes, et même l’ancien Paul Silas est là pour prendre les rebonds.

En playoffs, les Lakers, Blazers et Nuggets se font éliminer. À chaque série, Williams est le meilleur marqueur ET passeur de son équipe. En finale, ce sont les Bullets qui se présentent et Seattle mène 3-2 dans un duel rempli de matchs serrés. Gus est bon mais ne pratique pas son meilleur basket, avec notamment beaucoup de pertes de balles. Qu’importe, il reste une victoire à décrocher pour être sacré. Le Game 6 est un cauchemar de la plus grande importance (défaite de 35 points !!!). Le Game 7 se joue au Center Coliseum de Seattle et se termine sur une défaite des locaux. Handicapé par les fautes, Williams ne joue que 27 minutes en se donnant (8 rbds, 5 pds) mais sans trouver la mire (12 pts à 4/12). Pire pour les Sonics, son comparse Dennis Johnson rentre tristement dans le livre des records avec un horrible 0/14 aux tirs. Les efforts du tandem Sikma-Brown ne suffisent pas et Seattle laisse échapper un titre qui leur était promis. La saison se termine sur une frustration, mais a vu Gus s’imposer immédiatement, tout en ayant assisté aux débuts de son frère Ray Williams aux Knicks (il fera quelques belles saisons). Mais la pillule est dure à avaler :

« C’était le pire sentiment. Le pire. Tout l’été, de retour à New York. Nous avions perdu. À domicile. Et nous avons perdu Marvin (Webster) ».

Dès lors, les hommes de Wilkens n’ont qu’une seule idée en tête : prendre leur revanche ! Pour cela, les joueurs se donnent à fond, à commencer par Gus qui sort ses meilleurs chiffres dans plusieurs compartiments du jeu depuis son arrivée en NBA : points (19.2), rebonds offensifs (1.5), passes décisives (4.0) et pourcentages aux tirs (49.5). Gus avait annoncé qu’il serait « prêt » et il a tenu parole. Avec le meilleur bilan de la conférence, Seattle ne compte pas se rater et ce sont les Lakers (une fois de plus) qui en font les frais. 4-1 en demi-finale de conférence avec un Williams on fire : plus de trente points de moyenne, avec notamment un magnifique Game 2 (38 pts à 17/33). Aux portes des Finals, Phoenix s’avère être bien plus qu’un poil à gratter. Cette série est un petit bijou hitchockien : 2-0 pour les Sonics, avant de voir les Suns enchaîner trois victoires. Au Game 6, Gar Heard a le panier pour offrir la qualification à Phoenix mais en vain (105-106). Le Game 7 est splendide, et Gus en plante 29 à 12/24. Place à la finale, pour la vengeance. Et vu que sont les Bullets en face, ça sera une vraie revanche.

Les SuperSonics perdent le premier match, mais aligne quatre victoire de suite derrière. Au buzzer du Game 5, Gus jette le ballon en l’air avant de laisser éclater sa joie et ponctuer une excellente série. Car le moins que l’on puisse dire, c’est que Williams y est pour beaucoup dans le succès de Seattle : 28.6 pts (49.1%), 3.6 rbds, 3.6 pds, des moyennes qui doivent lui offrir le trophée de MVP des finales. Mais non, les votants lui préfèrent Dennis Johnson (22.6 pts, 6 rbds, 6 pds, 2.2 blks, 1.8 stls). Un choix contestable, même si défensivement la différence entre les deux joueurs est évidente. Au fond, l’essentiel est ailleurs, avec le plaisir de la parade dans les rues de Seattle et le fait que Gus est titulaire d’une équipe championne NBA à 25 ans. Et vu la gueule du roster de Seattle, on peut se dire que le succès va durer. Malheureusement, un certain Magic Johnon arrive dans la Ligue et forcément, l’Ouest prend une autre tournure.

Lenny Wilkens et Gus Williams @ Black Past

Confirmation lors des playoffs 1980 : Seattle termine à 56 victoires mais se fait tordre en finale de conférence par les Angelinos (défaite 4-1). Gus n’a pas eu à rougir sur la série (23.6 pts, 6.6 pds, 4.8 rbds) mais les Lakers sont les Lakers. Au tour précédent, contre Milwaukee, il avait éblouit le Game 7 avec 33 points à 13/20 aux tirs. Il venait d’être élu dans la All-NBA 2nd Team et était même rentré dans le classement du MVP de la saison. Pas de doute, Gus est dans son prime… mais n’est toujours pas reconnu. Aucune sélection All-Star, et une franchise qui ne lui propose pas assez niveau contrat. Trop c’est trop. Gus a aussi son caractère en dehors des parquets, et connaît sa valeur. Agent libre et mécontent de son salaire, il part au conflit avec les Sonics… ce qui débouche sur une saison blanche en 1980-81 !!! Oui, Gus Williams ne joue pas un seul match de la régulière alors qu’il est en pleine santé et dans la meilleure période de sa carrière. Il met en avant une question de dignité, plus que de billets verts. Vu son talent, pas difficile d’aller voir ailleurs mais les Sonics auraient le droit à une indemnisation et ce point complique le dossier :

« Au début, je pensais que c’était la bonne chose à faire (de partir de Seattle, NDLR). Certaines nuits, je ne pouvais pas dormir tellement je voulais jouer. »

L’affaire va jusque devant les tribunaux. Après plusieurs entrevues, Sam Schulman (le propriétaire et président des Sonics) et Howard Slusher (l’agent de Williams) concluent un accord. Les deux parties ont fait des compromis, et la pression était réelle du côté de la franchise, comme l’explique Zollie Volchok, le General Manager des Sonics :

« Nous avons eu une avalanche de courrier concernant Gus, et la plupart disait ‘‘Nous voulons Gus’’. Nous ne pouvions tout simplement pas marcher dans la rue et aller n’importe où sans que quelqu’un nous demande : ‘‘Qu’en est-il de Gus ?’’ » Et le souhait de voir Williams rester à Seattle ne venait pas seulement des fans : « Quand j’ai dit à Lenny Wilkens que la signature de Gus était finalisée, il m’a embrassé. »

Car sans leur numéro 1, Seattle a raté les playoffs. Williams a sacrément manqué aux Sonics, et doublement même. En effet, Dennis Johnson venait d’être échangé contre Paul Westphal (qui n’a plus évolué au même niveau sous ses nouvelles couleurs). Wilkens ne s’entendait plus avec DJ, alors sans son joueur porte bonheur qu’était Williams, le quotidien est rapidement devenu morose.

Mais le sourire revient immédiatement car Gus est de retour aux affaires, a des fourmis dans les jambes et va justifier son nouveau contrat de plus de 3 millions de $ en sortant une saison de maboul. Définitivement installé à la mène et totalement apaisée, il gonfle ses statistiques pour ajouter plusieurs lignes à son CV : 23.4 pts, 6.9 pds, 3.1 rbds, 2.2 stls pour finir (enfin) au match des étoiles puis dans la All-NBA 1st Team !!! C’est ce qu’on appelle un joli retour sur investissement.

Le maillot de Gus Williams aux SuperSonics @ ESPN

Cette reconnaissance du public (il termine second au vote des fans chez les guards de l’Ouest) et des journalistes (cinquième au MVP) récompense un basketteur sous-évalué ; et sacre surtout un style de jeu passionnant. Car Gus Williams manie parfaitement le cuir, détient une protection de balle de premier ordre et s’autorise toujours une petite feinte remplie d’hésitation. Ce geste malin est sa spécialité : au moment où l’adversaire pense qu’il va poser un autre dribble, hop Gus dégaine. Le pull-up jumper, le graçon aime ça. Mais il se contente également du catch & shoot quand il évolue ailleurs qu’à la mène. Et puis, attaquer le cercle ou passer ligne de fond ne lui pose aucun problème. De plus, Williams possède un excellent body control, avec l’intelligence de placement qui va bien pour chiper des rebonds ou gratter des possessions. Il va vite, très vite, tout en distribuant brillamment, ce qui lui vaut le surnom de The Wizard. Offensivement, Williams est un des meilleurs joueurs de la Ligue et surtout l’un des plus plaisants à regarder. Indiscutablement.

Mais les Sonics ne sont plus aussi souverains et solides qu’à la fin des 70’s. En effet, Fred Brown approche de la retraite, Lonnie Shelton ne step-up jamais en postseason alors que Bill Hanzlik et Wally Walker sont trop tendres. Lors des playoffs, élimination en demi-finale contre les Spurs (1-4) en 1982 puis face aux Blazers au 1er tour (0-2) en 1983, malgré le renfort de David Thompson. Le début de la fin de l’idylle entre Seattle et Gus, malgré une bonne dernière saison en 1984 (8.4 pds par soir, sa meilleure moyenne en carrière)… qui se solde sur une sortie contre les Mavericks (3-2).

N’avançant plus, Seattle entame sa reconstruction et elle passe par le trade de son ‘‘magicien’’. Direction la capitale, pour un nouveau défi. Chez les Bullets, la copie rendue est bonne mais l’équipe souffre des nombreuses blessures, surtout celle de Jeff Ruland. Durant la saison 1984-85, l’intérieur All-Star ne joue que 37 matchs et son retour en playoffs ne permet pas aux siens d’éviter l’élimination dès le 1er Tour contre les Sixers. Scénario identique en 1985-86 : Ruland à l’infirmerie et Philly pour le scalp en avril (3-2). Durant l’été, un nouveau différend contractuel a lieu entre Williams et son club, sans trouver d’accord cette fois-ci. En janvier 1987, les Hawks font appel à lui pour palier à la blessure de Spud Webb, back-up de Doc Rivers. L’expérience n’est pas une réussite, dure à peine plus de deux mois et signe la fin de carrière NBA de Williams. Il quitte la Ligue en laissant son sourire et des actions magique dans toutes les têtes, tout en ayant pris soin de rester fidèle à ses principes. Par exemple, lorsque son contrat avec Nike expire, il découpe la virgule de ses chaussures. Et puis c’est tout.

Il retourne à Mount Vernon et s’éloigne volontairement des caméras pour créer une entreprise qui vient en aide aux personnes ayant subi des violences domestiques. Puis il devient un businessman efficace dans l’immobilier et l’internet, sans oublier d’être présent pour la communauté. Sur son silence médiatique, il explique : « Il n’y a rien de personnel mais je préfère ne pas donner ce type d’interview » pour mieux ajouter « mais j’adore Seattle, ça sera toujours ma maison. » Au fond, le monde de la NBA ne lui convenait tout simplement pas : « Quand je jouais, c’était presque écrasant. L’attention permanente n’a tout simplement pas marché pour moi. J’étais heureux de jouer. Avec 20 000 spectateurs, j’étais dans ma gloire. Mais ce n’est pas juste que les gens soient plus grands que la vie parce que nous sommes tous juste des êtres humains. » En mars 2004, les SuperSonics retirent son célèbre numéro 1 : Gus est au plafond de la franchise qui l’a vu être un précurseur du jeu flashy chez les guards. En étant totalement oublié.

SES STATS

Ecrit par Julien Mùller

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