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[Portrait] Marques Johnson, le MJ de Milwaukee

Portrait

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Pour le grand public, Marques Johnson est Raymond. Euh, Raymond ? Oui, Raymond. Raymond du film Les Blancs Ne Savent Pas Sauter. Ce gros mastard que Billy Hoyle (Woody Harrelson) et Sidney Deane (Wesley Snipes) arnaquent sur un playground. Après avoir raté son braquage à l’épicerie, perdu la rencontre et sorti sa lame de rasoir, Raymond pète un câble et promet à tous de revenir avec son flingue pour « shoot everybody’s ass ». Voilà qui est Marques Johnson pour l’immense majorité des gens. Sauf qu’en se penchant un peu plus sur le dossier, on y découvre un basketteur important de la fin des années 70.

Natif de Louisiane, Marques Johnson grandit à Los Angeles et devient un joueur de UCLA. Avec les Bruins, il dispute quatre saisons pour un titre de champion NCAA en 1975 (le dixième et dernier du mythique John Wooden). Sans le grand manitou, Johnson continue sa progression et termine son cursus avec 21.4 pts (59.1% aux tirs), 11.1 rbds et 2 pds de moyenne. Des performances qui lui permettent de recevoir le titre de joueur universitaire de l’année 1977, avant d’être sélectionné en troisième position à la draft par Milwaukee. Les Bucks avaient pourtant le 1st pick, mais ont misé sur Kent Benson. Seulement, coach Don Nelson veut tellement Johnson qu’il envoie Swen Nater (ancien gros nom de l’ABA) à Buffalo pour obtenir le troisième choix !!! 

Marques Johnson sous le maillot des Bucks @ Getty Images

L’échange s’avère être un coup de maître, car dans le Wisconsin, Marques devient rapidement un pion essentiel. Hasard ou coïncidence, les Bucks remportent 14 matchs de plus dès sa première saison et va jusqu’au Game 7 des demi-finales de conférence face aux Nuggets. Durant cette série, l’ailier alterne entre le bon et l’excellence. Dos au mur, mené 0-2, il compile 35 pts (16/21), 10 rbds et 4 blks pour maintenir les siens en vie. Au match suivant, c’est la galère : 3/11 et la défaite. Voilà les Bucks en voyagent dans le Colorado avant de partir en vacances… Marques décide de répondre par la négative (34pts et 17 rbds). Pour forcer un match 7, va pour 16 pts, 17 rbds, 9 pds et 4 blks. Dans l’ultime rencontre, il est le meilleur joueur de son équipe (22 pts, 16 rbds, 4 pds, 4 blks) mais doit s’incliner face au talent de David Thompson (37 pts, 6 rbds, 6 pds, 5 blks). Qu’importe, la saison rookie est une grande réussite et la NBA a pu constater que Johnson, à tout juste 22 ans, avait déjà tout ce qu’il fallait en magasin pour se faire une place dans la Ligue.

Preuve la saison suivante, où il est All-Star puis All-NBA 1st Team grâce à des moyennes de grand garçon (25.6 pts à 55%, 7.6 rbds et 3 pds). Pour ne rien gâcher, Marques est actif des deux côtés du terrain, et c’est un réel casse-tête : de fait, il faut se le coltiner en défense (Bird peut confirmer) sachant qu’il peut vous punir sans souci sur un rebond offensif. Faut dire que Johnson est muni d’un vrai QI basket, et d’une technique individuelle importante. Son handle est là pour en témoigner et lui autorise à jouer point forward quand ça lui chante. Johnson est mobile, et trouve toujours moyen de finir ce qu’il entreprend :

« Pour moi, la beauté du jeu réside dans le fait d’avoir accès au panier et d’éviter tout contact. Si je monte en l’air et quelqu’un est là, je peux presque toujours trouver un moyen de bouger mon corps afin de le contourner. Il y a tellement de place pour aller au panier ».

Malheureusement pour lui et les Bucks, l’histoire d’amour avec les Games 7 ne prend pas. En 1980, Milwaukee se fait éliminer au match couperet en demi-finale de conférence face aux Sonics, champions en titre. L’année suivante, rebelote : défaite au Game 7, au second round mais face aux Sixers de Julius Erving. Oui cette série, Milwaukee la perdu. Mais Johnson a remporté son matchup face au MVP de la saison. Tout au long du duel, Johnson ne recule pas. Mieux, il attaque le cercle et joue sur son impact physique. L’intimidation ? Connais pas. Rempli les cases des box scores ? Ça oui. 27 pts / 14 rbds / 5 pds (Game 1), 29 pts / 9 rbds / 8 pds / 3 stls / 3 blks (Game 3), 35 pts / 8 rbds / 7pds (Game 4) ou encore 36 pts / 9rbds / 3 pds (Game 7). Sur certaines actions, il doit composer avec des prises à deux, voire à trois. Il prend un malin plaisir à enrhumer Bobby Jones (défenseur d’élite) et perturbe l’ensemble des Sixers. Dans le Game 7, il est à la base du comeback des Bucks qui pointaient à -16 dans le troisième quart-temps. Jusqu’au bout, Marques se bat et va même chercher un magnifique rebond offensif pour revenir à deux points à une minute de la fin. En vain.

Et Marques répète encore aujourd’hui que la réussite fut une question de timing :

« J’ai toujours pensé et je pense toujours que si nous avions eu un pivot comme Bob Lanier deux ou trois ans plus tôt, cela aurait fait une énorme différence. Nous ne pouvions tout simplement pas battre les équipes qui étaient meilleures que nous. »

En effet, ce Milwaukee 1980-81 était fort. Très fort. 60 victoires, la deuxième attaque et une des meilleures défenses de la Ligue. Le casting vaut le coup : un backcourt tenace (le sérieux Quinn Buckner et l’excellent Sidney Moncrief), un ancien All-Star (Brian Winters), un vrai bon joueur de basket (Junior Bridgeman) et un futur Hall Of Famer (Bob Lanier) ; le tout magnifié par le coaching de Nelson et la présence de Johnson. Mais dans cette Eastern, il y a un monstre à deux têtes : le Boston de Bird (qui finira champion) et le Philly d’Erving, qui se permettra d’éliminer une nouvelle fois les Bucks l’année suivante (4-2)… ainsi qu’en 1983 lors des finales de conférence (4-1). Au tour précédent, Milwaukee avait sweepé pour la première et unique fois le Boston version Larry Bird. Le couronnement dans une année où Johnson retrouva son statut d’All-Star après une saison minée par les problèmes. Plus tard, il avouera s’être fait soigner pour une consommation à la cocaïne, alors qu’il était dans son prime. Tout à une fin, et en 1984, il est transféré aux Clippers en compagnie de Bridgeman, Harvey Catchings et du cash contre Terry Cummings, Ricky Pierce et Craig Hodges.

Son retour à L.A. débouche sur moins de succès. Une sélection au All-Star Game en 1986 tout de même mais pas de playoffs, avant une grave blessure au cou qui met fin à sa carrière (malgré une tentative de retour à Golden State, 10 matchs joués fin 1989). La suite est horrible : son fils de 15 mois meurt noyer dans une piscine en mai 1987, malgré une tentative de réanimation de Marques. Puis, il est soupçonné de violences conjugales sur sa femme un an plus tard et se fait arrêter. Après cette descente aux enfers, il rebondit par le biais du cinéma (il apparaît dans le génial Blue Chips et Forget Paris de Billy Crystal notamment) avant de devenir un analyste apprécié sur le réseau de la FOX.

Donald Sterling et Marques Johnson @ JerseyChaser

De tous les grands ailiers de la fin des 70’s et du début des 80’s, il est le plus oublié de tous. Moins scoreur que George Gervin et Bernard King, moins spectaculaire que Dominique Wilkins et évidemment moins populaire et talentueux que le tandem Bird-Erving. Johnson avait le défaut de ses qualités, à savoir qu’il se donnait partout et n’était pas à fond sur un domaine du jeu comme l’expliquait Don Nelson en 1980 :

« Dr J est le Docteur. Mais Marques est le meilleur dans le côté all-around. Nous lui demandons de faire plus et il fait plus. Je ne veux jamais limiter ses capacités à un ou deux domaines. Il ne fait aucun doute que je pourrais obtenir 30 points par soir de sa part si je le faisais jouer davantage. Mais il doit bosser dur en défense, alors je le limite à 35 minutes environ. Je pourrais le faire jouer arrière si je le voulais, il est tellement polyvalent. »

En mars 2019, les Bucks décident de retirer ENFIN son numéro 8. Une reconnaissance qui a mis du temps à venir mais qui rétablit une justice au vue des services rendus par Johnson à la franchise du Wisconsin. Voilà Marques au plafond d’une franchise à qui il a permis de retrouver une notoriété après les heures de gloire du début des seventies avec le trio Kareem Abdul-Jabbar, Oscar Robertson et Bob Dandridge.

Johnson a toujours eu un franc-parler, et rappelle à tous que Donald Sterling s’était comporté comme une ordure à son égard après le décès de son fils, en lui mettant la pression pour une histoire de contrat.  Mais Marques sait aussi se montrer critique envers lui-même, tout en restant reconnaissant :

« J’ai fait des choix moins brillants dans certains domaines et j’en assume l’entière responsabilité. Mais ce dont je me souviens le plus, c’est de la façon dont nous avons secoué la MECCA (la salle de Milwaukee), en particulier lorsque les équipes glamour sont venues en ville. Ce nouveau groupe de propriétaire a permis de me trouver chaussure à mon pied par l’intermédiaire de Jim Fitzgerald. Il m’a emmené en avion à une convention de la télévision par câble et m’a fait converser avec certaines des plus grandes personnes de l’industrie Je suis redevable envers les gens de Milwaukee de m’avoir aidé à devenir un homme. »

Milwaukee lui sera toujours redevable d’avoir été un sacré basketteur.

Ecrit par Julien Mûller

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