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[Portrait] Ricky Davis, itinéraire d’un serial croqueur

Portrait

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Dans la catégorie des forcenés du tir, Ricky Davis arrive rapidement dans la conversation. Quasiment 10.000 points en carrière, une saison à plus de 20 unités, mais une réputation de forceur qui lui a bien souvent joué des tours. Car, en plus d’être un scoreur, Ricky est un pigeon voyageur : cinq trades en 12 saisons NBA, ça laisse des traces sur un CV. A l’occasion de ses 40 ans, retour sur son parcours qui s’étale sur trois continents.

Dès son plus jeune âge, Ricky Davis est un habitué des déménagements. Natif de Las Vegas, il quitte rapidement la capitale du jeu pour s’installer à Chicago, avant de se fixer plus longtemps à Davenport dans l’Iowa. C’est dans cet état que Ricky signe ses premiers exploits de basketteur. Au sein de la Wood Intermediate School en 1993, ses aptitudes physiques le font sortir du lot. Il faut dire qu’à seulement 14 ans, Davis pose déjà des tomars ! L’intéressé se rappelle :

« C’est arrivé comme cela, sans se poser de question. L’un de mes coéquipiers – je crois qu’il s’appelait Steve – était ouvert. Mais, je ne pouvais tout simplement pas lui faire la passe. J’ai continué et j’ai dunké. Alors tout le monde est devenu complètement fou dans la salle. Ce fut un moment incroyable pour moi ! »

La rencontre a même été interrompue un moment, le temps que la foule se calme. Personne dans l’assistance n’avait vu un gamin de cet âge monter au cercle comme Ricky. En une action, il vient de lancer sa carrière. Une action symptomatique de ce que sera son jeu : du spectacle et du scoring… avant de penser aux passes. Durant ses années lycée, Davis monte doucement en température : 12,5 points de moyenne en freshman, puis 17, et puis 20 pour finir à 25 unités en senior. Un bon rythme de croisière avant d’enchaîner en NCAA où l’université d’Iowa lui tend les bras. Mais, un simple match d’exhibition va jeter le trouble dans l’esprit du joueur. Invité au Magic Johnson Roundball Classic, Ricky survole la rencontre avec 27 points pendant que son adversaire du jour, Tracy McGrady reste scotché à 13. Véritable star au lycée, T-Mac s’apprête à faire le grand saut en NBA sans passer par la fac. Une éventualité qui va titiller longtemps Davis. Finalement, il honore sa promesse faite au coach des Hawkeyes, Tom Davis. Durant sa seule saison sur le campus d’Iowa, il tourne à 15.0 points, 4.8 rebonds et 2.4 passes pour un bilan collectif de 20 victoires et 11 défaites. Et même s’il doit encore peaufiner certains aspects de son jeu, il se déclare éligible à la draft de 1998.

Ses meilleures séances d’entraînement, il les réserve pour le Magic qui détient les picks 12, 13 et 15. Entre Penny Hardaway souvent scotché à l’infirmerie et Nick Anderson qui dépasse la trentaine, Ricky se verrait bien renforcer ce backcourt. Mais, Orlando fait l’impasse sur lui et il échoue chez les Hornets à la 21ème position. Une déception pour lui, d’autant plus que Charlotte dispose d’un noyau indéboulonnable sur sa ligne arrière avec Eddie Jones et David Wesley. Durant deux saisons, Ricky va ronger son frein sur le banc en se contentant de 12 minutes de temps de jeu pour moins de 5 points de moyenne. Lors de ses courtes apparitions sur le parquet, il n’oublie pas cependant de montrer quel showman il peut être. De alley-oops en putback dunks la tête dans le cercle, Ricky commence à se faire un prénom parmi le contingent imposant des Davis ayant joué en NBA. Son invitation au Slam Dunk Contest 2000 est tout sauf une surprise. Impuissant face au récital de Vince Carter, le Hornet se montre tout de même à son avantage devant un parterre de All Stars. La hype est en marche, tout comme son habitude à changer d’air. Durant l’été, il est inclus dans le package d’un blockbuster trade de 8 joueurs entre Charlotte et Miami. Le début de la Ricky Davis Rule qui veut que l’arrière ne passera jamais plus de deux saisons dans la même équipe. A South Beach, Ricky ne jouera que 7 matchs, la faute à une grave blessure au genou et un autre transfert en octobre 2001 qui le voit poser ses valises chez les Cavaliers.

A 22 ans, sa carrière décolle enfin dans l’Ohio. Cleveland est dans une phase de reconstruction et recherche des jeunes talents. Dans le rôle du sixième homme, Ricky allume sévèrement la mèche en sortie de banc en flirtant avec les 12 points de moyenne. Ses qualités athlétiques sont maintenant reconnues, de même que son penchant à ne jamais refuser un tir ouvert. La saison suivante est celle de tous les excès. En mode tanking, les Cavaliers font de lui leur franchise player. Avec tous les tickets shoots, Ricky a la belle vie ! A la fois meilleur scoreur (20.6 points), passeur (5.5 assists) et intercepteur (1.6 steal), notre croqueur se goinfre près de 40 minutes par match ! Davis a beau faire des chiffres dignes d’un All Star, les Cavs ne décollent pas avec seulement 17 victoires au compteur, le troisième pire bilan de l’Histoire de la franchise. Illustration, lors de ses trois cartons à plus de 40 points, Cleveland repart à chaque fois avec la défaite. Son goût prononcé pour les stats atteint son paroxysme lors d’un garbage time contre le Jazz. En mode cavalier seul, Davis part dans son camp pour rater un tir et prendre son propre rebond. Tout cela pour obtenir la 10ème prise qui manquait à son triple double. Un fait de jeu imbécile qui le suivra toute sa carrière et lui vaudra même le surnom de Wrong Rim Ricky.

Après une telle bérézina, Cleveland, bon dernier de la Conférence Est, hérite logiquement du first pick de la draft 2003 et récupère la star lycéenne du coin, LeBron James. Face à l’arrivée d’un tel phénomène, Ricky va être obligé de partager la gonfle… En fait non, lors d’une conférence de presse d’avant-saison, Davis déclare que LeBron ne va être qu’une addition pour l’aider à scorer plus. Le duo ne survivra pas plus de 22 matchs. Le temps pour Ricky d’injurier le King qui avait choisi de driver plutôt que de lui faire la passe lors d’un match contre Portland. Un crime de lèse-majesté qui lui vaut un nouveau transfert. Direction Boston !

Nouveau changement de ville, mais aussi de numéro. Ironie du sort, Ricky qui portait le n°31 à Cleveland, souhaitait le reprendre à 

Boston. Pas de chance, c’est le jour de son transfert que le mythique 31 de Cedric Maxwell montait tout en haut de l’enceinte celte. Un détail pour l’arrière qui va également changer son jeu dans le basket plus académique des Celtics. Seconde menace offensive derrière Paul Pierce, Davis pratique un basket plus épuré et efficace mais toujours aussi spectaculaire. Il devient le protégé de Danny Ainge – l’histoire nous apprendra que ce n’est jamais une bonne chose – et l’un des chouchous du Garden avec son célèbre bandeau Get Buckets. Chef de file de la second unit de Boston avec 16.2 points, il goûte enfin aux playoffs sous le maillot vert. Les deux seules campagnes de post-season de sa carrière qui hélas ne dépasseront jamais le premier tour. En 2005-06, alors qu’il carbure de nouveau à 20 unités par match, les C’s sont dans le dur. En janvier, Boston présente un bilan de 17 victoires pour 25 défaites. Distancé dans la course aux playoffs, Ainge tente un coup de poker en échangeant Ricky contre Wally Szczerbiak.

Les trades en cours de saison, Davis y est habitué désormais. Echoué dans le Minnesota, il devient le lieutenant de Kevin Garnett. Une fois de plus, le casting autour de lui est faiblard, hormis KG. Seul talent offensif du backcourt, Ricky s’en donne à cœur joie pour dégainer. Il envoie encore 19.1 points en 2006 puis 17.0 en 2007. Une saison où il termine également meilleur passeur des Timberwolves avec 4.8 assists, fait assez rare pour le souligner, mais qui en dit long sur le manque de créateur dans l’équipe. Lassé par le manque de soutien, Garnett obtient son transfert cet été là. Ricky qui n’avait rien demandé, l’obtient aussi quelques semaines plus tard. Il retrouve la chaleur floridienne du Heat, où il accomplit sa dernière saison pleine avec 13.8 points. Manque de bol, ce sera le seul exercice sans playoffs pour le duo Dwyane WadeShaquille O’Neal. En juillet 2008, pour la première fois depuis son arrivée dans la Ligue, il se retrouve free agent. Fini les trades, cette fois c’est bien Ricky qui décide de son point de chute. Direction la Californie chez les Clippers. Un contrat qui sonne le glas du Ricky bondissant des saisons précédentes. Souvent blessé, il est finalement coupé en février 2010 avec sa plus faible moyenne chez les pros (4.4 points).

Grillé pour la NBA, Ricky n’a pas d’autre alternative que de s’exporter à l’international. A 30 ans, son CV très épais lui permet de décrocher une place dans le championnat turc à Ankara pour finir la saison 2010. Une pige modeste de 10 matchs pour 14.5 points. L’année suivante, c’est en Chine que Ricky pose ses bagages chez les Dragons de Jiangsu. Une expérience folklorique qui ne lui plait pas, l’adaptation étant trop dur pour lui. En recherche d’un autre point de chute, Davis va finalement atterrir en Pro A, à la Chorale de Roanne. Le club ligérien en tête du championnat fin janvier déplore le départ de son top scoreur, KC Rivers, qui lui aussi ne s’est jamais adapté à la ville. Le coach roannais Jean-Denys Choulet tente alors le pari Ricky Davis. Une arrivée qui fait grand bruit à l’époque. Sur le Vieux Continent, l’ancien NBAer est encore perçu comme une star, certes fantasque, mais tellement spectaculaire. La Chorale va vite déchanter. Souvent fantomatique sur le parquet, Ricky ne pèse pas sur les matchs, incapable de muer ses qualités individuelles dans un cadre plus collectif. Sur ses 14 matchs en Pro A, sa ligne statistique en dit long sur la déception de son passage : 10.1 points à 41,7%, 2.8 rebonds et 2.0 passes. Roanne terminera à la 5ème place avant de se faire sortir rapidement en playoffs. Cela sera la dernière expérience de Davis en Europe, il rejoint ensuite Porto Rico et enfin la G-League en 2012 où il attend un appel d’une franchise NBA. Le contrat ne viendra pas, Ricky raccroche définitivement ses baskets en 2014 à 34 ans. Il laisse derrière lui des tonnes de highlights – il est le premier joueur à passer un rider un match officiel – mais aussi une réputation de soliste immature. Dans une interview accordée en fin de carrière, Ricky a reconnu manquer de discernement à ses débuts. La seule chose qu’il savait faire c’est mettre des points :

« J’avais 17 ans quand j’ai été drafté. Je n’ai jamais vraiment appris les bonnes et les mauvaises manières. J’ai parfois pris le mauvais chemin, mais au fil du temps j’ai appris de mes erreurs. J’ai toujours été un shooteur, même lorsque je prenais des mauvais tirs. Je savais que c’était des mauvais shoots, mais je les prenais quand même. Cela a toujours été mon moteur, juste entrer sur le parquet et scorer avec la balle. »

SA CARRIÈRE EN IMAGES

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About mosdehuh (8 Articles)
Tombé dans la NBA au début des 90's avec Penny Hardaway. Grosse passion pour les loosers magnifiques et les shooteurs. Supporter de la Chorale de Roanne depuis 3 générations.

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