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L’histoire du basket : au delà de la nostalgie

Histoire

Trois années d’existence et toujours plus de visites pour ce site internet dont la vocation n’a pas changé : faire revivre des grands moments de la culture-basket, faire découvrir des personnalités et des événements majeurs de l’histoire de notre sport, mais aussi de ses origines. En 125 ans d’existence, jamais le basket n’a été autant pratiqué, autant diffusé, autant populaire qu’en 2016. Et ce n’est pas par hasard.

Pourquoi s’intéresser à l’histoire du sport ? Drôle de question de la part d’amateurs passant leur temps à lire des bouquins poussiéreux ou à voir et revoir des vidéos pixellisées des exploits de George Gervin et Artis Gilmore. Lecteurs et rédacteurs, chacun ici a sa propre passion et partage l’envie d’en connaître toujours plus sur ce qui a précédé la formidable époque de basket que nous vivons.

L’histoire que nous proposons est bien souvent composée de multiples anecdotes, pour entretenir la mémoire de grands champions. C’est cette histoire qui est souvent utilisée pour comparer les performances des athlètes contemporains : « Curry est devenu le joueur à avoir marqué le plus de trois points en un match le 8 novembre dernier », « Seul Oscar Robertson a déjà eu de meilleures statistiques que Russel Westbrook sur un début de saison » … « Marquer l’histoire » , le voila l’objectif des plus grands sportifs. Ou, du moins, l’objectif présumé que les médias et les fans leur attribuent.

Ce sont d’ailleurs bien souvent des journalistes qui écrivent l’histoire du sport connue par le grand public. Par exemple, « La fabuleuse histoire du basket-ball », publiée en 1980 par Jean Raynal, est passionnante par son contenu, mais qui souffre de quelques imprécisions, d’un manque de véritable recherche historique au profit du récit.

Alain Gilles, ici au micro de Jean Raynal.

Jean Raynal, le « Monsieur Basket de la télévision », ici avec Alain Gilles.

Mais ce n’est pas ça l’histoire, ou, plutôt, pas uniquement. C’est une discipline scientifique visant à reconstituer, à comprendre le passé au-delà de la simple chronologie. L’implication du sport dans la vie culturelle ou dans les relations internationales en fait un domaine utile à la grande Histoire qui l’avait longtemps délaissé.

NOSTALGIE ET BESOIN D’IDENTITÉ

A l’origine, l’histoire du sport n’était donc pas écrite par des historiens. Le besoin de se souvenir des grands champions a été souvent à la charge de journalistes, de personnalités du monde du sport, ou tout simplement de passionnés. Au sein des universités, l’éducation physique a été bouleversée dans les années 1960. Le général De Gaulle et son ministre du sport emblématique Maurice Herzog, alpiniste connu pour sa participation à l’expédition de l’Annapurna, avaient fait le choix d’investir massivement dans le sport. La tradition de l’éducation physique semblait alors menacée par le sport et la recherche de performance, et une histoire à fort caractère mémoriel a été écrite à partir de ces années là. Dans les années 1980, le nouveau gouvernement socialiste créé le doctorat en STAPS (Sciences et techniques des activités physiques et sportives). Beaucoup de thèses de cette discipline ont alors porté sur l’histoire de l’éducation physique, notamment sous la direction de Pierre Arnaud.

gerard-boscGérard Bosc (photo), l’un des grands noms de l’histoire du basket, est d’ailleurs issu de ce milieu. Lui a été surtout entraîneur, notamment de l’équipe de France espoir, et s’est intéressé à l’histoire de la balle orange un peu plus tardivement. Il était notamment impliqué dans la création du musée du Basket en 1984 avec René Lozach, et a été l’auteur de Une histoire du basket français, un incontournable parmi les incontournables.

Au delà de ce mouvement au sein des filières d’éducation physique, l’histoire du sport avait toujours été écrite par des passionnés. L’anecdote et le récit passaient donc avant tout. Il fallait raconter, rappeler. Les historiens de profession ne s’y sont intéressés que tardivement, apportant des façons de travailler très différentes pour des objectifs également différents. L’histoire du sport au sens universitaire du terme n’a pas plus de 30 ans.

L’HISTOIRE DE L’HISTOIRE DU SPORT EN FRANCE

De manière générale, l’écriture de l’histoire est avant tout une affaire contemporaine. Elle ressemble parfois à une discipline très factuelle, réduite à des dates et des faits. Mais l’historien est nécessairement influencé par son époque, c’est pourquoi dès lors qu’un sujet se complexifie, diverses versions, divers avis existent. Car les préoccupations contemporaines influent sur leurs recherches. Par exemple, c’est à partir des grands mouvements féministes d’après-guerre que les études d’histoire des femmes se sont multipliées. De la même manière, l’histoire du sport n’est pas un champ de recherche traditionnel, mais est aujourd’hui un domaine reconnu au sein de la vaste discipline historique.

L’histoire de l’Histoire du sport en France commence donc véritablement dans les années 1980. Longtemps déconsidéré par les chercheurs français, le sport pouvait être vu comme un champ de recherche illégitime, ou très largement secondaire.

A tel point que ce sont d’abord des anglais qui se sont intéressés à l’histoire du sport français. Dans son Histoire des passions françaises, parue en 1973, Théodore Zeldin n’a pas oublié le sport, caractérisé par une présence prépondérante de l’état, une presse spécifique foisonnante, et une traduction parmi d’autres des combats entre anti-cléricaux et catholiques. Le cas du basket-ball est ici tout à fait intéressant, puisque de nombreux patronages catholiques et laïcs sont à la base de clubs encore importants aujourd’hui, à l’image du Cercle Saint-Pierre de Limoges. La concurrence sportives cachait à l’origine des enjeux extra-sportifs très forts.

Dans la continuité de Zeldin, Richard Holt a publié en 1977 la première thèse consacrée à l’histoire du sport français. Lui considérait que le sport sous la troisième république témoignait de la modernité de la France de Coubertin. Il considérait que le sport permettait à ses adeptes de se plier aux mêmes règles malgré un éloignement, et sans renoncer à son appartenance locale. Le sport accompagnait donc le mouvement plus global de standardisation culturelle.

Au moment où Richard Holt achevait ses travaux, le sport commençait tout juste à éveiller l’intérêt de la Sorbonne, grande école de l’histoire des relations internationales. Comme tout historien est est un produit de son époque, il faut tout de même constater que l’actualité sportive était brûlante. La coupe du monde de football en Argentine en 1978, les Jeux Olympiques de Munich en 1972 et de Moscou en 1980 ont été trois grands moments où le politique a pris le pas sur le sportif. Les mouvements de boycott des compétitions organisées en Argentine et en Russie avait d’ailleurs été particulièrement fort en France.

En 1983, Marcel Spivak a soutenu une thèse de 1522 pages où il étudiait 80 années de relations entre armée, nationalisme et exercices physiques. Il a conclut que la militarisation de l’éducation physique avait échoué face à la naissance d’une culture sportive, culture certes nationaliste mais qui gardait un objectif de plaisir avant tout.

alfred-wahlt-histoire-du-footL’école française de l’histoire du sport a pris un tournant à la toute fin des années 1980 et au début des années 1990. L’ouvrage fondateur à bien des égards est celui d’Alfred Wahl sur l’histoire du football. Il y resituait le parcours du ballon rond en France, à partir de l’opposition intiale entre des cléricaux partisans du football-association et des laïcs lui préférant le football-rugby au début d’une troisième république agitée par la question religieuse. Dans l’ouvrage collectif Le sport, l’historien et l’histoire, Paul Dietschy note que la génération des historiens nés dans les années 1960-1970 a bénéficié de la médiatisation croissante du sport et s’y est naturellement plus intéressé que la génération précédente. Le sportif était aussi plus présent dans le politique à cette époque, avec notamment Bernard Tapie dans le cyclisme et le football, et évidemment la coupe du monde de football 1998, « qui a suscité une liesse populaire égale selon certains historiens à celle manifestée lors de la libération par les alliés en 1944 ».

Cette nouvelle génération d’historiens a donc réussi à légitimer le sport comme objet d’étude historique. Il a paru évident qu’au delà d’être une activité physique, le sport possède une place dans la sociabilité, dans la culture politique, et se pose en vecteur de diffusion culturelle majeur. Les rencontres interrégionales puis internationales constituent une confrontation allant systématiquement au-delà du sportif, bien que les différences culturelles aient tendance à s’effacer au profit de la performance sur les années très récentes. Le championnat d’Europe de basket de 1935 avait par exemple mis en exergue la caractéristique d’un basket-ball français singulier : le « ripopo », ce style de jeu rapide, en passes et en mouvements, avait été salué par les voisins européens, mais n’avait pas permis de faire mieux qu’une cinquième place sur dix participants. La spécificité française avait une explication matérielle : contrairement aux voisins, la plupart des matchs étaient joués en extérieur, sur des surfaces ne permettant pas toujours de dribbler convenablement.

ET LE BASKET DANS TOUT ÇA ?

Sport le plus populaire, le football est donc privilégié par la quantité d’études existant. L’Histoire du football de Paul Dietschy est l’un des ouvrages références dans le domaine. Le cyclisme est un excellent terrain pour comprendre la transposition des conflits politiques dans le sport : l’étude des liens entre l’affaire Dreyfus et la création du tour de France, ainsi que les nombreuses inscriptions républicaines dans ses premières années sont des sujets passionnants. Le basket-ball, sport américain créé de toutes pièces par James Naismith en 1891, importé très vite dans un patronage protestant n’a été véritablement implanté en France qu’à partir de la présence américaine en 1917-1919. La spécificité de ses liens avec le continent américain est régulièrement l’objet d’articles. Mais le basket n’est pas encore tout à fait aussi étudié qu’on le souhaiterait, et reste un champ d’études à développer.

Le basket n’est pour autant pas un produit culurel américain développé dans le monde entier de plus. Il a développé sa culture propre dans chaque pays où il s’est développé, avec des règles et des pratiques différentes. Ce n’est qu’avec la création de la FIBA en 1932 et la volonté de développer les rencontres internationales qu’une standardisation des règles a été nécessaire. D’ailleurs, la différenciation de la NBA sur de nombreux points (quarts temps de 12 minutes, laxisme sur les marchés, distance de la ligne à trois points …) témoigne encore de la variété du basket.

Pour toutes ces raisons, le basket est un objet intéressant à analyser, que ce soit pour les historiens ou les sociologues. C’est en 2002 que Gérard Bosc a publié son travail en trois tomes. De 1893 à 2000, ses ouvrages constituent une formidable base de données, un incontournable du genre. Très factuel, il retrace notamment avec beaucoup de précision l’histoire de la FFBB. Dans la continuité, un premier colloque avait été consacré à l’histoire du basket-ball à Limoges en 2003. L‘aventure des grands hommes, la publication de ces deux journées de conférences, retrace l’insertion de ce sport américain dans la société française.

Thibault Roy et Gautier Sergheraert, lauréats de la première et de la deuxième éditions du Prix de la Rue de Trévise

Thibault Roy et Gautier Sergheraert, lauréats de la première et de la deuxième éditions du Prix de la Rue de Trévise

En 2005, la Fédération avait appuyé pour l’organisation d’un nouveau colloque, tenu dans les locaux de l’INSEP. Les recherches portaient particulièrement sur les liens entre France et Amériques autour du basket-ball. Cela témoigne de la volonté de la fédération de voir des chercheurs s’intéresser à notre sport. Depuis 2011, le prix de la rue Trévise a d’ailleurs été mis en place pour récompenser le meilleur mémoire d’un étudiant de master ayant pour thématique le basket-ball.

Voila donc ce qu’est l’histoire du sport. Une discipline désormais considérée à sa juste valeur par les historiens, un objet de recherche passionnant. Comme toujours avec les universitaires, cette histoire ne s’adresse pas véritablement au grand public. Mais on pourra tout de même reconsidérer l’emploi de l’expression « écrire l’histoire », trop souvent employée pour qualifier souvent les grands sportifs : aussi incroyables que puissent être les grands sportifs, il ne faut pas oublier que le sport est avant tout un phénomène présent dans l’intégralité de la société.

POUR ALLER PLUS LOIN…

Fabien Archambault, Loïc Artiaga, Gérard Bosc (dir), Double jeu : Histoire du basket-ball entre France et Amériques, publication du colloque tenu à l’INSEP en 2005.

Fabien Archambault, Loïc Artiaga, Pierre-Yves Frey (dir), L’aventure des grands hommes, publication du colloque tenu à Limoges en 2003.

Richard Holt, Sport and society in modern France, thèse publiée en 1981 malheureusement jamais traduite en français.

Jean Raynal, La fabuleuse histoire du basket-ball, paru en 1980.

Thierry Terret, Tony Froissart (dir), Le sport, l’historien et l’histoire, publication d’un colloque tenu en 2012.

Alfred Wahl, Les archives du football. Sport et société en France, 1880-1980, paru en 1989.

Crédits photos : FFBB. Bandeau de Laurent Rullier. 

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About Antoine Abolivier (85 Articles)
Tombé dans le basket en découvrant Tony Parker et Boris Diaw. Passionné par tout ce qui touche à son histoire que ce soit le jeu, la culture ou les institutions. Présent sur twitter, @AAbolivier

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